Les donateurs s’engagent à verser 2,6 milliards de dollars pour les opérations humanitaires au Yémen

26 février 2019

Après quatre années de conflit, le Yémen traverse actuellement l’une des « pires crises humanitaires dans le monde », mettent en garde les Nations unies. Pour venir en aide aux millions de Yéménites qui survivent difficilement dans leur pays, l’ONU a organisé ce mardi 26 février 2019 à Genève une conférence de donateurs.

« C’est un succès », a dit le Secrétaire général de l’ONU au sujet des résultats de la conférence des donateurs sur le Yémen, à un moment où l’aide humanitaire est la seule bouée de sauvetage pour des millions de Yéménites. « Les promesses annoncées représentent plus de 2,6 milliards de dollars », a déclaré António Guterres lors d’une conférence de presse.

Cela représente une augmentation par rapport aux 2,01 milliards de dollars de promesses de dons de l’année dernière, dont 100% ont été remplies. La plupart des donateurs (16 à ce jour) ont augmenté leurs engagements avec une augmentation significative de la part de l'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Royaume-Uni, de l’Union européenne, de l’Allemagne et du Canada.

Ces annonces ont été faites lors d’une conférence des donateurs organisée par les Nations Unies, la Suède et la Suisse, pays hôte, qui ont été pour la troisième fois au chevet du Yémen.

A Genève, l’ONU et ses partenaires humanitaires ont donc lancé ce mardi un appel pour lever 4,2 milliards de dollars en vue d’aider 15 millions de personnes qui se trouvent dans le besoin. Plus de la moitié des fonds de ce plan d’intervention humanitaire permettront de fournir une aide alimentaire d’urgence à 12 millions de personnes chaque mois.

En 2018, 2,6 milliards de dollars ont été versés pour le plan humanitaire piloté par l’ONU, soit 83% du montant demandé.

Photo ONU/Jean-Marc Ferré
Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres (au centre à la tribune) lors d'une conférence de bailleurs de fonds pour le Yémen à Genève.

20 millions de personnes dans le besoin dont 10 millions qui sont à deux doigts de la famine

Après quatre années de conflit, la crise humanitaire au Yémen est la pire du monde. Le Secrétaire général de l’ONU António Guterres a donc relevé « qu’une troisième conférence de donateurs ne peut jamais être une bonne chose ».

Alors que le conflit se poursuit, environ 80% de la population yéménite -soit environ 24 millions de personnes- avaient besoin d’une assistance humanitaire et d’une protection. Deux millions de filles, garçons, femmes et hommes ont surtout besoin d’une aide vitale. « Avec la poursuite des combats et l’effondrement de l’économie, deux millions de personnes supplémentaires sont tombées dans une crise humanitaire l’année dernière », a déclaré M. Guterres.

Les enfants n’ont pas commencé la guerre au Yémen, mais ils en paient le prix fort - António Guterres, Secrétaire général de l’ONU

Quelque 20 millions de personnes ont besoin d’aide pour se procurer de la nourriture, dont 10 millions qui sont au bord de la famine. 

« Au Yémen, il ne s’agit que d’une petite fraction d’une immense catastrophe humanitaire », a poursuivi le chef de l’ONU qui a souligné que des dizaines de milliers de personnes ont été tuées ou blessées depuis l’escalade du conflit, dont beaucoup de civils. Beaucoup d’autres sont mortes de maladies évitables, exacerbées par la malnutrition. 

« Les enfants n’ont pas commencé la guerre au Yémen, mais ils en paient le prix fort », a fait valoir le Secrétaire général de l’ONU. Quelque 360.000 enfants souffrent de malnutrition aiguë sévère et luttent chaque jour pour survivre. « Un rapport crédible indique que le nombre d’enfants de moins de 5 ans qui sont morts de faim s’élève à plus de 80.000 », a souligné M. Guterres, devant les Etats membres de l’ONU.

Pour la première fois depuis septembre, l’ONU accède à des entrepôts de céréales à Hodeïda

Face à ce sombre tableau sur le plan humanitaire, M. Guterres a exhorté « toutes les parties à fournir un accès humanitaire sûr, sans restriction et sans condition à toutes les régions du pays ».

Il a ainsi appelé les belligérants de respecter le droit international humanitaire et la protection des civils et des infrastructures civiles.

C’est dans ce contexte que le Programme alimentaire mondial (PAM) a confirmé que l’ONU a pu accéder pour la première fois depuis septembre à des entrepôts de céréales près d’une ligne de front à Hodeïda, dans l’ouest du Yémen.

« Aujourd’hui, pour la première fois depuis septembre, une équipe du Programme alimentaire mondial a pu accéder aux entrepôts de Red Sea Mills qui abritent 51.000 tonnes de céréales, une quantité suffisante pour nourrir plus de 3,7 millions de personnes pendant un mois », a déclaré le porte-parole du PAM, Hervé Verhoosel, en marge de la conférence de presse du Secrétaire général de l’ONU. Dans cet entretien accordé à ONU Info, il a expliqué qu’il s’agissait d’une mission d’évaluation et qu’une équipe était déjà sur place.

Reste que si les Nations Unies et la communauté internationale sont ici pour répondre à une crise aux proportions dévastatrices, M. Guterres a toutefois rappelé qu’il n’y a pas de solutions humanitaires aux problèmes humanitaires. A cet égard, il a tenu à saluer les progrès accomplis pour mettre fin au conflit, cause fondamentale de ces souffrances sans précédent.

« Bien qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, il y a des signes d’espoir », a-t-il ajouté.

Le chef de l'ONU exhorte les parties à choisir la voie vers une paix durable

En effet, l’accord de Stockholm signé par les Nations unies en décembre 2018 et la résolution 2451 du Conseil de sécurité entérinant cet accord ont abouti à un cessez-le-feu à Hodeïda, qui perdure.  La Mission des Nations Unies nouvellement créée chargée d’appuyer l’Accord d Hodeïda collabore étroitement avec les parties afin de permettre le redéploiement des forces et de l’ouverture de couloirs humanitaires. Dans ces conditions, il a exhorté les parties à poursuivre leurs négociations et à choisir la voie vers une paix durable.

De son côté, la Ministre suédoise des Affaires étrangères, Margot Wallström. a elle insisté sur l’importance aussi de lutter contre l’effondrement de l’économie du pays. Du côté de la Suisse, la Conseillère fédérale, Simonetta Sommaruga. a appelé à « ne pas oublier » ce pays.

« Nous n’avons pas le droit » de ne pas se positionner aux côtés de la population yéménite, a-t-elle affirmé dans son discours, en ouvrant la conférence des donateurs mardi à Genève.

Le mois dernier, le Coordonnateur des secours d’urgence a alloué 32 millions de dollars du Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) pour renforcer les opérations logistiques humanitaires dans ce pays.

« J’espère que, dans un an, nous pourrons discuter des progrès accomplis dans la construction d’un avenir meilleur pour la population du Yémen », a déclaré le chef du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU, Mark Lowcock.

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), en quatre ans, le conflit au Yémen a fait quelque 18.000 victimes dont 7.025 morts et plus de 11.000 blessés.

 

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