Dans un monde fragmenté, le chef de l’ONU plaide à Davos pour un multilatéralisme efficace

24 janvier 2019

La réponse de plus en plus fragmentée et dysfonctionnelle aux problèmes qu’affronte le monde rend d’autant plus nécessaire un multilatéralisme efficace, a déclaré jeudi le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, au Forum économique mondial à Davos, en Suisse.

Dans un discours sur l'état du monde à Davos, M. Guterres a toutefois noté un « vent d'espoir » pour le règlement d’un certain nombre de conflits en République centrafricaine, au Soudan du Sud, au Yémen et en Syrie.

Selon le chef de l’ONU, une plus grande solidarité est nécessaire pour faire face aux nombreux défis auxquels le monde est confronté. Il a noté la « paralysie » du Conseil de sécurité de l'ONU sur certains sujets et le fait que les relations entre les trois superpuissances - la Chine, la Russie et les États-Unis - n’ont « jamais été aussi dysfonctionnelles » qu’aujourd’hui.

Face à cette situation « multipolaire », M. Guterres a appelé à une plus grande participation au sein des organisations multilatérales, suggérant que c’était l’absence de tels mécanismes qui avait conduit à la Première guerre mondiale.

« Si l’on regarde la politique internationale et les tensions géopolitiques, l’économie mondiale et les grandes tendances, y compris le changement climatique, la circulation des personnes et la numérisation, la vérité est que ces questions sont de plus en plus liées les unes aux autres… mais les réponses sont fragmentées », a-t-il déclaré, avertissant que si cette tendance n’est pas inversée, le monde court à la catastrophe.

Forum économique mondial/Jakob Polacsek
Le Forum économique mondial à Davos, en Suisse.

Le changement climatique est plus rapide que nous

En se concentrant sur le changement climatique comme l'un des principaux défis auxquels le monde est confronté, le chef de l'ONU a insisté sur le fait que « nous perdons la course » pour le gérer.

« Le changement climatique est plus rapide que nous », a-t-il déclaré, soulignant que même si la réalité « se révélait pire que ce que la science avait prévu » alors que le monde connaît des températures toujours plus chaudes, la volonté politique de faire quelque chose « se ralentissait ».

Et dans un contexte de poursuite des subventions nationales aux industries utilisant des combustibles fossiles et de scepticisme persistant concernant le changement climatique, M. Guterres a regretté que cela soit le cas, à un moment où « la technologie est de notre côté et que nous voyons de plus en plus d’entreprises prêtes à agir de manière positive et la société civile s’impliquer de plus en plus ».

Photo ONU/Eskinder Debebe
Des éoliennes au large de la côte danoise.

Economie mondiale : des nuages sombres à l'horizon

S'agissant de l'économie mondiale, le chef de l'ONU a noté que, bien que la croissance mondiale soit « acceptable », il y avait néanmoins « des nuages sombres à l'horizon ».

Ceux-ci sont encouragés par les différends commerciaux, qui constituent « un problème essentiellement politique », ainsi que par des niveaux d'endettement plus élevés qu'avant la crise financière de 2008-2009.

Ces deux problèmes ont empêché les pays de réagir aux crises émergentes et de mettre en œuvre les grands projets d’infrastructure nécessaires au développement durable, a expliqué M. Guterres, soulignant également le manque croissant de confiance envers les gouvernements « et les organisations internationales comme la nôtre ».

« Si l'on examine le ‘shutdown’ (aux Etats-Unis) et la saga du Brexit, il y a un sentiment que les systèmes politiques ne savent pas exactement quoi faire face à des problèmes ayant un impact économique important », a-t-il déclaré. « C'est un facteur de manque de confiance et un manque de confiance crée une instabilité accrue sur les marchés ».

Nous devons comprendre les griefs et les causes profondes des raisons pour lesquelles de larges secteurs de la population de différentes régions du monde ne sont pas d’accord avec nous - António Guterres

À propos de la mondialisation et des progrès technologiques, qui ont apporté de « formidables améliorations » à de nombreuses personnes, M. Guterres a noté que ces évolutions avaient aggravé les inégalités et marginalisé des millions de personnes, tant à l’intérieur des pays qu’entre eux.

Le résultat étant la désillusion, et dans un contexte de déplacements massifs de populations à la recherche de protection et d'une vie meilleure, le Secrétaire général de l'ONU a insisté sur le fait que, même s'il était fermement convaincu qu'une réponse coordonnée et globale était la solution, il fallait faire davantage pour convaincre ceux qui le ressentent différemment.

« Il ne suffit pas de dénoncer ceux qui sont en désaccord et de les considérer comme des nationalistes ou des populistes », a-t-il déclaré. « Nous devons comprendre les griefs et les causes profondes des raisons pour lesquelles de larges secteurs de la population de différentes régions du monde ne sont pas d’accord avec nous. Et nous devons nous attaquer à ces causes profondes et montrer à ces personnes que nous prenons soin d’elles ».

La « valeur ajoutée » des Nations Unies

Les gouvernements et les organisations internationales ne peuvent y parvenir seuls, a déclaré M. Guterres, avant de demander plus d'espace pour que d'autres acteurs puissent s'impliquer dans un système multilatéral renouvelé.

« Nous devons travailler ensemble. Nous ne pouvons pas trouver des réponses isolées aux problèmes auxquels nous sommes confrontés, elles sont toutes liées entre elles… Cela doit être un multilatéralisme dans lequel les États font partie du système, mais il faut de plus en plus d’acteurs du monde des affaires, de la société civile, du monde universitaire pour analyser les problèmes, définir des stratégies, définir des politiques, puis les mettre en œuvre ».

Parmi ses autres priorités, le Secrétaire général de l’ONU a souligné son souhait de montrer la « valeur ajoutée » des Nations Unies.

Il a évoqué la récente réunion sur le changement climatique à Katowice (Pologne), au cours de laquelle les États membres ont adopté le programme de travail de l’Accord de Paris sur le climat. « Tout le monde pensait que Katowice serait un échec. Cela n’a pas été le cas », a-t-il déclaré.

Concernant le Yémen, il a insisté sur le fait que l'ONU plaidait pour une « montée en puissance de la diplomatie au service de la paix » après la signature d'un premier accord de cessez-le-feu en Suède à la fin de l'année dernière. Il a noté que d’autres situations, notamment au Soudan du Sud et en Éthiopie s’amélioraient.

« Nous sommes là, nous faisons des choses qui sont nécessaires et personne ne peut remplacer les Nations Unies », a déclaré M. Guterres, ajoutant que l'ONU était toujours responsable de la distribution de plus de la moitié de l'aide dans le monde aujourd'hui.

 

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