Une Experte indépendante de l’ONU plaide pour une approche plus sévère face aux violations des droits de l’homme au Myanmar

18 juillet 2019

La Rapporteuse spéciale sur les droits de l’homme au Myanmar a appelé à maintenir la pression et a exhorté les États d’Asie du Sud-Est à prendre une position plus forte face à la crise des droits humains au Myanmar.

« Lorsque les États de cette région s’engagent avec le Myanmar, les droits de l’homme devraient être à l’ordre du jour », a plaidé la Coréenne Yanghee Lee qui demande donc instamment à l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) de donner une priorité aux droits de l’homme au Myanmar, tout en obligeant Naypyidaw à respecter, protéger et appliquer les droits de l’homme.

« Il incombe aux voisins du Myanmar de reconnaître ces problèmes les plus graves qui ont été créés par le Myanmar », a déclaré la Rapporteuse spéciale qui a dénoncé des « violations flagrantes et persistantes des droits de l’homme au Myanmar. Des  abus qui « mettent en péril la vie des habitants de ce pays.

Selon elle, ces violations ont « des conséquences sans répit sur les voisins du Myanmar d’une manière qui pourrait menacer la paix et la sécurité en Asie du Sud et du Sud-Est ».

Lorsque les États de cette région s’engagent avec le Myanmar, les droits de l’homme devraient être à l’ordre du jour - Yanghee Lee, Rapporteuse spéciale des droits de l'homme au Myanmar

Pour l’Experte de l’ONU, ces violations créent des problèmes de plus en plus graves en Asie du Sud et du Sud-Est. Elle appelle donc les pays de la région à renforcer leurs actions pour faire face aux problèmes potentiels de paix et de sécurité.

A cet égard, la Rapporteuse spéciale, Yanghee Lee, a cité en exemple le sort de plus en plus préoccupant des quelque 1,5 million de réfugiés originaires du Myanmar vivant au Bangladesh, en Inde, en Indonésie, en Malaisie et en Thaïlande. Des populations livrées à la traite de personnes, mais aussi au trafic de drogue à l’intérieur et à l’extérieur de la région.

Mme Lee, qui continue de se voir refuser l’accès au pays, a conclu ce jeudi une mission de onze jours en Thaïlande et en Malaisie. Au cours de sa visite, Lee a reçu des informations sur la poursuite du conflit entre l’armée nationale (Tatmadaw) et le groupe rebelle de l’armée d’Arakan (AA), aggravant les violations des droits humains et les atteintes à la population civile.

Depuis janvier dernier, le conflit aurait fait au moins 55.000 personnes déplacées dans les États de Chin et de Rakhine. « La situation est urgente et mérite plus d’attention de la part de la communauté internationale », a alerté l’Experte.

Des femmes et des filles, dont certaines de neuf ans, livrées à la prostitution

Par ailleurs, la fermeture de l’Internet mobile, qui a duré près d’un mois dans neuf municipalités du nord de Rakhine et du sud de Chin, est sans précédent et inacceptable, a déclaré Mme Lee.

« La saison de la mousson est maintenant au Myanmar et trois municipalités de l’État de Rakhine ont été terriblement inondées. Etant donné qu’il n’y a pas d’accès à l’internet mobile dans l’une ou l’autre de ces communes, cela signifie que les habitants n’étaient pas préparés de manière adéquate et n’avaient pas été prévenus des inondations », a-t-elle regretté, tout en soulignant que cela a entraîné « des déplacements et la destruction de maisons ».

Au cours de sa mission en Thaïlande et en Malaisie, Mme Lee a également rencontré des habitants du Myanmar qui se sont vivement inquiétés de la manière des campagnes de désinformation et des discours de haine menées sur les médias sociaux.

« Il semble que ces campagnes deviennent de plus en plus sophistiquées, coordonnées et stratégiques, utilisant un langage codé pour contourner les restrictions de contenu afin de pouvoir continuer à diffuser des messages haineux », a-t-elle indiqué. Elle a déploré le fait que les entreprises de médias sociaux prennent des mesures inadéquates et incohérentes.

Des années de conflit dans le nord des États de Shan et de Kachin ont laissé les familles désespérées sur le plan financier, rendant les femmes et les filles vulnérables au trafic d’êtres humains - Yanghee Lee, Rapporteuse spéciale sur les droits de l’homme au Myanmar

L’Experte onusienne s’est dite également « bouleversée » de constater que, durant sa mission, elle avait appris que des femmes et des filles, dont certaines n’avaient que neuf ans, avaient été victimes de la traite depuis le nord du Myanmar vers des pays voisins à des fins de prostitution.

« Des années de conflit dans le nord des États de Shan et de Kachin ont laissé les familles désespérées sur le plan financier, rendant les femmes et les filles vulnérables au trafic d’êtres humains », s’est-elle inquiétée.

Face à un tel tableau, « il incombe à la communauté internationale de mettre en place une justice pénale au Myanmar ». Pour la Rapporteuse spéciale, les victimes devraient recevoir réparation pour le tort qui leur est causé et qu’elles ont le droit de connaître la vérité sur ce qui leur était arrivé, à leur famille et à leur communauté.

« Il est également essentiel de garantir fermement que les violations commises dans le passé et qui continuent de se produire maintenant ne se reproduiront plus », a-t-elle insisté.

Mais pour y arriver, la première étape selon elle, est que le gouvernement et les forces armées révisent leur position de déni et reconnaissent ce que le peuple du Myanmar a enduré.

« Les pays de cette région et l’ASEAN ont un rôle important à jouer pour persuader le Myanmar de provoquer ce changement fondamental », a conclu Yanghee Lee.

NOTE :

Les rapporteurs spéciaux et les experts indépendants font partie de ce que l'on appelle les Procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les Procédures spéciales - qui rassemblent le plus grand groupe d’experts indépendants du système des droits de l’homme de l’ONU - est l’appellation générale donnée aux mécanismes indépendants d’établissement des faits et de surveillance du Conseil, qui traitent soit de la situation particulière de pays, soit de questions thématiques dans le monde entier. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire. Ils ne font pas partie du personnel des Nations Unies et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et siègent à titre individuel. 

 

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