En Syrie, les pluies contribuent à améliorer les récoltes mais les familles peinent toujours à survivre (ONU)

5 septembre 2019

Malgré des pluies abondantes et de bonnes récoltes, la sécurité alimentaire représente toujours un défi pour de nombreuses familles syriennes en raison du conflit et des déplacements de population, selon deux agences onusiennes, la FAO et le PAM.

« Malgré des pluies suffisantes, les agriculteurs en zone rurale sont toujours confrontés à de nombreux défis comme celui du manque d'accès aux semences et à l'engrais ou encore les coûts élevés des transports, la présence de munitions non explosées dans certains de leurs champs et des opportunités commerciales assez limitées », a déclaré Mike Robson, Représentant en Syrie de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

La sécurité alimentaire représente toujours un défi important en raison de la poursuite des hostilités, des déplacements de populations, de la hausse du nombre de personnes retournées et de l'érosion continue de la résilience des communautés

« Si l'on n'augmente pas le soutien apporté aux moyens agricoles de subsistance, et en particulier aux familles syriennes les plus vulnérables, la dépendance à l'assistance alimentaire demeurera », a-t-il averti.

En effet, selon un nouveau rapport de la mission d'évaluation des récoltes et de la sécurité alimentaire (CFSAM) des Nations Unies, les pluies favorables tombées sur plusieurs régions agricoles syriennes et l'amélioration de la situation sécuritaire dans son ensemble ont permis d'augmenter les récoltes en comparaison à l'année dernière mais la hausse des prix des produits alimentaires met la pression sur de nombreux Syriens.

D'après le rapport conjoint de la FAO et du Programme alimentaire mondial (PAM) , la production de blé devrait atteindre 2,2 millions de tonnes, une forte augmentation par rapport aux 1,2 million de tonnes de l'année dernière, mais cela demeure toutefois bien en deçà du niveau précédent la crise qui s'élevait à 4,1 millions de tonnes (2002-2011).  La production d'orge, estimée à 2 millions de tonnes, est cinq fois plus importante que celle de 2018 et 150 fois plus importante que le niveau de production moyen atteint avant la crise.

Néanmoins, les prix des produits alimentaires ont peu à peu augmenté pendant les 12 à 14 mois derniers suite à la hausse des prix du carburant sur le marché intérieur et à une dévalorisation progressive de la livre (la monnaie syrienne) sur le marché informel.

La sécurité alimentaire représente toujours un défi important en raison de la poursuite des hostilités, des déplacements de populations, de la hausse du nombre de personnes retournées et de l'érosion continue de la résilience des communautés après presque neuf ans de conflit.

« Après neuf ans de crise, la population syrienne, y compris les personnes de retour dans leurs villages, continue de faire face à des défis importants », a déclaré Corinne Fleischer, Directrice du PAM en Syrie. « Nombre d'entre eux peinent à nourrir et à éduquer leurs enfants. Le PAM reste déterminé à fournir une aide vitale afin de les aider à survivre et à reconstruire leurs vies », a-t-elle ajouté.

Entre juin et juillet 2019, une mission d'évaluation de la FAO et du PAM a visité 10 des 14 gouvernorats du pays mais n'a pas pu se rendre dans les gouvernorats de Raqqa et d'Idlib en raison de l'insécurité. En se basant sur les interviews, les enquêtes, les visites de terrain, les données nationales et les informations satellitaires, le rapport donne une estimation de la production agricole pour 2019 et évalue la situation de la sécurité alimentaire pour l'ensemble du pays.
 

WFP/Abeer Etefa
Les Syriens déplacés reçoivent leurs rations alimentaires mensuelles par camions du PAM. (archive)

De nombreuses familles peinent à joindre les deux bouts

Près de 6,5 millions de personnes en Syrie devraient se retrouver en situation d'insécurité alimentaire et ont besoin d'être soutenues au niveau de leur alimentation et de leurs moyens de subsistance. 2,5 millions de personnes supplémentaires ont de fortes chances de connaître une situation d'insécurité alimentaire et ont besoin d'aide afin de renforcer leur résilience.

