En Syrie, les personnes handicapées ne doivent pas être les oubliées du conflit

24 avril 2019

La réfugiée syrienne Nujeen Mustafa et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) ont appelé mercredi les membres du Conseil de sécurité à soutenir et à protéger les personnes handicapées en Syrie en raison de leur plus grande vulnérabilité face au conflit.

Dans la salle du Conseil de sécurité, une jeune femme en fauteuil roulant prend la parole. « Qu’est-ce que cela signifie d’être une personne handicapée en Syrie ? Pour moi, c’était ne pas pouvoir me rendre à l’école, sortir avec mes amis ou aller au cinéma. C’était comme être assignée à résidence », se remémore-t-elle.

Nujeen Mustafa est une réfugiée syrienne atteinte de paralysie cérébrale depuis sa naissance. Devant les membres du Conseil de sécurité, sa voix est chevrotante mais sa parole est résolue.

« J’ai eu de la chance d’avoir le soutien de ma famille et je n’ai pas eu peur jusqu’à ce que la guerre éclate », a dit la jeune femme âgée de 20 ans originaire d’Alep.

Nujeen a fui la guerre en Syrie à l’âge de 16 ans sur son fauteuil roulant. Elle a pu trouver refuge en Allemagne ou vivait un de ses frères.

A Alep, la jeune femme vivait avec sa famille dans un immeuble au cinquième étage. La famille vivait dans la peur, au rythme des raids d’hélicoptères larguant des bombes sur la ville. En juin 2015, une frappe aérienne sur un enterrement à laquelle participait sa famille a convaincu cette dernière de quitter le pays. « J’ai alors réalisé que j’étais le principal obstacle pour la sécurité de ma famille », a dit Nujeen.

La situation de Nujeen n’est pas unique en Syrie. Des milliers de personnes handicapées sont exclues et sont devenues plus vulnérables alors que la guerre se poursuit.

« Les personnes handicapées avant le début de la crise sont souvent confrontées à des défis de taille. Et beaucoup d'autres deviennent handicapées du fait que les civils ont été durement touchés par des années de conflit, y compris ceux qui ont été blessés à cause des restes explosifs de guerre », a déclaré Ursula Mueller, la Sous-Secrétaire générale de l’ONU aux affaires humanitaires.

Dans sa fuite, Nujeen a pu compter sur les membres de sa famille qui ont pu la porter tout au long de périple vers l’Europe. « Mais tout le monde ne peut pas compter sur les membres de sa famille, parce qu’ils sont déjà morts ou partis », a-t-elle dit.

En Syrie, être une femme handicapée est deux fois plus difficile. « Un homme peut demander l’aide d’un ami homme. Une femme ne peut pas demander un homme de la porter ».

Très peu de données sur les personnes handicapées dans les zones de conflits

Les agences de l’ONU et les organisations humanitaires disposent de très peu de données sur les personnes handicapées en Syrie et leurs besoins. Pour Nujeen Mustafa, la communauté humanitaire doit recueillir le plus d’informations possibles sur les personnes handicapées vivant dans les situations de conflit afin qu’elle comprenne le vrai impact de la guerre et planifie une aide appropriée.

« Sans (ces données) nous sommes invisibles », a dit Nujeen Mustafa. « Oubliés en temps de paix, je vous laisse imaginer ce que cela peut être en temps de guerre ».

Beaucoup de personnes handicapées en Syrie n'ont pas accès aux soins de santé et à l'éducation et éprouvent des difficultés à satisfaire leurs besoins fondamentaux. « Elles sont également confrontées à des défis de protection et psychosociaux spécifiques, y compris un risque accru de violence et d'abus », a alerté Mme Mueller.

La Coordinatrice adjointe des secours d’urgence de l’ONU a appelé les Etats membres à tout faire aider et protéger les personnes handicapées et veiller à ce que leurs besoins spécifiques et divers soient pris en compte, en assurant leur accessibilité aux activités et services dont elles ont besoin, en formant le personnel et en recueillant les données les concernant. 

Nujeen Mustafa a rappelé aux membres du Conseil leur responsabilité de protéger les civils, y compris les personnes handicapées afin que la phrase si souvent prononcée dans l’enceinte de l’organe onusien – « ne laissez personne de côté » - ne reste pas lettre morte.

« Je suis peut-être la première personne à parler devant ce Conseil et j’espère ne pas être la dernière », a dit la jeune femme, espérant que les filles handicapées vivent dans un monde qui les protège, les respecte et les aide.

 

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