A Genève, Guterres plaide pour une réforme équitable et durable du commerce international

10 mai 2019

Si la contribution du commerce international à la croissance économique et au développement durable est indéniable, « la mondialisation a également alimenté les peurs et les angoisses », a déclaré vendredi le Secrétaire général de l’ONU devant le Conseil général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève.

Dans ce discours, António Guterres a insisté sur la propagation « des sentiments anti-mondialisation chez ceux qui se sentent laissés pour compte », alors que les inégalités croissantes ont mis en évidence le fait que la mondialisation crée à la fois des gagnants et des perdants.

Ces perceptions ont ainsi sapé la confiance entre les peuples et leurs institutions politiques et érodé le soutien social à des approches coopératives plus ouvertes dans de nombreux pays, riches et pauvres, a déclaré le chef de l’ONU

Face au mécontentement croissant suscité par la mondialisation, les tensions commerciales se sont intensifiées au cours de l’année écoulée pour menacer la croissance du commerce international et le fondement même du système commercial multilatéral fondé sur des règles. La mondialisation a affaibli sérieusement le soutien populaire au multilatéralisme commercial.

Selon M. Guterres, la mondialisation à elle seule n’a pas été suffisante pour combler les écarts de revenus dans et entre tous les pays, malgré la participation accrue des pays en développement au commerce mondial. Tous les pays n’ont pas été en mesure de tirer pleinement parti des possibilités offertes par la mondialisation des échanges et l’intégration économique. En conséquence, beaucoup continuent d’être à la traîne.

Les pays les moins avancés ne sont pas en voie d’atteindre l’objectif consistant à doubler leur part du commerce mondial d’ici 2020. De plus, des inégalités croissantes sont constatées dans de nombreuses sociétés. Plus de 700 millions de personnes, soit 10% de la population mondiale, vivent toujours dans une pauvreté extrême, notamment dans les pays à revenu intermédiaire qui ont réussi à tirer parti du commerce mondial.

« Vous devriez être fiers du rôle » de l’OMC dans la lutte contre la pauvreté (Guterres)

Plus largement, M. Guterres a rappelé que l’esprit du multilatéralisme fait face aujourd’hui à une pression croissante. Une menace reflétée par ces tensions commerciales qui « constituent un revers majeur pour la revitalisation du partenariat mondial pour le développement durable ». Or lorsque les tensions commerciales montent, « il n’y a pas de gagnant, mais seulement des perdants, en particulier parmi les pays en développement ».

Pourtant un abandon des accords multilatéraux sera probablement moins favorable pour les petits pays en développement, qui perdent les protections communes d’un système fondé sur des règles. « Dans les négociations bilatérales, le partenaire commercial dominant tend à gagner le plus », a fait valoir le chef de l’ONU.

Pourtant malgré ces critiques sur la mondialisation, ces dernières décennies ont été marquées par des transformations de l’économie mondiale. En 1995, la part des pays en développement dans le commerce mondial était inférieure à 30%. En 2017, il était passé à 45%. « Vous devriez être fiers du rôle » de cette institution qui a contribué à sortir un milliard de personnes de la pauvreté extrême, a-t-il dit devant les Etats.

Pour autant, il leur demande de garantir que la réforme de l’OMC que souhaitent la plupart des pays importants soit « équitable, légitime et durable ». Il en appelle aux Etats membres d’œuvrer au rétablissement de l’esprit de coopération internationale. Et M. Guterres d’appeler à résoudre ces tensions par « le dialogue multilatéral » et la collaboration pour maintenir un système du commerce mondial non discriminatoire, crucial notamment pour les économies « les plus vulnérables ».

Atteindre les ODD nécessite plus de coopération, pas moins, selon le chef de l'OMC

Dans ce contexte, le patron de l’ONU a jugé encourageant de noter les diverses initiatives déjà en cours au sein de l’OMC pour traiter de différents domaines présentant un intérêt particulier pour les objectifs de développement durable (ODD).

Par exemple, les discussions à l’OMC visant à éliminer les subventions néfastes à la pêche d’ici à 2020 sont conformes à l’objectif 14 des ODD sur la protection de nos océans. Les objectifs sur la santé ont bénéficié de l’amendement à l’Accord sur les Aspects de Droit de Propriété intellectuelle (ADPIC), qui aide les pays en développement à accéder aux médicaments génériques à des prix plus abordables. Et une transparence accrue sur les subventions agricoles renforcera les efforts pour atteindre la sécurité alimentaire conformément à l’objectif 2 des ODD, ainsi que pour suivre des pratiques agricoles plus durables, avec des avantages pour le climat, comme le préconise l’ODD 13.

A cet égard, M. Guterres est revenu sur la réunion de deux jours qu’il a tenue avec de hauts responsables des Nations Unies. Des discussions qui ont porté sur de nombreuses questions urgentes allant de la prolifération des conflits aux défis des nouvelles technologies et aux menaces du changement climatique pour nos économies et notre sécurité commune. « Dans tous ces domaines, le multilatéralisme est essentiel », a fait remarquer M. Guterres, tout en soutenant le fait que « le commerce est au cœur des relations internationales et l’OMC au cœur du commerce ».

De son côté, le Directeur général de l’OMC a insisté sur les nombreux défis - nouveaux et anciens – dans lequel le monde est confronté. « Mais face à ces tensions économiques, à la pauvreté, au changement climatique, aux conflits, à la migration, à la résistance aux antimicrobiens, à mon avis, relever chacun de ces défis exige plus de coopération, pas moins », a souligné Roberto Azevêdo. Pour M. Azevêdo, atteindre les objectifs de développement durable nécessite également plus de coopération, pas moins.

Une façon pour le patron de cette institution basée à Genève de rappeler que les règles multilatérales ne sont pas précieuses pour elles-mêmes, « elles le sont parce qu’elles nous aident à défendre plus efficacement les intérêts de nos économies et de nos régions grâce à la coopération mutuelle ». Et de relever que la coopération multilatérale, par le biais des Nations Unies, de l’OMC et de la famille des institutions multilatérales, a été « une force puissante au service du bien, soutenant la croissance économique, le développement, la stabilité et la paix ».  

 

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