A l'occasion des 100 ans de l'OIT, la France appelle à une réforme du capitalisme et de la mondialisation

11 juin 2019

Dans le cadre du centième anniversaire de l’Organisation internationale du travail (OIT), le Président français Emmanuel Macron a prononcé, mardi à Genève, un discours dénonçant les dérives du capitalisme.

« Ces dernières décennies sont marquées par une crise profonde, économique, sociale, environnementale, politique et donc civilisationnelle qui nous impose de réagir », a affirmé le Président français devant les participants de la Conférence internationale du travail, qui a débuté lundi et doit durer jusqu'au 21 juin.

Un plaidoyer pour une mondialisation plus sociale pour éviter une nouvelle guerre

A cette occasion, le chef de l’Etat français a lancé un appel en faveur de la réforme du capitalisme mais aussi de celle de la mondialisation pour résorber « les inégalités qui alimentent les extrêmes ». Un plaidoyer pour une mondialisation plus sociale pour éviter une nouvelle guerre.

« Comme en 1919 et 1944, nous sommes à l’orée, si nous n’y prenons pas garde, d’un temps de guerre », a affirmé le Président français. « Et cette guerre est là dans nos démocraties, c’est la crise profonde que nous sommes en train de traverser », a mis en garde M. Macron. 

Une crise qui pourrait conduire à un conflit. « Tous ceux qui croient, sagement assis, confortablement repus, que ce sont des craintes qu’on agite se trompent, ce sont les mêmes qui se sont réveillés avec des gens qui semblaient inéligibles, ou sortis de l’Europe, alors qu’ils pensaient que ça n’adviendrait jamais », a-t-il ajouté.

Des dernières décennies marquées par le dumping social

Dans ces moments d’inquiétude et de « grandes angoisses légitimes sur la transformation numérique et la transformation environnementale et écologique », « nous pouvons décider d’être des somnambules », a-t-il poursuivi. « Mais si nous voulons avancer fortement, il nous faut prendre des engagements forts ». 

Cela passe par une critique des dérives du capitalisme qui engendrent les crises politiques au sein même des démocraties. « La crise que nous vivons peut conduire aussi à la désagrégation des démocraties. J’en suis intimement convaincu », a-t-il insisté.

D’autant que « cette économie de marché dans laquelle nous vivons est de moins en moins sociale » et plus financiarisée. Comme pour dire que « quelque chose ne fonctionne plus dans ce capitalisme qui profite de plus en plus à quelques-uns ». « Je ne veux plus que nous considérions que le sujet d’ajustement économique et de la dette prévaut sur les droits sociaux », a lancé M. Macron.

Plus globalement, c’est aussi une critique sur cette autre facette « de la mondialisation » qui rime avec délocalisation, « qui rimait parfois avec dégradation de leurs conditions de vie, d’organisations ou de travail ». Un contexte mondial dans lequel, la découverte d’un dumping social, environnemental a rythmé les dernières décennies.

« Ces dernières décennies ont été marquées par quelque chose qui n’est plus le libéralisme et l’économie sociale des marchés, mais qui a été depuis 40 ans l’invention d’un modèle néo libéral et d’un capitalisme d’accumulation », a ajouté le Président Macron.

Paris plaide pour un salaire minimum

Dans ces conditions, il a axé son discours sur la « lutte contre les inégalités » et le renforcement de la coopération internationale pour « plus de justice sociale ». « Il faut réagir », a-t-il fait remarquer alors que des citoyens sont confrontés à une situation qui ne bénéficie qu’à quelques-uns. Il attend beaucoup de la Déclaration du Centenaire de l’OIT. « Je pense que la responsabilité de notre génération n’est pas d’attendre une nouvelle guerre, mais d’agir », a-t-il dit.

Par ailleurs, le Président Macron a indiqué qu’il refusera tous les accords commerciaux qui favorisent le dumping social et environnemental. « Je ne veux plus d’accords commerciaux internationaux qui alimentent le dumping social et environnemental », a-t-il dit. Cela passe par un combat au niveau européen.

« Je ne veux plus qu’en Europe nous considérions que le sujet de l’ajustement économique et financier et de la dette prévaut sur les droits sociaux parce qu’à ce moment-là on nourrit les extrêmes, le doute et précisément la désagrégation de ce qu’est le projet européen lui-même », a insisté le Président français. 

Mais ces efforts pour l’avenir du travail ne pourront être menés par un seul pays mais par « un ordre social européen » et sur la scène multilatérale. Le chef de l’Etat a ainsi souhaité que le G7 organisé fin août à Biarritz appelle tous les pays à se doter d’ici à 2030 d’un système de protection sociale pour tous. Et pour ce nouvel « ordre public social », Paris plaide pour un salaire minimum, comme la France le défend au niveau européen, et la création au Groupe des 7 pays industrialisés d’un « fonds à impact social et environnemental ».

Des échecs qui pourraient alimenter les extrêmes

Plus largement, le Président Macron a plaidé pour le retour à une économie sociale de marché où « chacun trouve sa part ». A cet égard, Paris trouve que cette mondialisation nouvelle, ce multilatéralisme à inventer doit avant tout être « un multilatéralisme d’humanité, mais de responsabilité dans l’entreprise, sur nos territoires, dans chacun de nos pays ».

D’autant qu’aujourd’hui plus que jamais, ce qui a fait faire naître l’OIT dans des temps troubles, « ce qui a nourri cette organisation internationale alors que la deuxième guerre mondiale n’était pas encore achevée, c’est ce qui doit nous amener à ouvrir une nouvelle page », a souligné le chef de l’Etat français. 

Plus globalement, dans un contexte mondial incertain et face aux replis nationalistes, le Président Macron a tenu à mettre en garde contre ces échecs qui pourraient alimenter les extrêmes.

« Quand le peuple ne trouve plus sa part de progrès », il peut être « attiré par l’autoritarisme, qui dit : 'la démocratie ne vous protège plus contre les inégalités de ce capitalisme devenu fou. Nous allons faire des murs, des frontières, sortir de ce multilatéralisme, il est mou' ». Une situation qui alimente selon lui les extrêmes qui ont progressé lors des récentes élections européennes.

La 108e Conférence internationale du travail se déroule à Genève du 10 au 21 juin 2019. Cette année, plus de 6.000 délégués du monde entier sont attendus sur les bords du Lac Léman pour trouver des solutions aux défis de l’avenir du monde du travail et célébrer le centenaire de l’OIT.

 

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