Angelina Jolie : « la dignité des réfugiés rohingyas est une question de responsabilité collective »

5 février 2019

Lors d’une visite cette semaine au Bangladesh auprès de réfugiés rohingyas, l’actrice et réalisatrice Angelina Jolie, qui est Envoyée spéciale de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), a appelé la communauté internationale à ne pas les oublier.

« Les événements survenus à la suite du mois d'août 2017 nous ont montré le meilleur et le pire de l'humanité existant dans le monde d'aujourd'hui », a déclaré Angelina Jolie, dans une déclaration publiée mardi par le HCR.

En quelques mois, plus de 700.000 personnes ont été forcées de quitter leur domicile dans l'État de Rakhine, au Myanmar, pour fuir au Bangladesh. Un an et demi plus tard, les réfugiés affluent encore.

« Bien que le nombre de morts ne soit pas encore connu, des milliers de personnes auraient été tuées depuis le début des violences au Myanmar, y compris des femmes et des enfants. Tout le monde a été traumatisé », a alerté l’actrice qui est émissaire du HCR depuis 2012.

L’ampleur des déplacements forcés est aujourd’hui si importante qu’il y a plus de deux fois plus de Rohingyas vivant en exil qu’au Myanmar même. La province de Cox’s Bazar, au Bangladesh, héberge le camp de réfugiés le plus vaste et le plus densément peuplé, abritant plus de 600.000 réfugiés rohingyas.

Les Rohingyas ne sont pas seulement déplacés, ils sont apatrides - Angelina Jolie

« Tous les réfugiés sont intrinsèquement vulnérables. Mais les Rohingyas ne sont pas seulement déplacés, ils sont apatrides », a souligné Angelina Jolie. « Ils ont été privés de leur droit humain le plus fondamental : la citoyenneté dans leur pays de naissance. Et certains encore n’appelleront même pas les Rohingyas par leur vrai nom ».

L’actrice a été profondément bouleversée par sa rencontre avec des familles qui, toute leur vie, n'ont connu que la persécution et l'apatridie et qui confient avoir été « traitées comme du bétail ».

Angelina Jolie s’est dit reconnaissante envers le Bangladesh et le HCR qui ont fourni aux Rohingyas des documents et une preuve de leur identité dans certains cas pour la toute première fois de leur vie.

« Les familles rohingyas que j'ai rencontrées ne sont pas différentes des autres réfugiés sur un point crucial : elles veulent pouvoir rentrer chez elles », a dit l’émissaire du HCR. « Et elles ont le droit absolu de rentrer chez elles, mais seulement lorsqu'elles se sentiront suffisamment en sécurité pour le faire de leur plein gré et qu'elles savent que leurs droits seront respectés ».

Etat de Rakhine : peu de progrès réalisés sur le terrain

Pour Angelina Jolie, il incombe clairement au gouvernement et aux autorités du Myanmar de garantir ces droits au peuple rohingya et de lui permettre de revenir dans l'État de Rakhine. « J'espère donc qu'ils reconnaîtront que ce problème ne va pas disparaître, tout comme nous ne nous détournerons pas des Rohingyas », a-t-elle dit.

Le HCR est prêt à soutenir les efforts visant à améliorer les conditions dans l’Etat de Rakhine, mais très peu de progrès ont été réalisés sur le terrain. Les Rohingyas ne peuvent pas retourner au Myanmar pour le moment. « En attendant leur retour, nous avons la responsabilité collective de veiller à ce qu’ils puissent mener une vie digne ici au Bangladesh », a souligné l’actrice.

Alors que la crise se poursuit, toute une génération d'enfants rohingyas est privée d'éducation. Près de deux ans après le début de la crise, de nombreuses femmes rohingyas survivantes de violences sexuelles, notamment de viols en masse, n’ont toujours pas accès aux services psychosociaux dont elles ont besoin.

Si le Bangladesh a fait preuve de générosité envers les Rohingyas, le pays, qui dispose de ressources limitées, ne peut assumer seul la responsabilité de cette crise de réfugiés.

Angelina Jolie a exhorté la communauté internationale à continuer à fournir l'aide humanitaire nécessaire pour répondre aux besoins des réfugiés rohingyas et à soutenir les communautés qui les accueillent si généreusement. « Le plus tragique dans cette situation est que nous ne pouvons pas dire que nous n’avons pas été prévenus : cela est le résultat de quatre décennies de persécution et de discrimination, qui sont restées sans réponse pendant trop longtemps », a-t-elle dit.

 

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