Syrie : plus d’une centaine de civils tués depuis avril à Idlib

21 mai 2019

Malgré l’annonce récente d’un cessez-le-feu de 72 heures, le Haut-Commissariat des Nations Unies des droits de l’homme (HCDH) s’est dit extrêmement préoccupé par l’escalade militaire dans le nord-ouest de la Syrie.

« Si la violence a quelque peu diminué, des frappes aériennes et des attaques au sol continuent de se dérouler dans différentes parties des gouvernorats d’Idlib et de Hama », a déclaré mardi Marta Hurtado, porte-parole du HCDH aux médias à Genève.

Face à l’instabilité de la situation sur le terrain, les services de la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, estiment que « la possibilité de nouveaux affrontements est grande ». Un scénario qui aggraverait le sort d’environ 3 millions de civils pris entre deux feux dans cette région. D’autant que les forces gouvernementales et les groupes armés non étatiques qui combattent dans le nord de la Syrie, ne semblent pas avoir respecté les principes de distinction et de proportionnalité énoncés par le droit international humanitaire. Cela a conduit à un grand nombre de victimes civiles et de blessés, selon des informations répertoriées par le HCDH.

Comme pour aggraver la situation, des objets militaires ont été placés à proximité de civils et de sites civils, faisant des morts et des blessés parmi les civils et causant des dommages importants parmi les hôpitaux, les mosquées, les écoles et les marchés. Depuis le début de la dernière escalade militaire fin avril, au moins 105 civils ont été tués et au moins 200.000 personnes ont fui les hostilités dans le sud d’Idlib et le nord de Hama.

De nombreuses attaques des forces progouvernementales ont été également enregistrées entre le 8 et 16 mai derniers. Au moins 56 civils ont été tués, dont de nombreuses femmes et enfants, et cinq écoles et un hôpital ont été gravement endommagés.

Plus de 2.500 enfants de djihadistes entassés au Nord-est de la Syrie

Au cours de la même période, des attaques de groupes armés non étatiques ont été signalées, faisant au moins 17 morts parmi les civils, principalement des femmes et des enfants. Ces groupes ont lancé des attaques au sol contre des zones sous le contrôle des forces gouvernementales et ont frappé des quartiers résidentiels et des sites de personnes déplacées dans les gouvernorats d’Hama et d’Alep.

Dans tous les cas, le HCDH estime qu’un accord de cessez-le-feu risque de ne pas empêcher dans l’avenir ou un futur proche, « une offensive à grande échelle des forces gouvernementales et de leurs alliés pour reprendre le gouvernorat d’Idlib ».

« Les parties au conflit sont tenues de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour ne pas mettre les civils en danger », a plaidé Mme Hurtado, tout en rappelant que le renvoi forcé de civils pour des raisons liées au conflit ne peut l’être uniquement que pour garantir leur propre sécurité ou pour des raisons d’ordre militaire.

S’agissant du camp d’al-Hol, dans le gouvernorat d’Al-Hassakeh, les services de la Haut-Commissaire Bachelet se sont également dit inquiets sur le sort de plus 70.000 déplacés vivant dans des « conditions déplorables ». Les quelque 2.500 enfants âgés de moins de 12 ans, nés de pères affiliés à l’Etat islamique (EI) sont sous la protection de leur mère. Dans le même temps, des enfants de plus de 12 ans auraient été enlevés à leur mère et seraient détenus dans des « zones d’installation » non identifiées. Selon d’autres informations, les autorités kurdes détiendraient ces enfants dans des centres de détention secrets à al-Hassakeh. Ils ne seraient ni autorisés à communiquer avec leurs familles, pas plus que les familles n’auraient été informées de leur sort ou de leur statut.

Poursuite des abus à Deraa malgré des accords de réconciliation

Par ailleurs, 10 mois après la mise en œuvre des accords de « réconciliation » dans le gouvernorat de Deraa, dans le sud-ouest de la Syrie, le HCDH indique avoir reçu des informations préoccupantes faisant état de violations des droits humains commises par des acteurs étatiques et non étatiques, notamment des détentions arbitraires, des disparitions forcées, des pillages et des saisies de biens.

Entre le 26 juillet 2018 et le 31 mars 2019, un certain nombre d’anciens membres de groupes armés et de civils occupant des postes au sein d’entités gouvernementales, notamment de conseils locaux civils, de forces armées ou de forces de sécurité ont été tués dans ce qui ressemble à des « assassinats ciblés ». « Nous avons pu documenter 11 incidents de ce type », a précisé Mme Hurtado. « Le HCDH a également confirmé des informations selon lesquelles certains acteurs non étatiques auraient pillé et saisi des maisons appartenant à des musulmans chiites après les avoir expulsés de force à Busra al-Sham », a-t-elle ajouté.

Au cours de la même période, au moins 380 personnes auraient été arrêtées ou détenues. Dans de nombreux cas, les raisons de ces arrestations restent floues et peu ou pas d’informations sont données aux familles des détenus sur leur sort et leur statut. Dans certains cas, les détenus auraient été soupçonnées de « terrorisme ». Sur les 380, environ 150 ont été libérés après quelques jours de détention, mais au moins 230 ont été victimes de disparitions forcées.

Le sort des disparus et des détenus

Sur ces arrestations, 17 l’ont été aux points de contrôle établis par le gouvernement à la périphérie des zones sous leur contrôle, car ils figuraient sur des « listes de personnes recherchées » par le gouvernement. Dans un des cas, deux détenus étaient morts sous la garde du gouvernement après quelques jours de détention en mars 2019. De nombreuses familles à Deraa continuent d’avoir peu ou pas du tout d’informations sur leurs proches disparus ou détenus.

A noter que des accords de réconciliation ont été conclus en juillet 2018, lorsque les forces du gouvernement syrien ont pris le contrôle du gouvernorat de Deraa. Dans le cadre de cet accord conclu entre le gouvernement et certains groupes armés non étatiques, Damas a rétabli son autorité civile dans toute la province. Toutefois certains groupes armés ont continué à conserver un contrôle militaire effectif sur certaines parties du gouvernorat. À la suite des accords de réconciliation, la plupart des personnes déplacées par le conflit sont rentrées chez elles, dans le gouvernorat de Deraa.

Mais ces retours posent de nombreux défis aux familles surtout en raison de la présence de restes explosifs de guerre qui ont été laissés par diverses parties au conflit. Selon les services de la Haut-Commissaire Bachelet, des civils, en particulier des enfants, continuent d’être tués ou gravement blessés par ces explosifs, en dépit des activités de déminage. Ils ont enregistré au moins 12 incidents de ce type.

Dans ces conditions, le Bureau des droits de l’homme de l’ONU demande aux autorités de veiller à ce que les arrestations soient menées conformément à la loi et étayées par des preuves suffisantes. « Outre le droit à un procès équitable, le gouvernement doit veiller à ce que l’identité, l’emplacement, le statut et la condition de toutes les personnes placées sous sa garde soient divulgués », a conclu la porte-parole du Haut-Commissariat.

 

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