Venezuela : devant un Conseil de sécurité divisé l’ONU prône le dialogue pour résoudre la crise

26 janvier 2019

La situation au Venezuela est une source de grave préoccupation, a déclaré samedi la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, Rosemary DiCarlo, lors d’une réunion d’urgence sur la situation au Venezuela du Conseil de sécurité. 

« La crise prolongée dans le pays a eu un impact grave sur la population, avec des niveaux élevés de polarisation politique, des besoins humanitaires croissants et de graves préoccupations en matière de droits de l’homme; et la situation économique dans le pays est devenue désastreuse », a continué  Rosemary DiCarlo.

Une situation désastreuse qui impacte la population

Mme DiCarlo a dressé un tableau de la situation économique et humanitaire qui prévaut dans le pays, soulignant que « la population est touchée de manière systémique ».

Le Venezuela compte 3,7 millions de personnes sous-alimentées et la mortalité infantile a doublé.

« Près de 30 millions de Vénézuéliens sont touchés par l'hyperinflation et l'effondrement des salaires réels; les pénuries de nourriture, de médicaments et de fournitures de base; la détérioration des services de santé et d’éducation; la détérioration des infrastructures de base telles que l'eau, l'électricité, les transports et les services urbains », a dit la Secrétaire générale adjointe.

 A cela s’ajoute la continuation de la baisse de la production de pétrole, avec une baisse d’environ un demi millions de barils par jour à partir de 2017, entraînant une baisse des revenus; et un taux d’inflation a atteint 1,37 million de dollars l’an dernier et le PIB réel prévu en 2019 de moins 18 pour cent, a signalé Mme DiCarlo. 

Entre 2015 et 2017, le Venezuela comptait 3,7 millions de personnes sous-alimentées et la mortalité infantile a doublé au cours des récentes années, a-t-elle ajouté.

Plus de 3 millions de Vénézuéliens vivent maintenant à l'étranger, dont 2,3 millions de personnes qui ont quitté le pays depuis 2015, pour se réfugier principalement dans d’autres pays d’Amérique du Sud.

Aucun accord conclu malgré de multiples tentatives

La Secrétaire générale adjointe a ensuite exposé les recents événements politiques et les nombreuses initiatives menées depuis mai 2016, pour tenter de trouver une issue politique à la crise au Venezuela, y compris celle menée par le République dominicaine, qui s'est terminée sans accord en février 2018.

« L’un des principaux domaines de désaccord était le calendrier électoral et des garanties pour assurer des élections libres, transparentes et crédibles », a signalé Mme DiCarlo, rappelant que par la suite le gouvernement avait tenu les élections présidentielles en mai 2018, à l’issue desquelles le Président Nicolás Maduro a été déclaré vainqueur.

« La plupart des opposants n'ont pas participé dans les élections ou reconnu les résultats »,  a-t-elle souligné. 

Le 10 janvier le Président Maduro a prêté serment pour un deuxième mandat.

Le 23 janvier le pays a connu des manifestations de grande ampleur de l’opposition et le président du Parlement, Juan Guaidó, s’est proclamé président par intérim, s’engageant à former un gouvernement de transition et appelant à des élections, a rappelé la cheffe des affaires politiques de l'ONU.

Rosemary DiCarlo a réitéré les préoccupations prononcées par le Secrétaire general des Nations Unies, António Guterres, et la Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, face aux informations faisant état de victimes parmi les manifestants et de nombreuses arrestations, et appelant à mener une enquête transparente et indépendante sur ces incidents.

Trouver une solution politique

La Secrétaire générale adjointe a donne un tour d’horizon de l’assistance fournie par les Nations Unies, évoquant notamment les domaines de la santé et de la nutrition, ainsi que l’établissement par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) d’un mécanisme pour aider les Vénézuéliens quittant le pays. 

Nous devons essayer de contribuer à la recherche d'une solution politique. 

« Les visions divergent sur ce que l’avenir devrait réserver au Venezuela », a affirmé Mme DiCarlo, «Cependant, nous devons être guidés par la recherche du bien-être du peuple vénézuélien et travailler ensemble pour que leurs besoins soient pleinement satisfaits ».

« Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter une aggravation des tensions », a-t-elle ajouté.

