Venezuela : un nouveau rapport de l’ONU expose en détails la torture et les meurtres pour neutraliser l’opposition

4 juillet 2019

Un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) publié aujourd’hui dénonce un « nombre extrêmement élevé » d’exécutions extrajudiciaires présumées par les forces de sécurité, en particulier les forces spéciales (FAES), dans le cadre d’opérations de sécurité.

Selon les services de la Haut-Commissaire Bachelet, 1.569 autres personnes ont été tuées entre le 1er janvier et le 19 mai de cette année, selon les chiffres du Gouvernement. Mais d’autres sources suggèrent que « le bilan pourrait être beaucoup plus lourd ».

En 2018, Caracas avait déjà enregistré 5.287 assassinats, prétendument pour « résistance à l’autorité », au cours de ces opérations.

Le Haut-Commissariat note que cette situation n’est pas étrangère à une « stratégie » mise en œuvre au cours des dix dernières années et surtout depuis 2016. Une politique « visant à neutraliser, réprimer et incriminer les opposants politiques et les personnes critiquant le gouvernement ». Une série de lois, de politiques et de pratiques ont restreint l’espace démocratique, démantelé les contre-pouvoirs institutionnels et donné libre cours à des schémas de violations graves.

Ce nouveau document, qui couvre la période allant de janvier 2018 à mai 2019, repose sur 558 entretiens menés avec des victimes et des témoins de violations des droits humains au Venezuela et dans huit autres pays.  Le rapport note également qu’au 31 mai 2019, 793 personnes, dont 58 femmes, étaient privées arbitrairement de leur liberté. Dans ce lot, près 22 députés de l’Assemblée nationale, dont son président, ont été privés de leur immunité parlementaire.

Tout en saluant la libération récente de 62 prisonniers politiques, la Haut-Commissaire a demandé aux autorités de libérer toutes les autres personnes détenues ou privées de leur liberté pour avoir exercé pacifiquement leurs droits fondamentaux.

Les forces civiles et militaires responsables de plusieurs de ces abus

Les services de la Haut-Commissaire Bachelet décrivent ainsi un processus de militarisation des institutions de l’État au cours de la décennie qui s’écoule. Et les forces civiles et militaires seraient responsables de plusieurs de ces détentions arbitraires, de mauvais traitements et d’actes de torture sur des personnes critiquant le Gouvernement et leurs proches. Elles sont également accusées de violences sexuelles et sexistes envers des personnes placées en détention et lors de visites, et d’un usage excessif à la force lors de manifestations.

« Des groupes civils armés progouvernementaux, appelés colectivos, ont contribué à la détérioration de la situation en exerçant un contrôle social et en aidant à réprimer les manifestations », a fait valoir le Haut-Commissariat. Le HCDH a ainsi recensé 66 morts lors de manifestations entre janvier et mai 2019, dont 52 attribuables aux forces de sécurité gouvernementales ou aux colectivos.

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a pu se rendre dans le pays du 19 au 21 juin dernier. L’ancienne Présidente chilienne a ainsi rencontré le Président Nicolas Maduro, mais aussi le Président de l’Assemblée ainsi que des représentants de la société civile.

« Lors de ma visite au Venezuela, j’ai pu entendre moi-même les témoignages de victimes de la violence étatique et leur profond désir de justice », a déclaré la Haut-Commissaire qui a ajouté avoir « fidèlement transmis leur message » et abus attestés dans ce rapport, aux autorités vénézuéliennes.

« Le Gouvernement s’est engagé à collaborer avec nous pour résoudre certains des problèmes les plus épineux – notamment le recours à la torture et l’accès à la justice – et pour nous permettre d’accéder sans restriction aux centres de détention », a fait valoir Mme Bachelet.

Mme Bachelet plaide pour les Vénézuéliens « une vie meilleure, à l’abri de la peur »

Par ailleurs, les services de la Haut-Commissaire notent que l’économie vénézuélienne, en crise bien avant l’imposition de sanctions sectorielles, s’est aggravée à la suite des dernières sanctions économiques liées aux exportations de pétrole.

Sur le terrain, la pénurie et le coût croissants des aliments ont entraîné une diminution du nombre de repas à faible valeur nutritive, des niveaux élevés de malnutrition et un impact particulièrement négatif sur les femmes, dont certaines ont déclaré passer en moyenne 10 heures par jour à faire la queue pour obtenir de la nourriture.

La situation sanitaire n’est pas en reste avec des hôpitaux manquant de personnel, de fournitures médicales, de médicaments et d’électricité pour faire fonctionner les machines essentielles. Le rapport cite l’enquête nationale menée auprès des hôpitaux en 2019, qui a révélé qu’entre novembre 2018 et février 2019, 1.557 personnes sont décédées en raison du manque de fournitures dans les hôpitaux.

Dans ces conditions, le rapport du HCDH prévient que si la situation ne s’améliore pas, l’exode sans précédent de migrants et de réfugiés vénézuéliens se poursuivra et les conditions de vie de ceux qui restent dans le pays se détérioreront.

« La situation est complexe, mais ce rapport contient des recommandations claires sur les mesures immédiates qui peuvent être prises pour mettre fin aux violations en cours et rendre justice aux victimes, ainsi que pour la création d’un espace de dialogue constructif », a indiqué Mme Bachelet.

Le Haut-Commissariat exhorte donc le Gouvernement vénézuélien à prendre des mesures immédiates et concrètes pour mettre fin aux graves violations des droits économiques, sociaux, civils, politiques et culturels constatées dans le pays et y remédier. « Nous devrions tous être en mesure de convenir que tous les Vénézuéliens méritent une vie meilleure, à l’abri de la peur et avec un accès adéquat à la nourriture, à l’eau, aux soins de santé, au logement et à tous les autres besoins humains fondamentaux », a déclaré Mme Bachelet.

« Un prêtre catholique à Caracas m’a dit : “Ce n’est pas une question politique, c’est une question de souffrance du peuple.” Ce rapport n’est pas une question de politique, de géopolitique, de relations internationales ou autre chose qu’une question de droits de l’homme auxquels chaque vénézuélien a droit. »

Une façon de rappeler cette souffrance au quotidien d’inviter « tous ceux qui détiennent le pouvoir ou l’influence nécessaire, au Venezuela et ailleurs », à travailler ensemble pour trouver des compromis permettant de résoudre cette « crise dévastatrice » au Venezuela.

 

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