Bosnie-Herzégovine : le Haut-Représentant exhorte les autorités à pleinement respecter l’Accord de paix

8 mai 2019

Devant le Conseil de sécurité, le Haut-Représentant pour la Bosnie-Herzégovine, Valentin Inzko, a exhorté les autorités bosniennes à maintenir l’accent sur le plein respect de l’Accord de paix et des résolutions du Conseil de sécurité, à moins de risquer que les réformes mises en œuvre à cette fin ne soient davantage démantelées. 

« Pendant longtemps, nous avons considéré que les progrès remarquables réalisés par le pays depuis 1995 étaient irréversibles, mais « il importe de savoir reconnaître les reculs lorsqu’ils ont lieu et que notre mission n’est pas achevée », a-t-il déclaré. 

Le Haut-Représentant a indiqué que sept mois après les élections du 7 octobre, le processus de constitution d’une coalition domine le pays. Tout en notant que la Republika Srpska et certaines cantons fédéraux ont rapidement constitué de nouveaux gouvernements, il a regretté l’absence de nomination, au niveau étatique, d’un conseil des ministres ou d’un nouveau gouvernement fédéral.  Néanmoins, les discussions entre les parties semblent progresser, a-t-il fait remarquer. 

M. Inzko a appelé à la création, dès que possible, d’un nouveau conseil des ministres, afin de répondre aux problèmes socioéconomiques qu’affrontent les citoyens et à améliorer la transparence et l’intégrité du système électoral de la Bosnie-Herzégovine.

Pour ce qui est l’intégration dans l’Union européenne, le Haut-Représentant a indiqué qu’en février, le pays avait finalisé ses réponses à près de 4 000 questions de la Commission européenne.  Il s’est cependant inquiété de la persistance d’une rhétorique déstabilisante provenant parfois de la bouche de ceux-là mêmes qui professent un engagement à l’adhésion à l’Union européenne. 

Il importe de savoir reconnaître les reculs lorsqu’ils ont lieu et que notre mission n’est pas achevée », a-t-il déclaré - Valentin Inzko, Haut-Représentant pour la Bosnie-Herzégovine 

Il a notamment pointé le Président de la présidence tripartite de la Bosnie-Herzégovine, M. Milorad Dodik, qui, tout en déployant des efforts pour conclure des accords sur certaines questions clefs, continue de brandir la menace d’une prochaine sécession de la Republika Srpska.  

M. Inzko s’est aussi soucié du fait que les principaux partis croates continuent de rejeter les jugements rendus par le Tribunal pénal international pour l’ex Yougoslavie (TPIY) au sujet de leur rôle durant la guerre et de tenter de raviver les structures du para-État de l’époque.  De plus, en début d’année, le principal parti bosniaque a annoncé son intention de lancer une initiative pour remettre en cause le nom de la Republika Srpska.  

Il a rappelé que la Constitution de la Bosnie-Herzégovine établit que le pays est constitué de deux entités, la Fédération de Bosnie-Herzégovine et la Republika Srpska.  Il a ensuite précisé que, contrairement aux déclarations du Président de la Présidence, le Président Vučić, de la Serbie, continue de respecter l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine.

Force de police de réserve

Le Haut-Représentant a indiqué qu’au mois d’avril, l’Assemblée nationale de la Republika Srpska avait fait avancer une législation visant à créer une force de police de réserve.  Il a indiqué que certains y voient une tentative de constituer une force militaire alternative et que cette situation est source de graves préoccupations.  En outre, le comité parlementaire de la Fédération a indiqué qu’il compte en faire de même, et un membre du parti au pouvoir en Republika Srpska a même affirmé que cette force de police vise à remplacer l’armée. 

De tels propos ont provoqué « une spirale négative de méfiance et une concurrence malsaine » et si cette dynamique se poursuit, elle pourrait déstabiliser le pays, a-t-il averti.  « La Bosnie, a-t-il souligné, a besoin de moins d’armes et de moins de gens en uniforme de police: il faut déployer tous les efforts pour prévenir une course à l’armement policier. »

M. Inzko a ensuite signalé que les autorités politiques continuent de manière persistante à ne pas respecter les décisions contraignantes du système judiciaire.  Il a notamment rappelé que la ville de Mostar s’est vue empêchée de tenir des élections locales depuis 2008, jugeant « inconcevable » qu’une ville importante qui ambitionne de devenir capitale culturelle de l’Europe se trouve dans cette position.  Il a appelé à trouver, à titre prioritaire, une solution à cette situation avant les prochaines élections locales d’octobre 2020.  

La Bosnie a besoin de moins d’armes et de moins de gens en uniforme de police: il faut déployer tous les efforts pour prévenir une course à l’armement policier – Valentin Inzko, Haut-Représentant pour la Bosnie-Herzégovine

« Vingt-quatre ans après Dayton et 10 ans après le jugement rendu, a-t-il dénoncé, les représentants de groupes minoritaires ne peuvent toujours pas se présenter à la présidence ni à la Chambre du peuple ».  Les autorités pourraient résoudre certaines de ces questions d’un simple trait de stylo ou en menant des négociations de bonne foi, mais les efforts les plus minimes ne sont même pas déployés, a déploré l’orateur. 

Le Haut-Représentant a appelé les dirigeants politiques à déployer des efforts sincères pour surmonter leurs différends et avancer dans la nomination des autorités exécutives aux niveaux étatique et fédéral.  Il leur revient également de travailler avec les autorités de la Republika Srpska et les cantons pour pleinement mettre en œuvre l’Accord de paix de Dayton.  M. Inzko les a également priés de mettre un terme à la rhétorique déstabilisatrice et séparatrice et à maintenir le pays sur la voie de l’Union européenne. 

Il est aussi particulièrement important d’établir un environnement socioéconomique positif et d’assurer le respect de l’état de droit afin de mettre un terme à l’exode des jeunes « brillants », « la plus importante ressource naturelle du pays ».  

De son côté, la communauté internationale doit renforcer ses efforts pour promouvoir la réconciliation en Bosnie-Herzégovine et dans la région.  Nous ne pouvons pas quitter la Bosnie-Herzégovine, a-t-il insisté. 

 

 

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