Brexit : la Chine et les Etats-Unis profiteraient d’un « no deal » (CNUCED)

10 avril 2019

Une sortie sans accord du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) pourrait nuire aux petites économies qui commercent avec Londres, affecter durement les exportations de l’espace européen, mais apporter des gains substantiels à la Chine.

 

Telles sont les conclusions du rapport « Brexit, les implications pour les pays en développement » publié mardi par la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED).

Selon l’agence onusienne basée à Genève, un Brexit sans accord profiterait largement à la Chine et aux Etats-Unis. Beijing pourrait ainsi empocher 10,2 milliards de dollars supplémentaires d’exportations vers Londres, et Washington, 5,3 milliards de dollars. Autre bénéficiaire d’un « no deal », le Japon qui pourrait espérer voir ses exportations vers le Royaume-Uni gonfler de quelque 4,9 milliards de dollars.

Si Londres quitte l’UE sans accord pour protéger ses actuels partenaires commerciaux, cela « augmenterait la compétitivité relative de grands pays exportateurs comme la Chine ou les Etats-Unis », a expliqué Pamela Coke-Hamilton, Directrice de la division commerce international à la CNUCED, dans un communiqué.

« La Thaïlande, l’Afrique du Sud, l’Inde, le Brésil, la Russie, le Vietnam et Nouvelle-Zélande sont aussi susceptibles d’engranger des gains dans les importations », selon la CNUCED. « L’intention du Royaume-Uni de réduire les droits de douanes des nations les plus favorisées augmenterait la compétitivité relative des principaux pays exportateurs, tels que la Chine ou les États-Unis, ce qui réduirait la part de marché des pays moins compétitifs », a ajouté Mme Coke-Hamilton.

L’UE et la Turquie plus touchés en cas de Brexit sans accord

Selon la CNUCED, le marché britannique représente environ 3,5% du commerce mondial. En 2018, le Royaume-Uni était le cinquième plus gros importateur de l’UE. Londres a importé l’an dernier des biens d’une valeur totale de près de 680 milliards de dollars de marchandises. Plus de la moitié de ces importations - environ 360 milliards de dollars - provenaient d’Etat européens. L’UE et certains autres partenaires commerciaux du Royaume-Uni jouent donc gros en cas de Brexit sans accord.

L’éventualité d’un « no deal » aurait « des coûts considérables » notamment pour l’UE qui pourrait perdre 34,5 milliards de dollars en exportations vers le Royaume-Uni, révèle l’étude de l’agence onusienne. La Turquie pourrait également faire les frais d’un scénario d’une période de transition sans la négociation d’éventuels accords bilatéraux. Sur cette liste des perdants, Istanbul serait derrière l’UE, avec des exportations vers le Royaume-Uni amputées de 2,4 milliards de dollars.

Mais d’autres pays risquent également de voir leurs exportations diminuer. L’étude de la CNUCED cite particulièrement la Corée du Sud, le Pakistan, la Norvège, l’Islande, le Cambodge et la Suisse parmi les pays à risque. « Le Brexit n’est pas seulement une question régionale », a d’ailleurs commenté Mme Coke-Hamilton. « Quand le Royaume-Uni aura quitté ses 27 partenaires de l’Union européenne, cela altèrera la capacité des pays n’appartenant pas à l’UE d’exporter vers le marché britannique ». Selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), un pays ne peut accorder un traitement préférentiel à un partenaire commercial et doit appliquer les mêmes taxes à tous, excepté en cas d’accord commercial.

Un « Brexit brutal » aurait un impact pour les pays en développement

Dans ces conditions, un divorce brutal entre Londres et l’UE « affecterait de manière significative les conditions d’accès au marché britannique des pays en voie de développement comme des pays développés ».

« Le Royaume-Uni est un important partenaire commercial pour de nombreux pays émergents, dont les exportations ont bénéficié jusqu’à présent de conditions très favorables d’accès au marché britannique, grâce notamment aux régimes préférentiels de l’UE, relève la CNUCED dans son rapport. « Les pays souhaitant conserver cet accès au marché doivent donc négocier - et rapidement - avec le Royaume-Uni », poursuit l’agence onusienne qui rappelle toutefois que l’UE a actuellement environ 70 accords commerciaux, mais ceux-ci sont souvent difficiles à reproduire et les négociations prennent du temps.

Dans de nombreux cas, les accords entre le Royaume-Uni et des pays tiers, ou les accords de continuité, n’ont pas été signés et il existe une grande incertitude quant au fait que beaucoup d’entre eux seront conclus dans un avenir proche. « Pour éviter des conséquences négatives sur les pays en développement, les droits de douanes sur les nations les plus favorisées (NPF) du Royaume-Uni sur des exportations souvent essentielles pour des pays à faible revenu, tels que la canne à sucre ou la banane, ne doivent pas être réduits de manière substantielle », a souligné Mme Coke-Hamilton.

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