« Nous devons essayer de contribuer à la recherche d'une solution politique qui permettra aux citoyens du pays de jouir de la paix, prospérité et tous leurs droits humains », a conclu la cheffe des affaires politique et de la consolidation de la paix de l’ONU.

Un Conseil de sécurité divisé

Les délégations ont affiché, samedi , devant le Conseil de sécurité réuni à la demande des États-Unis, de très profondes divergences autour de la crise politique au Venezuela.

Les divisions se sont révélées avant même le débat, puisque le délégué de la Fédération de Russie, estimant que la situation au Venezuela n’est pas une menace à la sécurité internationale, a demandé que ce point de l’ordre du jour soit mis aux voix.  Ce dernier a été adopté par 9 voix en faveur, 4 voix contre et 2 abstentions.

Les États-Unis et une majorité de pays latino-américains, l’Allemagne, le Brésil, la Colombie, le Pérou et le Royaume-Uni, ont en effet appuyé  Juan Guaidó, président par interim « autoproclamé » du Venezuela, em mesure de mener le pays vers un transition démocratique et de nouvelles elections.

Ils ont estimé la situation au Venezuela constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales, car elle dépasse les frontières du pays et menace la stabilité régionale.

Une position maintenue par la France qui a estimé « tout à fait légitime » que le Conseil examine le sujet, alors que la crise au Venezuela se propage jusqu'aux pays voisins. Elle a appelé à une solution politique et négociée à la crise, affirmant que si des élections n’étaient pas annoncées d'ici huit jours, la France avec l'Union européenne, était prête à reconnaître M. Guaidó comme président par intérim pour enclencher un tel processus.

UN Photo/Manuel Elias
Mike Pompeo, le Secrétaire d’État des États-Unis, prend la parole devant le Conseil de sécurité sur la situation au Venezuela.

 

Le Secrétaire d'Etat des États-Unis, Mike Pompeo a affirmé que Cuba était derrière le gouvernement « oppressif » et « anti-démocratique » de Nicolás Maduro et a exhorté les Etats à « prendre parti ».

« Nous appelons tous les membres du Conseil de sécurité à soutenir la transition démocratique au Venezuela et le rôle joué par le président par intérim Guaidó », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, la Fédération de Russie, l’Afrique du Sud, la Bolivie, Cuba, la Chine, et la Guinée équatoriale ou bien encore Cuba ont souligné la légitimité du Président Nicolas Maduro et se sont opposés aux menaces et à l’ultimatum lancés contre le Venezuela.

Ils ont estimé qu’il n’était pas question d’une menace à la paix et la sécurité internationale mais de respect à la souveraineté et du droit de chaque pays à de résoudre ses affaires sans ingérence étrangère, conformément au droit international et à la Charte des Nations Unies.

UN Photo/Manuel Elias
Vassily Alekseevich Nebenzia, le Représentant permanent de la Fédération de Russie auprès de l'ONU, a pris la parole devant le Conseil de sécurité sur la situation au Venezuela

 

« Si quelque chose représente une menace pour la paix, c'est l'attitude effrontée et agressive des États-Unis et de leurs alliés qui cherchent à renverser le président du Venezuela légitimement élu », a déclaré l'Ambassadeur de Russie à l'ONU, Vassily Nebenzia.

Plusieurs des pays ont averti que le renversement du gouvernement du Venezuela créerait un précédent très dangereux pouvant être appliqué à d'autres pays à l’avenir à l’issue de leur processus électoral. 

Ils ont ainsi rappelé les crises récentes provoquées, notamment après la destitution de gouvernements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

UN Photo/Manuel Elias
Jorge Arreaza, le ministre des Affaires étrangères de la République bolivarienne du Venezuela, prononce un discours devant le Conseil de sécurité sur la situation au Venezuela.

 

Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères vénézuélien des Affaires étrangères, Jorge Arreaza, a affirmé qu'il avait été démontré que son pays n'était pas seul face à la tentative de coup d'État orchestrée par les États-Unis « et ses satellites » dans la région.

Il a affirmé que le gouvernement vénézuélien était ouvert au dialogue , citant à titre d'exemple le processus à Saint-Domingue, abandonné à la dernière minute par l’opposition.

En conclusion, il a assuré que personne ne déclencherait une guerre civile au Venezuela, « comme le prétendent certains » et a remercié les initiatives en faveur du dialogue, soulignant que le Venezuela « est irrévocablement libre et indépendant ».

 

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