RDC : un mois après des affrontements meurtriers, Yumbi reste une « ville fantôme » (MONUSCO)

30 janvier 2019

Au moins 535 civils ont été tués dans les violences interethniques qui ont touché mi-décembre le territoire de Yumbi, dans l’ouest de la République démocratique du Congo (RDC), à la frontière avec la République du Congo, révèle un rapport préliminaire de l’ONU.

Entre le 16 et le 18 décembre 2018, de violents affrontements ont opposé les communautés Batende et Banunu vivant sur ce territoire de la province du Mai-Ndombe.

Les violences ont été déclenchées à la suite d’un conflit portant sur l’inhumation d’un chef coutumier Banunu dont la communauté avait souhaité enterrer le corps à Yumbi.

Un mois et demi après ces affrontements, la situation à Yumbi est « étrange », souligne la Mission des Nations Unies en RDC (MONUSCO).

« C’est une ville fantôme. Il n’y a plus rien. Quasiment plus personne », a déclaré la porte-parole de la MONUSCO, Florence Marchal qui s’est rendue à Yumbi vendredi dernier. « On a peut-être rencontré 100 personnes au total », a-t-elle dit dans un entretien accordé à ONU Info.

Le 16 janvier, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) avait d’abord annoncé que 890 personnes auraient été tuées dans ces affrontements intercommunautaires. Un premier chiffre annoncé sur la base des premiers témoignages recueillis notamment par la Croix-Rouge locale.

Une équipe d'enquêteurs s'est rendue à Yumbi du 17 au 26 janvier

Une équipe d’enquêteurs du Bureau conjoint des droits de l’homme de l’ONU en RDC s’est rendue à Yumbi du 17 au 26 janvier. Sur place, l’équipe a mené un « vrai travail d’enquête » avec le soutien de policiers de la Police des Nations Unies (UNPOL) et d’observateurs militaires et sous la protection de la MONUSCO.

Selon le rapport préliminaire de cette équipe, au moins 535 civils, dont des femmes et des enfants ont été tués lors de quatre attaques et 111 autres blessés.

« Il faut savoir que le travail des équipes des droits de l’homme répond à une méthodologie très précise », a expliqué Mme Marchal pour justifier ce nouveau chiffre revu à la baisse. « Mais nous pensons qu’il pourrait y avoir beaucoup plus de victimes », a dit la porte-parole de la MONUSCO, soulignant que le chiffre des 535 personnes tuées correspond aux nombres de victimes que l’équipe d’enquêteurs de l’ONU a pu reconnaître et identifier.

Selon les informations recueillies par les enquêteurs de l’ONU, les évènements tragiques survenus à Yumbi auraient été planifiés et prémédités dès le début du mois de décembre, « avant même cette tension accentuée par la mort du chef coutumier », a indiqué Mme Marchal. « Les violences semblent avoir été commises de manière discriminée sur la base de considération ethnique. Seule la justice pourra se prononcer sur la qualification des crimes commis ».

« C’est tout un équilibre qui est en train de s’écrouler »

Située au bord du fleuve Congo, Yumbi, a vu la plupart de ses bâtiments détruits par les violences. 967 maisons, 14 églises, 17 écoles, 5 centres de santé ont été pillées et/ou détruits.

« Des bateaux ont également été détruits », a précisé Mme Marchal. C’est un élément important car la communauté Banunu est principalement composée de pêcheurs et alors que la saison de la pêche a commencé. « C’est tout un équilibre qui est en train de s’écrouler », a prévenu la porte-parole de la MONUSCO.

Plus de deux mois après les affrontements, la MONUSCO estime important de tout mettre en œuvre pour faire revenir le plus rapidement possible à Yumbi les habitants des deux communautés pour qu’elles puissent reprendre leur coexistence.

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), environ 16.000 personnes ont fui le territoire de Yumbi, la plupart ayant trouvé refuge de l’autre côté du fleuve Congo en République du Congo (Congo-Brazzaville).

À Yumbi, « la situation est calme pour le moment, mais toujours tendue », a dit Mme Marchal, précisant que les forces de sécurité congolaises (police et armée) qui ont la responsabilité première de protéger les populations ont été déployées sur place. « Mais les conditions ne sont pas encore réunies pour un retour à la vie normale. Cela prendra du temps (…) Il va y avoir un gros travail de réconciliation à faire », a-t-elle prévenu.

Lors de leur récente mission à Yumbi, l’équipe de l’ONU a pu discuter avec les habitants restés sur place après les violences. « Ces derniers ont indiqué qu’un geste fort serait la reconstruction rapide d’une école pour pouvoir permettre aux enfants de reprendre les cours », a dit Mme Marchal. Un projet sur lequel les Nations Unies ont décidé de s’investir « dans les jours à venir », a précisé la porte-parole de la MONUSCO.

 

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