D'après le rapport, le manque d'opportunités de travail et la hausse des prix du carburant et des produits de bases ont contribué à limiter le pouvoir d'achat des foyers, poussant de plus en plus de familles à se tourner vers des stratégies de survie néfastes comme le fait de consommer moins de nourriture coûteuse, de réduire le nombre de ses repas quotidiens ou encore de retirer ses enfants de l'école pour les faire travailler.

Des personnes récemment retournées dans les gouvernorats d'Alep, d'Homs et de Deir-ez-Zor ont indiqué que dans la plupart des foyers, les adultes se passaient d'œufs et de produits laitiers pour que leurs enfants puissent consommer les aliments riches en micronutriments.

Les défis des agriculteurs

Sur certaines zones sont déjà tombées plus de la moitié des précipitations annuelles en moyenne. Par exemple, le gouvernorat de Tartous, où tombent généralement des pluies abondantes (900 mm de pluies annuelles en moyenne), a enregistré 2200 mm de pluies pendant la saison. D'après le rapport, ces pluies abondantes ont contribué à faire augmenter la production de fruits et de légumes mais une partie de ces produits a été perdue due aux prix élevés du carburant, à l'insécurité localisée et au manque de camions réfrigérés qui a compromis l'accès aux marchés urbains.

Les incendies dans les champs, qui ne sont pas inhabituels pendant la récolte, ont été plus fréquents et intenses en 2019. Le gouvernement estime que près de 85.000 hectares de cultures ont été brûlés. Le rapport indique que si les feux accidentels sont courants, d'autres preuves laissent à penser que certains feux ont été commencés délibérément, en particulier dans les zones de conflit.

Des inquiétudes concernant le fait que les faibles récoltes de l'année dernière auraient eu pour effet de provoquer des pénuries de semences ont été amoindries grâce à un don de l'Organisation générale pour la multiplication des semences (GOSM), à l'achat de semences sur le marché, à l'emprunt de semences et à l'utilisation de certaines semences stockées depuis l'année dernière. Dans le cadre d'un projet conjoint de la FAO et du PAM, 14.450 des agriculteurs les plus pauvres vivant dans les gouvernorats d'Hasakeh, de Raqqa, de Deir-ez-Zor, d'Alep et d'Hama ont reçu des semences de blé, leur permettant ainsi de cultiver.

L'apiculture, qui a longtemps été une industrie prolifique dans le pays, a beaucoup souffert de la crise et les inquiétudes persistent face à la mortalité des abeilles provoquée notamment par une mauvaise utilisation des pesticides. Le manque de circuits de commercialisation des produits à base de miel est également pointé du doigt pour expliquer ce déclin et l'impossibilité de garantir des moyens d'existence viables.
 

PAM/Marwa Awad
Le PAM fournit des repas aux enfants syriens dans le cadre de son Programme de cantine scolaire en Syrie.

Faire face à la crise

Le rapport se conclut par une liste de recommandations afin de surmonter la crise et de restaurer le secteur agricole et les moyens de subsistance, sur le court, moyen et long terme.

La FAO travaille avec ses partenaires afin d'améliorer la production agricole et de restaurer ou de créer des moyens d'existence en vue de sauver les vies des populations syriennes les plus vulnérables. 

La FAO travaille aussi avec ses partenaires à réhabiliter les infrastructures agricoles vitales et à rétablir les services de soutien. Jusqu'à ce jour, en 2019, la FAO est venu en aide à 31.000 familles agricoles (soit 186.000 personnes) en Syrie.

Chaque mois, le PAM fournit une aide alimentaire à plus de 4 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire à travers 14 gouvernorats en Syrie, y compris dans les zones affectées par les conflits comme dans le nord-ouest du pays.

Alors que les conditions sur le terrain évoluent, le PAM met en place des programmes conçus afin de faciliter l'indépendance des communautés qui émergent de plusieurs années de guerre. 

Le PAM utilise des bons alimentaires électroniques pour aider les personnes s'efforçant de maintenir leurs moyens d'existence, les femmes enceintes et allaitantes et les enfants déscolarisés. L'objectif est de leur donner le choix et de proposer une diversité alimentaire tout en soutenant les commerçants et les producteurs locaux.

 

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