« Pas d’autre choix que de partir » : 35.000 déplacés en quête d’un lieu sûr à la frontière Nigéria-Cameroun

4 février 2019

De petits abris, dont certains recouverts de la bâche blanche omniprésente fournie par l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), sont dispersés dans la plaine grise et poussiéreuse qui entoure le village de Goura, à l'extrême nord-est du Cameroun.

L’abri de Hebibi Toudjum est si bas qu’elle doit se baisser pour y entrer.

Elle est arrivée il y a six jours du village de Rann à 7 km de là, de l’autre côté de la frontière avec le Nigéria, après avoir fui un massacre perpétré par le groupe terroriste Boko Haram.

« Ils sont venus et ont tué beaucoup de gens et mis le feu à la ville », a-t-elle confié à  un reporter d'ONU Info. « Tout le monde avait peur, alors nous sommes venus ici où il n'y a pas de danger ».

Hebibi Toudjum est l’une des 35.000 personnes qui ont fui Rann au cours des deux dernières semaines après que des combattants extrémistes de Boko Haram ont attaqué la ville à plusieurs reprises.

Crise régionale

Le groupe terroriste est actif dans cette région pauvre du nord-est du Nigéria depuis plus de dix ans. Des milliers de personnes, pas seulement au Nigéria, mais aussi de l'autre côté de la frontière au Cameroun et au Tchad, ont été tuées et pour la plupart exécutées sommairement. Les moyens de subsistance de dizaines de milliers d'autres personnes ont été détruits, alors que les gouvernements de la région luttent pour mettre fin aux violences.

Les réfugiés ont quitté Rann après le retrait récent de la Force multinationale mixte (MNJTF), venue sécuriser la ville après une attaque le 14 janvier. La MNJTF a été créée par les pays touchés - Cameroun, Tchad, Nigéria, Niger et Bénin - pour lutter contre Boko Haram et d'autres groupes terroristes qui gagnent du terrain dans la région du lac Tchad.

« Lorsque les militaires sont partis », a déclaré Kellou Maloum Modu, « nous n'avions pas d'autre possibilité que de partir. Mon propre frère est mort. Je prie pour que Dieu éloigne Boko Haram de moi et de ma famille ».

Photo ONU/Eskinder Debebe
La Coordonnatrice résident des Nations Unies au Cameroun, Allegra Baiocchi, appelle à davantage de financement pour l'assistance humanitaire.

La peur de revenir

Pour le moment, les 35.000 réfugiés nigérians sont en sécurité au Cameroun, bien que beaucoup prennent à nouveau des risques en revenant à Rann à pied pour récupérer quelques objets personnels qui n'ont pas été pillés ni brûlés.

« J'ai vu beaucoup de personnes effrayées ici, dont les vies ont été détruites par Boko Haram. Les personnes qui sont venues ici n'avaient vraiment pas le choix. C'est là où elles doivent être maintenant si elles veulent rester en vie », a expliqué à ONU Info Allegra Baiocchi, Coordinatrice résidente des Nations Unies au Cameroun.

L’ONU a besoin de plus d’argent

L’ONU et ses partenaires ont réagi à l’afflux soudain à Goura en fournissant des services de base dans ce qui est maintenant un camp improvisé pour les réfugiés. Environ 13.000 personnes ont reçu des rations alimentaires et chaque réfugié enregistré reçoit six litres d'eau potable par jour, soit un niveau inférieur au minimum recommandé de 15 litres.

« La réponse des travailleurs humanitaires ici est impressionnante dans un environnement extrêmement difficile », a déclaré Geert Van de Casteele, haut responsable du HCR au Cameroun. « Nous devons intensifier la réponse en tenant compte de la population locale. C’est la prochaine étape et j’espère que nous pourrons y parvenir avec un financement accru ».

En janvier, l'ONU, en coordination avec le gouvernement et les partenaires humanitaires, a annoncé son plan d'action humanitaire pour 2019, qui vise l'ensemble du pays, y compris les zones touchées par Boko Haram. Environ 4,3 millions de Camerounais, principalement des femmes et des enfants, ont maintenant besoin d'une assistance vitale.

Photo : ONU Info/Daniel Dickinson
Hebibi Toudjum fait partie des milliers de réfugiés nigérians qui ont fui au Cameroun.

 

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