L’Algérie et l’Argentine ont réussi à éradiquer le paludisme (OMS)

22 mai 2019

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a annoncé que l’Argentine et l’Algérie n’ont pas recensé de nouveaux cas de paludisme depuis 2013. Ces deux pays ont donc officiellement mis un terme à la transmission locale de cette maladie et se sont vus octroyer le statut de « pays exempt du paludisme ».

Cette certification est accordée lorsqu’un pays démontre avoir interrompu la transmission autochtone de la maladie pendant au moins trois années consécutives.

Buenos Aires et Alger ont notifié leurs derniers cas autochtones de paludisme en 2013 et 2010, respectivement. L’Argentine et l’Algérie ont éliminé le paludisme « grâce à l’engagement sans faille et à la persévérance des populations et des dirigeants des deux pays », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, cité dans ce communiqué rendu public ce mercredi à Genève. Selon le Directeur général de l’OMS, « leur succès sert de modèle pour d’autres pays qui s’efforcent de mettre fin à cette maladie une fois pour toutes ».

Les certificats seront présentés par le Directeur général de l’OMS aux représentants de l’Algérie et de l’Argentine en marge de la 72e Assemblée mondiale de la Santé qui se déroule à Genève.

Tant en Algérie qu’en Argentine, l’histoire du paludisme s’étend sur des centaines d’années et la lutte contre cette maladie a été âprement menée. Au cours des dix dernières années, l’amélioration de la surveillance a ainsi permis d’identifier et de traiter rapidement chaque cas de paludisme, sans exception. Il est important de noter que les deux pays fournissaient un diagnostic et un traitement gratuits à l’intérieur de leurs frontières, en veillant à ne laisser personne de côté s’agissant de l’obtention de services nécessaires pour prévenir, détecter et guérir la maladie.

Le combat de l’Algérie pour éliminer le vecteur du parasite

S’agissant de l’Algérie, c’est le deuxième pays de la Région africaine de l’OMS à être officiellement reconnu comme exempt de paludisme, après l’Île Maurice, qui a été certifiée en 1973. 

Alger a notifié le dernier cas autochtone en 2013. L’agence onusienne attribue principalement le succès remporté par l’Algérie dans la lutte contre la maladie par la qualité de ses ressources humaines avec « la présence de personnels de santé bien formés ». L’OMS met en avant également la fourniture de services de diagnostic et de traitement du paludisme dans le cadre de soins de santé universels et une riposte rapide aux flambées épidémiques. « Tous ces facteurs ont permis au pays d’atteindre – et de maintenir – zéro cas de paludisme », a insisté l’Organisation basée à Genève.

Pour la Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, Dr Matshidiso Moeti, les autres pays africains peuvent tirer des enseignements de cette expérience. « Désormais, l’Algérie a démontré au reste du continent africain qu’il est possible de vaincre le paludisme moyennant le leadership des pays des mesures audacieuses, des investissements judicieux et de solides données scientifiques », a-t-elle déclaré.

« Le parasite du paludisme a été découvert pour la première fois chez l’homme il y a près d’un siècle et demi en Algérie, marquant ainsi une étape importante dans la lutte contre cette maladie », a-t-elle ajouté.  Le Dr Charles Louis Alphonse Laveran, médecin français, a découvert le parasite du paludisme en Algérie en 1880. Dans les années 1960, le paludisme était devenu le principal problème de santé du pays, quelque 80.000 cas étant signalés chaque année.

La route de l’Argentine menant à l’élimination du paludisme

Dans la Région des Amériques, l’Argentine est le deuxième pays à être certifié en 45 ans, après le Paraguay qui l’a été en juin 2018.  L’Argentine a notifié le dernier cas autochtone en 2010.

Selon le Dr Carissa Etienne, Directrice de l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPS), Bureau régional de l’OMS pour les Amériques, ce pays a ainsi démontré l’engagement, les capacités au sein de ses systèmes de santé, de laboratoire et de surveillance ainsi que le financement nécessaire pour prévenir la réintroduction du paludisme dans son pays.

Mais cette dynamique est le résultat d’une politique à long terme. En effet, l’Argentine a entrepris dans les années 1970 d’éliminer le paludisme. Parmi les principaux éléments de son approche, figuraient notamment la formation des agents de santé à la pulvérisation d’insecticides à l’intérieur des habitations, le diagnostic de la maladie par la microscopie et une riposte efficace aux cas signalés au sein de la communauté.

La collaboration transfrontière était également essentielle. Entre 2000 et 2011, l’Argentine a travaillé en étroite collaboration avec le Gouvernement bolivien pour la pulvérisation d’insecticides à l’intérieur de plus de 22 000 habitations situées dans des zones frontalières et pour mener des campagnes de dépistage du paludisme à grande échelle. « Je suis convaincue que l’Argentine servira d’exemple et de source d’inspiration aux autres pays de la Région des Amériques pour parvenir à l’élimination de la maladie dans les prochaines années », a d’ailleurs fait valoir la Directrice de l’Organisation panaméricaine de la Santé.

Le paludisme, contracté par la piqûre d’un moustique infecté, demeure l’une des principales causes de mortalité dans le monde. En 2017, 219 millions de cas ont été signalés et plus de 440.000 personnes sont mortes. Environ 60% des décès concernent des enfants de moins de cinq ans. Et plus de 90% des victimes sont recensées en Afrique, et en particulier en Afrique subsaharienne.

 

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