Le monde respecte-t-il ses engagements climatiques ?

18 septembre 2019

Alors que les Nations Unies s'apprêtent à accueillir le Sommet d'action sur le climat lundi prochain à New York, quels progrès le monde fait-il dans la lutte contre la crise climatique, et comment ces progrès sont-ils mesurés ?

Il y a près de quatre ans, la communauté internationale s'est réunie à Paris afin d'élaborer une approche commune de la lutte contre le changement climatique, l'Accord de Paris. Les pays réunis ont convenu de s'efforcer de limiter l'augmentation de la température mondiale à un niveau « bien inférieur » à 2 degrés Celsius, et, si possible, à 1,5 degré Celsius.

Cependant, en juillet 2019, la température mondiale a dépassé de 1,2 degré Celsius les niveaux préindustriels, égalant, voire battant, le record du mois le plus chaud depuis le début que les températures sont enregistrées. Et la tendance se poursuit à la hausse.

Selon le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, la planète serait en voie de connaître les cinq années les plus chaudes jamais enregistrées.

Le chef de l'ONU estime que nous sommes engagés dans une « course pour limiter le changement climatique ».   Alors, sommes nous en train de gagner ?

ONU Info a décidé d'examiner de plus près l'un des principaux instruments internationaux utilisés pour mesurer la lutte contre le réchauffement climatique : les « Contributions déterminées au niveau national », ou CDN.

Que sont les CDN ?

L'Accord de Paris sur le changement climatique n'est pas juridiquement contraignant dans son intégralité. Il ne dicte pas aux pays comment ils doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ou renforcer leur résilience et leur adaptation au climat. Il les encourage à établir leur propre engagements par le biais des « Contributions déterminées au niveau national », ou CDN.

Ces plans d’action climatiques décrivent ce qu'un pays promet de faire et dans quelle mesure il prévoit de réduire ses émissions. Reconnaissant que les pays en développement manquent souvent de ressources, de financement et de technologie, l'Accord de Paris appelle les pays en développement à montrer ce qu'ils peuvent faire par eux-mêmes et ce qu'ils peuvent faire avec l'aide de la communauté internationale.

PNUD Mauritanie/Freya Morales
Un parc d'éoliennes à la périphérie de la capitale mauritanienne, Nouakchott. (11 janvier 2019)

Pourquoi sont-elles importantes ?

Les pays disposent de nombreuses options pour poursuivre et réaliser les objectifs de l'Accord de Paris, y compris l'instauration de lois, d'incitatifs financiers ou de politiques fiscales visant à promouvoir des activités visant à réduire les émissions. 

Les pays peuvent, par exemple, décider de fixer un prix pour le carbone, par le biais d'une taxe ou en mettant en place un système d'échange de droits d'émission.  L'idée est que, si les gens ont une idée claire du coût de la pollution par le carbone, ils investiront et dépenseront dans des secteurs, ou des carburants, qui coûtent moins cher. Pour le citoyen moyen, cela pourrait avoir une incidence sur le type de voiture, de système de chauffage ou de climatisation qu'il utilise, parmi une myriade d'autres aspects de la vie.

En outre, ces politiques peuvent contribuer à réguler le développement dans les zones les plus vulnérables aux effets du changement climatique, telles que les zones côtières confrontées à la montée du niveau de la mer.

Pourquoi parle-t-on des CDN maintenant ?

En vertu de l'Accord de Paris, les pays sont censés renforcer leurs CDN tous les deux ou trois ans pour faire preuve d'une ambition accrue au fil du temps.

Les CDN soumises au moment de la conclusion de l’Accord étaient loin d'être à un niveau qui permettrait d'atteindre les objectifs de Paris.  Même en additionnant les CDN de tous les pays, on n’arrivait, au mieux, qu'au tiers des mesures réductions nécessaires afin d'atteindre les objectifs de Paris.

Les pays se sont ainsi engagés à soumettre des CDN actualisées et renforcées en 2020.

Il est donc important de se mobiliser dès maintenant pour faire pression en faveur d'une ambition et d'une action accrues : c'est pourquoi le Sommet Action Climat se tient en 2019.

Est-ce que les perspectives sont sombres et pessimistes ?

Non. Nous assistons dans le monde entier à une vague d'actions en faveur des énergies renouvelables, à l’instar de la construction d'énormes centrales solaires au Maroc et aux Émirats arabes unis, de la production d'une grande partie de l'énergie au Portugal à partir d'énergies renouvelables, et de la possibilité pour de nombreux pays d'alimenter leurs réseaux entièrement avec des énergies renouvelables.

Les investissements dans les énergies renouvelables dépassent maintenant ceux dans les combustibles fossiles, notamment dans les pays en développement, et de nombreux pays et sous-régions ont adopté avec succès la tarification du carbone.

En même temps, le fait est que le monde n'avance pas assez vite : les émissions mondiales augmentent et la température augmente.

PNUD/Zaimis Olmos
Les bâtiments de la Dominique sont en cours de réparation ou de reconstruction après que l'île a été dévastée par l'ouragan Irma. (16 février 2018)

Quelles sont les régions qui montrent la voie ?

Aucune région ne fait clairement mieux que les autres, mais il y a des pays et des villes qui font de grands progrès. 

De nombreux pays, y compris les petits États insulaires en développement des îles du Pacifique, ont déclaré qu'ils avancent vers la neutralité climatique, ou ont une empreinte carbone nette nulle.

Dans la pratique, cela signifie qu'ils sont capables d'équilibrer les émissions de carbone, par exemple provenant de l'industrie ou même de l'utilisation des voitures, avec l'élimination du carbone dans l'atmosphère, par des techniques telles que planter des arbres, qui absorbent le carbone.

C'est une triste ironie que ces pays, qui sont parmi les plus touchés par les changements climatiques, aient peu contribué à ce problème.

L'action climatique exige des investissements et les investissements exigent souvent de politiques gouvernementales pour fournir les incitations nécessaires. Outre le Portugal, plusieurs autres pays ont investi massivement dans les énergies renouvelables – y compris le Chili, l'Irlande, le Kenya et le Costa Rica - et de nombreux pays européens ont fait des progrès importants dans la réduction de leurs émissions.  

Comment pouvons-nous aller plus vite ?

Nous avons besoin d'un leadership et d'une volonté politiques accrus. Continuer comme si de rien n'était serait désastreux et entraînerait une augmentation de la température mondiale de 3 degrés Celsius ou plus, au cours de ce siècle.

Un leadership audacieux, de la part des dirigeants de gouvernement, du monde des affaires et de la société civile, est essentiel pour faire progresser l'action climatique.

Les gens aussi font une différence.  Changer le comportement des consommateurs est important pour passer à une économie à faible émission de carbone, c'est pourquoi l'ONU a promu la campagne « Agissons » (ActNow), pour offrir des idées de base sur les mesures que nous pouvons tous prendre.

Alors, pouvons-nous résoudre la crise climatique ?

Oui. Nous avons les solutions dont nous avons besoin pour lutter contre les changements climatiques, mais nous devons les utiliser. 

Nous devons faire passer les investissements de l'économie grise et sale, à l'économie verte. 

L'argent est là.

Nous avons la technologie, maintenant nous devons la rendre accessible à tous dans tous les pays.  Mais nous devons agir maintenant. 

Chaque élément du réchauffement est important, et plus nous attendons, plus l'impact négatif est important.

 

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