Des experts onusiens dénoncent une multitude de crimes de guerre au Yémen

3 septembre 2019

Le conflit au Yémen a donné lieu en cinq ans à une « multitude » d’actes équivalant à des crimes de guerre, selon des experts mandatés par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Dans leur rapport présenté ce mardi à Genève, ceux-ci ciblent toutes les parties et dénoncent une impunité généralisée.

Ce deuxième rapport des experts de l’ONU détaille ainsi les crimes de guerre qui auraient été commis pendant le conflit au Yémen, notamment des raids aériens, des tirs d’obus aveugles, des tirs de francs-tireurs, l'utilisation de mines antipersonnel, des meurtres, des détentions, des actes de torture et de violence sexuelle, et un accès à l’aide humanitaire entravé.

« Malgré le manque de coopération dont ont fait preuve la coalition (dirigée par l'Arabie saoudite) et le gouvernement du Yémen », le groupe d’experts a pu mener plus de 600 entretiens avec des victimes et des témoins.

« Cinq ans après le début du conflit, les violations contre les civils yéménites se poursuivent sans relâche, avec un mépris total pour le sort de la population et l’absence d’action internationale pour que les parties au conflit rendent des comptes », a déclaré Kamel Jendoubi, Président du Groupe d’experts internationaux et régionaux sur le Yémen.

Une liste confidentielle transmise à la Haut-Commissaire Bachelet

Plus généralement, les experts sont fondés à croire que la conduite des hostilités par les parties au conflit, notamment les frappes aériennes et les bombardements, continue d’avoir un énorme impact sur les civils.

Ils pensent aussi que, outre les violations liées à la conduite des hostilités, les parties au conflit armé au Yémen sont responsables de privation arbitraire du droit à la vie, de détention arbitraire, de disparitions forcées, de violences sexuelles, de torture et de mauvais traitements, de recrutement d’enfants, de violations des libertés fondamentales et violations des droits économiques, sociaux et culturels.

Celles-ci constituent des violations du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire, selon les cas. Un bon nombre de ces violations peut entraîner la condamnation de personnes pour crimes de guerre si un tribunal indépendant et compétent en est saisi.

Le groupe d’experts sur le Yémen, créé par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies en 2017, a identifié, dans la mesure du possible, les « personnes susceptibles d’être responsables de crimes internationaux et a transmis ces noms », qui restent confidentiels, à la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet.

« Cette impunité endémique – au regard des violations et abus commis par toutes les parties au conflit - ne peut plus être tolérée. La communauté internationale doit cesser de fermer les yeux sur ces violations et sur la situation humanitaire intolérable », a déclaré M. Jendoubi.

S’abstenir de fournir des armes aux belligérants

Par ailleurs, les experts onusiens ont ajouté que les parties au conflit sont directement responsables de la situation humanitaire au Yémen. La poursuite d’attaques contre les infrastructures civiles telles que les hôpitaux et les marchés, ainsi que le recours au blocus, et le fait d’entraver l’accès à l’aide humanitaire et d’autres mesures analogues ont exacerbé une situation humanitaire désastreuse.

Le Groupe s’est déclaré vivement préoccupé par le fait que les parties au conflit aient probablement utilisé la famine comme méthode de guerre, dans la mesure où ces actes contribuent à priver la population de biens indispensables à sa survie.

Face à ce sombre tableau décrit dans ce rapport, les experts mandatés par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies demandent instamment aux autres États de s’abstenir de fournir des armes susceptibles d’être utilisées dans le conflit et leur rappelle qu’ils sont tenus de prendre toutes les mesures raisonnables pour assurer le respect du droit international humanitaire par toutes les parties au conflit.

Lors de la conférence de presse ce mardi à Genève, ils ont également averti que les Etats peuvent être tenus responsables de l’aide ou de l’assistance qu’ils fournissent pour la commission de violations du droit international « si les conditions de complicité sont remplies », pointant que plusieurs Etats apportent un soutien direct ou indirect aux parties. « La communauté internationale se doit de multiplier ses efforts pour libérer le peuple yéménite de l’injustice persistante qu’il subit », a insisté M. Jendoubi.

 

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