Vingt-cinq ans après Oslo, aucune illusion à avoir sur le conflit israélo-palestinien, selon l'envoyé de l'ONU

22 janvier 2019

S’adressant au Conseil de sécurité, le Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient a estimé mardi que la situation sur le terrain ne permet d’entretenir aucune illusion sur le conflit israélo-palestinien, alors même que l’année 2019 marque les 25 ans de la conclusion des Accords de paix d’Oslo.

« Alors que l’année 2019 commence, nous ne devons nourrir aucune illusion sur la dangereuse dynamique du conflit israélo-palestinien qui se déroule sous nos yeux », a déclaré Nickolay Mlandenov, Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient. La possibilité de la création d’un État palestinien viable et contigu a été systématiquement sapée par les développements sur le terrain, a-t-il noté. 

Au cours des derniers mois, les autorités israéliennes ont approuvé plus de 3.100 unités de logement dans les colonies de peuplement de la zone C, la moitié d’entre elles étant prévues au cœur de la Cisjordanie. 

S'exprimant par vidéoconférence, M. Mladenov a en outre cité une loi visant à légaliser quelque 66 postes avancés illégaux en Cisjordanie d’ici les deux prochaines années, tandis que les destructions de structures palestiniennes se poursuivent, y compris à Jérusalem-Est. Ainsi 25 structures ont été saisies ou démolies en raison de l’absence d’un permis de construire israélien, qu’il est pourtant quasiment impossible d’obtenir pour un Palestinien, a expliqué M. Mladenov. 

« Je rappelle la position de longue date de l’ONU selon laquelle les colonies de peuplement sont illégales au regard du droit international », a-t-il ajouté.

Côté palestinien, malgré les efforts infatigables de l’Égypte et des Nations Unies, l’espoir pour une véritable réconciliation intra-palestinienne s’amenuise de jour en jour, les parties se blâmant l’une l’autre pour le manque de progrès, a-t-il regretté. Comme toujours, les Palestiniens ordinaires paient le prix fort, tandis que le fossé entre Gaza et la Cisjordanie continue de se creuser, a poursuivi M. Mladenov.  Il a en conséquence appelé les dirigeants palestiniens à œuvrer pour sortir de l’impasse politique et assurer la pleine mise en œuvre de l’Accord du Caire de 2017.

« Une chose est sûre, une souveraineté et un État palestiniens sont impossibles sans une unité véritable. Il ne peut pas y avoir d’État à Gaza et pas d’État sans Gaza », a-t-il déclaré.

Il ne peut pas y avoir d’État à Gaza et pas d’État sans Gaza - Nickolay Mladenov, Coordonnateur spécial du processus de paix au Moyen-Orient 

Le Coordonnateur spécial a en outre précisé que la croissance économique en Cisjordanie est insuffisante pour garantir la soutenabilité de l’économie palestinienne, en raison du grave ralentissement économique à Gaza. 

« Les chiffres parlent d’eux-mêmes», a-t-il dit en mentionnant que le PIB de la Cisjordanie a cru de 1,2% au troisième trimestre, pendant que celui de Gaza a diminué de 6,5%. Le PIB global de la Palestine a ainsi diminué de 0,5%.

Le Coordonnateur spécial a ensuite mentionné la dangereuse dynamique sécuritaire en Cisjordanie, marquée par une série d’attaques terroristes meurtrières et un nombre accru d’opérations militaires israéliennes conduites dans les zones A et B de la Cisjordanie. 

Photo UNICEF/Eyad El Baba
Une adolescente à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, est agnouillée à côté des tombes de sa mère et de ses frères.

La situation humanitaire à Gaza est désespérée

Rappelant le chemin vers la paix ouvert il y a 25 ans à Oslo, en vue d’aboutir à la solution des deux États par le biais de négociations, M. Mladenov a indiqué que cette perspective s’éloigne, pour laisser la place au risque grandissant de la réalité d’un État unique et d’une occupation perpétuelle. 

« Si les parties s’engagent de nouveau en faveur du principe selon lequel les questions principales ne pourront être réglées que par le biais de négociations, alors il y aura encore un espoir », a-t-il fait valoir.

Évoquant les violents incidents en Cisjordanie et à Gaza, le Coordonnateur spécial a exhorté Israël à n’utiliser la force qu’en dernier recours. Il a en outre appelé le Hamas à cesser ses tirs aveugles de roquettes et à faire en sorte que les manifestations demeurent pacifiques.

Le Coordonnateur spécial a ensuite qualifié de « désespérée » la situation humanitaire à Gaza. « Les récentes coupes dans les contributions des donateurs ont contraint le Programme alimentaire mondial (PAM) à suspendre l’assistance alimentaire qui devait être apportée à 27.000 personnes et à réduire les rations pour quelque 166.000 autres bénéficiaires », a-t-il souligné.

M. Mladenov a également exhorté les donateurs à continuer d’appuyer les efforts de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). 

En conclusion, le Coordonnateur spécial a déclaré que « ceux qui pensent que ce conflit peut être géré pour l’éternité ont tort ». « Il n’y a pas de statu quo possible; il y a seulement une aggravation qui, si on lui laisse libre cours, sans vision et volonté politique de paix, ne pourra que conduire à un conflit sans fin et à une rapide montée de la radicalisation de tous les côtés », a-t-il averti. 

 

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