Myanmar : une experte de l’ONU appelle à maintenir la pression face à la crise des droits humains

3 juillet 2019

Une experte des droits de l’homme de l'ONU a imploré mercredi la communauté internationale de maintenir la pression sur le Myanmar dans un contexte de détérioration des droits humains dans ce pays, citant des préoccupations concernant d'éventuels crimes de guerre dans l'État de Rakhine, le traitement des minorités, l'environnement et la liberté d'expression.

Devant le Conseil de droits de l’homme des Nations Unies à Genève, la Rapporteure spéciale sur la situation des droits de l'homme au Myanmar, Yanghee Lee, s'est félicitée des réformes apportées par le gouvernement aux obligations des entreprises publiques du secteur extractif.

« C'est l'occasion pour le gouvernement d'améliorer la transparence dans le secteur et de veiller à ce que les ministères chargés de faire respecter les garanties environnementales et sociales disposent de ressources suffisantes », a déclaré l'experte.

Toutefois, Mme Lee s'est dit très préoccupée par l'absence de mesures de protection de l'environnement adéquates dans le secteur de l'extraction des ressources naturelles et les industries connexes.

A Hpakant, un bassin de déchets miniers a éclaté en avril, inondant une mine à ciel ouvert voisine et tuant 54 travailleurs. La pollution causée par la cimenterie Alpha de Mandalay, alimentée au charbon, a provoqué des protestations qui ont été violemment réprimées par les autorités.

Des analyses scientifiques indépendantes d'échantillons d'air, d'eau et de cheveux prélevés près de la centrale électrique au charbon de Tigyit, dans l'État de Shan, ont révélé que l'usine lixiviait des niveaux dangereux de métaux lourds toxiques dans l'environnement.

Liberté d'expression étouffée

Yanghee Lee a déclaré au Conseil des droits de l'homme que la liberté d'expression continuait d'être étouffée au Myanmar par des lois draconiennes utilisées pour réprimer les propos critiques sur l'armée nationale, le Tatmadaw, en particulier concernant les reportages sur le conflit avec l'armée arakane dans le nord de l'État de Rakhine et dans certaines parties du sud de l'Etat de Chin. Le conflit s'est poursuivi au cours des derniers mois et son impact sur les civils est dévastateur, a dit l’experte indépendante.

Les actes de la Tatmadaw et de l'armée arakane peuvent constituer des crimes de guerre, a déclaré la Rapporteure spéciale. Des attaques aveugles à l'intérieur et autour des villages ainsi que des attaques visant des civils et des biens de caractère civil, y compris des monastères accueillant des personnes déplacées, ont fait des dizaines de blessés et de morts parmi les civils. « J'appelle à nouveau toutes les parties à faire respecter le droit international humanitaire et les droits de l'homme », a déclaré Mme Lee.

Selon elle, les réfugiés rohingyas de Cox's Bazar, au Bangladesh, sont victimes d'une crise des droits humains, dont la responsabilité incombe au Myanmar. Il incombe entièrement au Myanmar de créer toutes les conditions nécessaires au retour de toutes les personnes qu'il a chassées de force, ce qu'il ne fait absolument pas, a-t-elle dit.

« Tant que l'impunité pour les crimes d'atrocité présumés persistera, nous continuerons d'être témoins de violations flagrantes des droits perpétrées contre les populations des minorités ethniques au nom de la contre-insurrection, de griefs enracinés et d'une insécurité et d'une l'instabilité prolongées », a ajouté la Rapporteure spéciale.

Yanghee Lee a réitéré son appel pour que la situation au Myanmar soit renvoyée devant la Cour pénale internationale (CPI) et que la communauté internationale crée un tribunal indépendant devant lequel les auteurs de crimes internationaux puissent être jugés.

« Il incombe au Conseil de sécurité de trouver un moyen de mettre de côté les divergences et de s'unir en ce qui concerne le Myanmar en adoptant une résolution ferme », a déclaré l’experte. « La situation ne s'améliore pas et de graves violations continuent de se produire régulièrement ».

 

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