Yémen : les civils, victimes des attaques contre les hôpitaux et de nouveau menacés par le choléra (ONU)

27 mars 2019

Le personnel de l'ONU chargé des droits humains au Yémen enquête sur une attaque aérienne contre un hôpital situé dans un territoire contrôlé par l'opposition qui aurait tué au moins sept civils mardi, alors que plane la menace qu’une nouvelle flambée le choléra se propage « comme une traînée de poudre », a déclaré mercredi la coordonnatrice humanitaire de l’ONU pour le pays.

Condamnant l'attaque du district de Kitaf dans le nord du gouvernorat de Saada ainsi que les combats qui s’ intensifient dans la ville de Taizz, dans le sud-ouest du pays, qui ont provoqué la fermeture d’un autre hôpital ce week-end, Lise Grande a déclaré qu'il était « inadmissible » que les installations soient détruites « au moment même où les gens en ont le plus besoin ».

Il est inadmissible que les installations [sanitaires] soient détruites au moment même où les gens en ont le plus besoin.
 

« Le choléra commence à se propager comme un feu de forêt à travers le pays. Au cours des trois derniers mois, nous avons vu 200 morts et plus de 110.000 cas suspects », a ajouté mercredi la coordonnatrice humanitaire.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a, quant à lui, déclaré mercredi que des collègues au Yémen se préparaient à enquêter sur la frappe aérienne de Saada afin de vérifier le nombre de victimes civiles.

A la date du 14 mars 2019, le HCDH avait vérifié que 7.072 civils avaient été tués depuis mars 2015 et 11.205 blessés. Les chiffres réels sont probablement beaucoup plus élevés.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), au moins deux personnes ont été tuées et cinq autres blessées lors d'affrontements dans le district d'Al Mudhaffer à Taizz.

« Le droit international humanitaire est sans équivoque sur ce point », a rappelé Mme Grande.

« Les parties qui recourent aux armes sont tenues de faire tout leur possible pour protéger les hôpitaux et les établissements de santé. Ce n'est pas un engagement volontaire, c'est une responsabilité fondamentale », a précisé la haute responsable onusienne.
 

Crédit photo : UNICEF/Sadeq Al-Wesabi
Un garçon est vacciné contre le choléra, à Aden, au Yémen, le 7 mai 2018.

Les équipes de santé « travaillent jour et nuit » pour stopper la flambée de choléra

De leur côté, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont averti que deux ans après l'épidémie de choléra la plus importante au monde, avec plus d'un million de cas signalés, le Yémen connait à nouveau une forte augmentation du nombre de cas et de décès.

Près d'un tiers des plus de 110.000 cas signalés sont des enfants de moins de cinq ans.

Les deux agences onusiennes craignent que le nombre de cas présumés de choléra ne continue d'augmenter avec l'arrivée précoce de la saison des pluies et l'effondrement des services de base, y compris les systèmes et réseaux d'eau vitaux.
Le mauvais état des systèmes d'évacuation des eaux usées, l'utilisation d'eau contaminée pour l'agriculture, le manque de fiabilité de l'électricité pour stocker la nourriture et le déplacement des familles qui fuient la violence croissante, surtout à Hudaydah et Tai'z, aggravent la situation.

Nous faisons tout notre possible pour éviter le scénario de 2017

« Nos équipes au Yémen travaillent jour et nuit avec un vaste réseau de partenaires locaux pour répondre et arrêter la propagation et la transmission des maladies. Des ressources supplémentaires en matière de santé, d'eau, d'hygiène et d'assainissement ont été mobilisées sur sur 147 districts prioritaires. Des équipes d'intervention rapide ont été déployées », ont expliqué les deux agences dans un communiqué conjoint.

Selon l’OMS et l’UNICEF, 413 centres de traitement de la diarrhée et centres de réhydratation orale sont opérationnels dans ces 147 districts et leurs partenaires réparent les systèmes d'eau et d'assainissement.
 

Photo : UNICEF / Fuad
Des enfants atteints de diarrhée aqueuse aiguë et possiblement de choléra sont soignés avec une solution de réhydratation orale dans le centre de santé d'Alsonainah, à Sanaa, au Yémen.

« Au cours des dernières semaines, nous avons intensifié les activités de chloration pour désinfecter l'eau dans 95 districts prioritaires et fourni du carburant et des pièces de rechange pour maintenir les réseaux d'approvisionnement en eau et d'assainissement », ont précisé les agences.

Une campagne de vaccination orale contre le choléra a touché plus de 400.000 personnes dans plusieurs districts.

Dans le même temps, 600.000 personnes ont été sensibilisées au niveau local dans le cadre de campagnes de porte-à-porte menées depuis le début de 2019 pour sensibiliser les familles des pratiques d'hygiène et améliorer le signalement des symptômes et la recherche d'un traitement.

Il est temps que la guerre qui dure depuis quatre ans au Yémen prenne fin.

L'UNICEF et l'OMS se sont engagés à poursuivre l'intensification de l'action afin d'aider immédiatement les personnes touchées et d'empêcher que la maladie ne se propage davantage.

« Nous sommes confrontés à plusieurs défis, notamment l'intensification des combats, les restrictions d'accès et les obstacles bureaucratiques à l'acheminement au Yémen de fournitures et de personnel de sauvetage », ont déploré les agences onusiennes qui disent faire tout leur possible pour éviter le scénario de 2017.

L'UNICEF et l'OMS appellent à lever toutes les restrictions sur nos opérations humanitaires pour répondre à la propagation de la maladie et dans d'autres régions. Nos équipes humanitaires doivent avoir pleinement accès à tous les enfants, toutes les femmes et tous les hommes qui ont besoin d'une assistance médicale et humanitaire.

« Par-dessus tout, nous réitérons ensemble les appels à la fin des combats. Il est temps que cette guerre qui dure depuis quatre ans prenne fin. Dans le cas contraire, le Yémen continuera à être pris au piège entre les maladies et la malveillance, s'enfonçant davantage dans des catastrophes humanitaires sans fin, alors que les plus vulnérables paient le tribut le plus lourd », ont conclu les deux agences onusiennes.

 

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