Migrations et crise climatique : l’ONU cherche des solutions

4 août 2019

Tout au long de l'histoire humaine, les migrations et le climat ont toujours été liés, mais aujourd’hui les effets de la crise climatique provoquée par l'homme sont susceptibles de modifier considérablement la distribution des populations.

Dina Ionesco est la Directrice de la division Migrations, environnement et changements climatiques de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Comme elle l'a expliqué à ONU Info, nous vivons à une époque où les catastrophes liées au climat sont dues à l'activité humaine, et cela aura probablement un impact majeur sur notre décision de migrer et de nous installer ailleurs.

« L'Atlas des migrations environnementales, qui donne des exemples remontant à 45.000 ans, montre que les changements environnementaux et les catastrophes naturelles ont joué un rôle dans la répartition de la population sur notre planète à travers l'histoire », dit-elle.

« Il est fort probable que des changements environnementaux indésirables directement dus au changement climatique ou amplifiés par celui-ci vont considérablement modifier les modèles d'établissement humain. La dégradation future des terres utilisées pour l'agriculture, la perturbation d'écosystèmes fragiles et l'épuisement de précieuses ressources naturelles telles que l'eau douce auront un impact direct sur la vie et les domiciles des êtres humains », ajoute-t-elle.

© UNICEF/UNI82205/Holt
Des hommes traversent une tempête de sable à dos de chameaux et d'ânes près de la ville de Mao, dans la région de Kanem au Tchad.

Désertification et érosion des côtes ont un impact sur la capacité à survivre

La crise climatique a déjà un effet. Selon l'Observatoire des personnes déplacées internes, 17,2 millions de personnes ont dû quitter leur domicile l'année dernière en raison de catastrophes qui ont eu une incidence négative sur leur vie. De lents changements dans l’environnement, tels que l’acidification des océans, la désertification et l’érosion des côtes, ont également un impact direct sur les moyens de subsistance des populations et sur leur capacité à survivre dans leur lieu d’origine.

Comme l'explique Mme Ionesco, il est fort probable que davantage de personnes migreront à l’avenir à la recherche de meilleures opportunités, alors que les conditions de vie se détériorent dans leur lieu d'origine.

« Le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), principale autorité des Nations Unies en matière de climatologie, a répété à maintes reprises que les changements induits par la crise climatique risquent d’influencer les schémas migratoires. La Banque mondiale a présenté des projections selon lesquelles 143 millions de personnes migreront d'ici à 2050 dans trois régions du monde, si aucune action n'est entreprise pour lutter contre le changement climatique », souligne-t-elle.

Toutefois le degré de prise de conscience et la compréhension de la manière dont les facteurs environnementaux affectent les migrations ont également changé. Avec de meilleures connaissances, il y a plus de raisons d’agir de toute urgence, d’être préparé et de réagir.

Relocaliser des communautés entières

Selon Mme Ionesco, la priorité est de trouver des solutions permettant aux personnes de rester chez elles et de leur donner les moyens de s'adapter aux conditions environnementales qui évoluent.

Cependant, lorsque les effets du changement climatique sont trop intenses, une autre priorité consiste à « améliorer la disponibilité et la flexibilité des voies de migration régulière ». Les États cherchent donc des solutions pour que les personnes puissent migrer en toute sécurité et par des canaux réguliers, ainsi que des solutions pour ceux qui sont déjà en déplacement.

« Une mesure de dernier recours consiste à procéder à des transferts planifiés de populations. Cela signifie d’organiser la relocalisation de villages et de communautés entières à l’écart des zones les plus touchées par les effets du changement climatique », explique la responsable de l’OIM.

Elle note qu’il n’existe pas de solution unique pour relever le défi des migrations environnementales, mais qu’il existe de nombreuses solutions qui abordent différents aspects de cette équation complexe.

« Rien de significatif ne peut être réalisé sans la forte implication des acteurs de la société civile et des communautés elles-mêmes, qui savent très souvent ce qui est le mieux pour elles et pour leurs modes de vie », estime-t-elle. « Je pense également que nous devons arrêter les discours qui se concentrent uniquement sur les migrants en tant que victimes de tragédies. La situation dans son ensemble est certes sombre, mais nous devons nous rappeler que les migrants démontrent quotidiennement leur résilience et leur capacité à survivre et à prospérer dans des situations difficiles ».

 

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