Service et sacrifice : pour une médecin népalaise, être Casque bleu est une rare opportunité professionnelle

26 février 2019

Depuis plus de soixante ans, des Casques bleus népalais sont déployés dans le monde entier. Ce pays d’Asie du Sud est actuellement le cinquième contributeur au maintien de la paix des Nations Unies, avec plus de 5.700 ressortissants en poste dans plus d'une douzaine de pays.

Dans des conditions difficiles et en prenant des risques personnels considérables, ces Casques bleus protègent des communautés vulnérables et aident des pays qui s'efforcent de sortir d'un conflit.

ONU Info s'est entretenu avec l'une de ces Casques bleus, la capitaine Poonam Khadka, qui a été déployée au sein de la Mission de l’Union africaine et des Nations Unies au Darfour (MINUAD). Elle est rentrée chez elle au Népal en janvier de cette année. L'entretien suivant a eu lieu alors qu'elle était toujours en service au Darfour.

ONU Info : Parlez-nous un peu de votre parcours. Depuis combien de temps êtes-vous à la MINUAD et quelles sont vos responsabilités ?

Poonam Khadka : Je suis capitaine, médecin-conseil en chef travaillant pour l’hôpital de niveau 1 de la Compagnie de réserve de la force népalaise au siège de la MINUAD à El Fasher, au Darfour-Nord.

J'ai rejoint les forces armées du Népal en 2011 et travaille depuis dans ses hôpitaux militaires. Ma famille a des racines dans l'armée népalaise. Mon mari, mon beau-père et mon beau-frère, littéralement la plupart des membres de ma famille immédiate et élargie, travaillent dans l'armée. Ma solide motivation militaire est ma principale motivation dans mon travail, en particulier lorsque vous avez cette rare opportunité de servir dans des missions de maintien de la paix des Nations Unies, où je peux contribuer à la paix et à la stabilité mondiales et apporter une assistance aux personnes dans le besoin.

J'ai rejoint la MINUAD à la mi-2017. Ma responsabilité principale consiste à traiter et soigner les patients qui viennent ou sont admis dans notre hôpital. Je suis aussi le point focal pour les questions de genre au sein du contingent népalais. Cette mission me donne l’occasion d’interagir avec les communautés locales lors de campagnes de sensibilisation où nous les informons de l’importance des soins de santé et de l’hygiène, en particulier dans les camps de personnes déplacées. Ces campagnes de sensibilisation portent principalement sur le besoin essentiel de se laver les mains lors de la cuisson ou de l’utilisation des toilettes, de boire de l’eau salubre, de manger des aliments sains et de protéger l’environnement en organisant des campagnes de nettoyage dans leurs communautés.

ONU Info : Qu'est-ce qui vous a amené à rejoindre le maintien de la paix de l'ONU ? Dans quelles missions des Nations Unies avez-vous servi ?

Poonam Khadka : J'ai été choisie par le Département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies (DOMP) ainsi que par mon gouvernement. Dans mon pays, il est obligatoire pour toute personne travaillant dans nos hôpitaux militaires de travailler dans une mission de maintien de la paix de l’ONU avant d’avoir terminé son master. Personnellement, j'étais motivée par le besoin de servir l'humanité et d’aider les personnes vulnérables, en particulier celles qui vivent dans des zones de conflit ou qui sont affectées par des catastrophes naturelles.

C’est ma deuxième mission de maintien de la paix de l’ONU. Avant de rejoindre la MINUAD, j'ai été membre de la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUSCO) de 2014 à 2015.

Photo : ONU / Amin Ismail
La capitaine Poonam Khadka lors de sa mission dans la région du Darfour, au Soudan.

ONU Info : Pouvez-vous nous décrire à quoi ressemble une journée typique à la mission pour vous ?

Poonam Khadka : À la MINUAD, nous sommes de service 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Cela dépend aussi de l'état des patients dans notre hôpital, car nous devons parfois passer la nuit pour soigner des patients très malades et d'autres urgences. Sinon, nous travaillons normalement six heures par jour.

