Afrique : plus de 700 attaques contre des personnes atteintes d'albinisme en 10 ans (experte de l'ONU)

6 mars 2019

Au cours des 10 dernières années, plus de 700 cas d’attaques visant des personnes atteintes d'albinisme ont été répertoriés dans 28 pays d’Afrique subsaharienne, a déclaré mardi une experte des droits de l’homme de l’ONU.

« Et encore ne s’agit-il que des cas rapportés », a souligné Ikponwosa Ero, l’Experte indépendante des Nations Unies sur l’exercice des droits de l’homme par les personnes atteintes d’albinisme.

L’albinisme est une maladie génétique relativement rare et non contagieuse due à l’absence du gène responsable de la production de mélanine, qui entraîne une dépigmentation partielle ou totale de la peau, souvent considérée comme une peau « blanche ». Cette maladie touche des personnes dans le monde entier, indépendamment de leur appartenance ethnique ou de leur sexe.

Devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, Mme Ero a déclaré que ce n’est une surprise pour personne d’apprendre que les personnes atteintes d’albinisme continuent d’être l’objet d’attaques en Afrique subsaharienne. Et cette année a été particulièrement difficile pour les personnes atteintes d’albinisme en Afrique australe.

Évoquant ses visites de terrain, Mme Ero a souligné être arrivée au Kenya avec sept cas rapportés d’attaques contre des personnes atteintes d’albinisme et en être repartie moins de deux semaines plus tard, avec 17 cas crédibles rapportés. Ailleurs dans la region Pacifique, Mme Ero a relevé que les Fidji n’ont pas de rapports faisant état d’attaques rituelles ou systémiques contre les personnes atteintes d’albinisme. « Pourtant, l’archipel a l’une des fréquences d’albinisme les plus élevées du monde, avec une personne atteinte sur 700 », a fait valoir l’Experte indépendante de l’ONU.

Dans le monde entier, discriminations, stigmatisation et exclusion sociale sont le lot quotidien de ces personnes, a souligné Mme Ero. C’est la raison pour laquelle l’experte a indiqué que son rapport présenté au Conseil traite de l’accès à la justice pour les personnes atteintes d’albinisme et, dans ce cadre, évalue le taux de succès pour ce qui est d’amener ces affaires à leur conclusion logique devant les tribunaux. 

Modification du code pénal au Malawi et en Zambie

Selon Mme Ero, les cas de nature criminelle, comme les meurtres ou les mutilations de personnes atteintes d'albinisme, sont globalement traités avec retard. Pour ce qui est des cas de moindre gravité, comme les menaces, la possession ou l’exhumation de parties du corps, soit ils font l’objet de procédures relativement vite, soit ils ne sont pas du tout pris au sérieux, a indiqué l’Experte, précisant que cela dépend des pays.

Mme Ero, a indiqué avoir observé avec satisfaction qu’à la suite de l’augmentation du nombre d’agressions de personnes atteintes d’albinisme, plusieurs pays ont entrepris des réformes législatives. Par exemple, la Zambie a modifié son code pénal afin d’ériger en infraction la possession de parties du corps humain. Le Malawi a modifié sa loi de 2016 sur l’anatomie afin de mieux encadrer les questions relatives à la possession de tissus humains et d’établir des peines sévères. Lilongwe a de plus modifié son code pénal pour faire de l’agression d’une personne atteinte d’albinisme une infraction spécifique.

Bien que les peines prononcées au Malawi manquent de cohérence, il convient de noter que la majorité des affaires d’agression de personnes atteintes d’albinisme qui font l’objet de poursuites aboutissent à une condamnation. Sur 45 affaires, 38 ont donné lieu à des condamnations et trois à des acquittements. Toutefois, en comparant le nombre d’affaires enregistrées et le nombre d’affaires menées à leur terme, la majorité des crimes demeurent non élucidés en raison des insuffisances de la justice.

Malgré une législation existante dans certains cas, notamment les dispositions d’ordre général relatives au meurtre et aux lésions corporelles graves, il est à craindre que, la situation ne s’améliore guère sur le terrain du fait d’une faible application de la loi, a dit l’Experte indépendante

Les barrières de l’illettrisme pour l’accès à la justice

L’analyse de l’accès à la justice montre aussi que les barrières comme l’illettrisme, la méconnaissance du système judiciaire ou la discrimination de la part des agents du système judiciaire, ainsi que les barrières financières sont autant de défis pour l’accès à la justice des personnes atteintes d'albinisme, a relevé Mme Ero, soulignant également la présence de barrières juridiques et normatives.

Le rapport de l’experte identifie toutefois de bonnes pratiques, notamment des mécanismes de protection communautaires ; une collaboration multisectorielle entre divers acteurs ; la création de divers mandats en lien avec les personnes atteintes d’albinisme ; ou encore une augmentation du nombre d’étude sur le sujet. 

A cet égard, Mme Ero a dit avoir été impressionnée par la façon dont le Kenya a pris en main la situation des droits de l’homme des personnes atteintes d’albinisme. « C’est le seul pays de sa région disposant d’un budget distinct pour un programme sur l’albinisme, mis en œuvre par le Conseil national pour les personnes handicapées », a-t-elle souligné.

Ce programme a été mis en place par reconnaissance du fait qu’une action affirmative était nécessaire pour les personnes atteintes d’albinisme. Il a permis de sauver de nombreuses vies face au cancer de la peau qui tend à ravager ce groupe de population, a indiqué l’Experte indépendante. 

 

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