De plus en plus de migrantes nigérianes sont victimes d’exploitation sexuelle au Mali

14 février 2019

Chaque année, des milliers de femmes nigérianes reçoivent de fausses promesses. On leur dit que si elles quittent leur pays, elles trouveront un bon travail, en tant que serveuse ou coiffeuse et pourront gagner assez d’argent pour démarrer une nouvelle vie. En réalité, bon nombre d’entre elles sont prises dans des cercles vicieux d’exploitation sexuelle et de servitude, explique l'Agence des Nations Unies pour les migrations (OIM). 

Chance est une jeune Nigériane qui a appris cette réalité à ses dépens il y a à peine un an, lorsqu’elle a été approchée par des voisins qui l’ont convaincue d’abandonner l’école et de quitter le Nigéria pour de nouvelles possibilités d’emploi. 

« [Ils m’ont dit que] je travaillerais dans des restaurants et qu’ils me paieraient 800 dollars (400.000 francs CFA) par mois. Ils m’ont dit que l’emploi se trouvait en Malaisie », se souvient-elle dans un reportage publié par l'OIM.

Le 4 janvier 2018, elle est partie avec deux autres filles de son quartier. « Quand nous sommes arrivées au Mali, ils m’ont dit que je devais me prostituer », a-t-elle expliqué. « Ils m’ont dit que ça ne durerait pas longtemps, même pas un mois, juste assez pour les payer 5.000 dollars (2,4 millions de francs CFA). » 

Des femmes nigérianes sont victimes de ces pratiques à travers l’Afrique de l’Ouest et le sud de l’Europe. En 2017, l’OIM a constaté l’exploitation massive des femmes et filles nigérianes dans le commerce du sexe après avoir été victimes de traite en Libye. Mais ce crime est également perpétré bien plus proche de chez elles. 

Il n’y a pas que les femmes qui sont victimes d’exploitation

Au vu du nombre croissant de signalements auprès du gouvernement du Mali, de la société civile et de l’Ambassade du Nigéria, l’OIM redouble d’efforts pour s’assurer que les victimes soient identifiées, protégées, puis qu’elles retrouvent leur dignité et des moyens de subsistance au Nigéria. 

L’OIM au Mali a traité 260 de ces cas depuis 2017. D’après cette mission, 238 des victimes étaient originaires du Nigéria. Pour la seule année 2018, l’OIM a aidé 188 femmes victimes de traite bloquées au Mali en leur fournissant un abri, de la nourriture, des vêtements, des soins médicaux et psychosociaux ainsi qu’une aide au retour volontaire et à la réintégration au Nigéria. 

« La vulnérabilité des migrants croît au fil de leur périple, en particulier pour les femmes qui voyagent seules », a déclaré Michele Bombassei, spécialiste de la protection et de l’aide aux migrants à l’OIM pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. 

« Mais nous ne devons pas penser que seules les femmes sont victimes d’exactions. Dans le cas de l’industrie d’extraction d’or par exemple, nous sommes témoins d’exactions et d’exploitation en tous genres, ciblant les hommes et les femmes, et malheureusement les enfants », a-t-il ajouté. 

Sensibiliser et renforcer les capacités pour mieux protéger

Pendant l’année écoulée, l’OIM a dispensé des formations de renforcement des capacités à plus de 550 acteurs clés au Mali, notamment à des procureurs, des juges, des agents du maintien de l’ordre, des acteurs gouvernementaux et non-gouvernementaux, renforçant ainsi leur capacité à lutter contre la traite des êtres humains et à accroître les signalements à l’OIM. 

L’OIM forme également le personnel de l’Ambassade du Nigéria ainsi que des représentants d’ONG nigérianes et maliennes aux techniques d’entretien, d’identification et de fourniture d’une protection immédiate aux victimes (ou potentielles victimes) de traite. Cela leur permet de mieux identifier les victimes et de les renvoyer vers les autorités compétentes pour une aide ciblée. 

En décembre dernier, l’OIM a coopéré avec l’Agence nationale nigériane pour l’interdiction de la traite des personnes (NAPTIP) et ont organisé une mission pour évaluer l’ampleur réelle du phénomène. 

Ils ont rencontré des acteurs gouvernementaux et non-gouvernementaux à Bamako, ainsi que des potentielles victimes de traite travaillant dans un village minier dans la région de Kangaba. 

« Nous œuvrons en étroite collaboration avec la NAPTIP, principal organisme de lutte contre la traite au Nigéria, et notre collaboration pendant la mission est un pas vers le retour en toute sécurité de ces victimes et vers leur réhabilitation afin de prévenir une rechute », a déclaré Frantz Celestin, chef de mission par intérim de l’OIM au Nigéria. 

Pour combler le manque de données sur l‘exploitation des migrants dans les mines, l’OIM réalise également une étude sur la migration vers les sites miniers artisanaux au Mali et dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Les conclusions aideront l’OIM à mieux comprendre les dynamiques migratoires relatives aux activités minières dans la région et à alimenter les politiques, stratégies et interventions des parties prenantes.

En partenariat étroit avec la NAPTIP, l’OIM au Nigéria aide au retour de 162 survivants de traite en leur fournissant des abris, un transport et une aide médicale. L’OIM évalue leurs besoins et met en place des programmes pour leur réhabilitation. 

 

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