Philippines : des experts de l’ONU appellent à une enquête indépendante sur les violations commises

7 juin 2019

Des experts des droits de l’homme ont appelé les Nations Unies à mettre en place une enquête indépendante sur les violations des droits humains commises aux Philippines. Ils justifient cette demande par « la nette détérioration de la situation dans le pays, notamment les attaques répétées contre des personnes et des institutions défendant ces droits ».

Les experts se disent extrêmement préoccupés par le nombre élevé de meurtres perpétrés dans tout le pays « dans un climat apparent d’impunité officielle et institutionnelle ». Ils indiquent avoir enregistré « un nombre impressionnant de morts illégales et d’assassinats par la police dans le cadre de la prétendue guerre contre la drogue, ainsi que d’assassinats de défenseurs des droits de l’homme ».

« Compte tenu de l’ampleur et de la gravité des violations des droits de l’homme, nous appelons le Conseil des droits de l’homme à ouvrir une enquête indépendante sur les violations des droits de l’homme aux Philippines », ont déclaré les experts indépendants, faisant référence à l’organe composé de 47 États membres élus par l’Assemblée générale des Nations Unies.

Or jusque-là, très peu d’enquêtes indépendantes et efficaces ont été diligentées alors que dans le même temps, des médias indépendants et des journalistes sont menacés. « La loi a été armée pour saper la liberté de la presse et l’indépendance du système judiciaire est compromise », ont déclaré les experts dans un communiqué rendu public ce vendredi à Genève.

« Il est temps que le Conseil des droits de l’homme agisse contre ces attaques répétées visant des défenseurs des droits de l’homme et des institutions de surveillance indépendantes », ont-ils  ajouté.

Des membres des forces armées et des groupes paramilitaires accusés de meurtres

Au cours des trois dernières années, ces experts ont régulièrement porté à l’attention du gouvernement des cas alléguant diverses violations flagrantes des droits humains, telles que des exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, y compris des enfants, des personnes handicapées, des peuples autochtones, des syndicats et des organisations non gouvernementales ou des militants des droits fonciers.

Ces affaires ont porté également sur des allégations de détention arbitraire, de torture ou de traitements inhumains ou dégradants, de violences sexistes contre des femmes défenseurs des droits humains. Il y a aussi les atteintes à l’indépendance des juges et des avocats, de libertés d’expression et de réunion. « Malheureusement, ces cas ne sont que la partie visible de l’iceberg et de nombreux autres cas sont régulièrement signalés », ont fait valoir ces experts indépendants de l’ONU.

Ils ont souligné que, dans de nombreux cas, les auteurs présumés des meurtres sont des membres des forces armées, des groupes paramilitaires ou des personnes qui leur sont liées. 

A cet égard, les experts citent les actes d’intimidation et les attaques contre les voix qui critiquent le gouvernement, notamment les médias indépendants, les défenseurs des droits humains, les avocats et les journalistes.

Les experts notent que le Président a lui-même intimidé publiquement des défenseurs des droits de l’homme, des rapporteurs spéciaux des Nations Unies et même des juges de la Cour suprême. Il a publiquement eu des propos dégradants sur les femmes par le biais de déclarations sexistes et incité à la violence contre de prétendus revendeurs de drogue et autres. « Il a également menacé de bombarder les écoles des peuples autochtones Lumad sur l’île de Mindanao », ont insisté les experts de l’ONU.

Lutter contre l’impunité face au deuil de milliers de familles

Or les experts redoutent une impunité sur ces affaires. Ils veulent que justice soit rendue aux victimes et que les violations ne se reproduisent plus. « Il y a maintenant des milliers de familles en deuil aux Philippines », ont-ils ajouté.

Les experts ont également exprimé de sérieuses préoccupations concernant la décision de Manille de se retirer de la Cour pénale internationale. « C’est la dernière des nombreuses actions démontrant que le gouvernement cherche à se soustraire à tout contrôle et à rejeter toute obligation de rendre des comptes », ont-ils déclaré, soulignant les attaques répétées et personnalisées contre des acteurs internationaux indépendants et portant atteinte à leur crédibilité.

Face à la dégradation de la situation des droits de l’homme, ils invitent la communauté internationale à faire tout son possible pour éviter une répétition de tels abus.

Au cours des trois dernières années, les experts indépendants nommés par le Conseil des droits de l’homme ont fait part de leurs préoccupations au gouvernement philippin à 33 reprises. C’est le cas en août 2016 quand le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires avait exhorté Manille à mettre un terme aux homicides illégaux de personnes soupçonnées d’infractions liées à la drogue.

Ces experts sont les suivants :

Agnès Callamard, Rapporteure spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires; Meskerem Geset Techane, Présidente du Groupe de travail sur la question de la discrimination à l'égard des femmes en droit et dans la pratique; Hilal Elver, Rapporteure spéciale sur le droit à l’alimentation; Michel Forst, Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l'homme; David Kaye, Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression; Clément Nyaletsossi Voulé, Rapporteur spécial sur le droit de réunion pacifique et la liberté d'association; José Antonio Guevara Bermúdez, Président-rapporteur du Groupe de travail sur la détention arbitraire; Dainius Pῡras, Rapporteur spécial sur le droit à la santé; Victoria Lucia Tauli-Corpuz, Rapporteure spéciale sur les droits des peuples autochtones; Dubravka Šimonović, Rapporteure spéciale sur la violence à l'égard des femmes, ses causes et ses conséquences; Diego García-Sayán, Rapporteur spécial sur l'indépendance des juges et des avocats.

 

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