Nous faisons également des missions à l’extérieur, comme ce fut le cas lors du dernier événement commémoratif de la Journée Nelson Mandela qui a eu lieu au camp de personnes déplacées de ZamZam, près d'El Fasher. Nous avons collaboré avec d'autres militaires des contingents indonésien et égyptien pour organiser un camp de santé. Nous avons sensibilisé les résidents aux maladies d'origine hydrique, à l'utilisation de solutions de réhydratation orale à la maison et à la façon de garder les mains propres pour minimiser la contamination des aliments.

ONU Info : Quels sont les moments forts de votre déploiement au sein de cette mission de maintien de la paix ? Quelles difficultés avez-vous personnellement rencontré ?

Poonam Khadka : Les missions de maintien de la paix des Nations Unies opèrent dans un environnement multiculturel où chaque membre apprend de nouvelles choses et échange des idées avec ses collègues et la communauté d'accueil. Durant mon mandat à la MINUAD, j'ai pris l'initiative d'assister à des séances de sensibilisation au VIH/sida et participé à diverses activités culturelles et sportives organisées par le contingent du Népal pour marquer diverses célébrations de la Journée internationale des Nations Unies.

L’éloignement de ma famille proche est peut-être ce qui est le plus difficile pour moi, car l’endroit où je me trouve actuellement est très éloigné de mon pays. La météo au Darfour est parfois difficile pour moi, en particulier pendant la saison des tempêtes de sable, et le temps constamment humide et chaud.

Photo : ONU / Amin Ismail
La capitaine Poonam Khadka lors de sa mission dans la région du Darfour, au Soudan.

ONU Info : Que pensent votre famille et vos amis de votre service dans le maintien de la paix des Nations Unies ?

Poonam Khadka : Ma famille et mes amis sont très fiers de ce que je fais car ils savent que nous représentons notre pays, le Népal, au Darfour. Ma famille apprécie le fait que notre contingent du Népal se trouve au Darfour pour renforcer la paix et la sécurité et contribuer à la résolution des conflits dans la région.

Travailler en tant que Casque bleu et être une femme officier, qui est aussi médecin travaillant au sein du maintien de la paix de l'ONU, me rend très fière, ainsi que ma famille.

ONU Info : Comment décririez-vous votre expérience en tant que Casque bleu de l'ONU ? Y a-t-il une expérience, un souvenir particulier que vous emporterez avec vous lorsque vous rentrerez chez vous ?

Poonam Khadka : Venant d'un environnement sud-asiatique dominé par les hommes, où les voix des femmes sont de mieux en mieux comprises par nos communautés, je suis encouragée par le fait que les questions d'égalité des sexes sont désormais intégrées dans le lieu de travail et dans les familles. Par exemple, je viens d'une famille de cinq frères et sœurs. Mes parents ont choisi de m'envoyer moi, une femme, en Chine pour étudier pendant cinq ans, tandis que mes frères ont étudié localement dans des universités publiques d’ingénieurs.

De nos jours, dans les grandes villes de mon pays, les gens changent d’avis sur la parité hommes-femmes, mais les femmes des régions isolées rencontrent encore des difficultés pour accéder à l’éducation et leurs voix ne sont toujours pas entendues dans leurs communautés et leurs familles.

Personnellement, je suis heureuse de pouvoir travailler dans une mission de maintien de la paix de l'ONU, car cela m'a permis d'intérioriser les problèmes liés au genre. Travailler pour la MONUSCO et maintenant pour la MINUAD m'a aidé à renforcer considérablement ma confiance en moi, en particulier dans les approches liées au genre sur le lieu de travail.

ONU Info : Que diriez-vous à vos compatriotes qui envisagent de servir aux Nations Unies ?

Poonam Khadka : Travailler dans une mission de maintien de la paix de l'ONU est une opportunité, car cela offre à des personnes comme moi une chance d'interagir avec des personnes de pays différents, aux normes et aux cultures différentes. J'apprends d'eux et ils apprennent de moi. En tant que femme Casque bleu, je suis fière et reconnaissante d’avoir la chance de travailler avec d’autres hommes et femmes Casques bleus du monde entier.

 

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