Tensions commerciales, Brexit et changement climatique pèsent sur l’économie mondiale (ONU)

21 janvier 2019

L’économie mondiale va continuer de croître à un rythme d’environ 3% en 2019, mais cette croissance est menacée par une convergence de risques susceptibles de perturber gravement l’activité économique et d’infliger des dégâts considérables, selon le rapport des Nations Unies Situation et perspectives de l’économie mondiale pour l’année 2019 (WESP) publié lundi.

« Bien que les indicateurs économiques demeurent globalement favorables, ils ne reflètent pas l’intégralité de la situation », a averti le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à l’occasion de la publication du rapport, affirmant qu’il « suscite des inquiétudes quant à la viabilité de l’économie mondiale face à des difficultés croissantes dans le domaine financier, social et environnemental ».

Le rapport  est une publication conjointe de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et du Département des affaires économiques et sociales (DESA) des Nations Unies.

Il précise que les risques comprennent le déclin du soutien aux solutions multilatérales ; la montée des conflits liés aux politiques commerciales ; les instabilités financières liées à l’élévation des niveaux de dette et l’augmentation des risques climatiques, alors que le monde connaît un nombre croissant de phénomènes météorologiques extrêmes.

Des progrès inégaux

Selon le rapport, plus de la moitié des économies mondiales ont vu leur croissance s'accélérer en 2017 et 2018. Les économies développées ont crû de 2,2% au cours de ces deux années, tandis que les taux de chômage ont diminué.

Parmi les économies en développement, l'Asie de l'Est et l'Asie du Sud ont enregistré les gains les plus importants en 2018, soit +5,8% et +5,6% respectivement, tandis que les pays exportateurs de produits de base ont poursuivi leur « reprise progressive ».

La richesse per capita a diminué dans plusieurs pays

Cette amélioration était particulièrement vraie pour les pays émergents riches en pétrole et en gaz, malgré les niveaux d'endettement élevés causés par la chute des prix des produits de base en 2014-2015.

Malgré la situation générale largement positive pour les économies en développement, nombre de ces économies enregistrent des « progrès inégaux », avertit le rapport de l’ONU, précisant que la richesse per capita a diminué dans plusieurs pays.

UN-Habitat/Julius Mwelu
Les villes des pays en développement comme Nairobi au Kenya continuent de croître rapidement.

 

« De nouvelles baisses ou une faible croissance par habitant sont attendues en 2019 en Afrique centrale, méridionale et occidentale, en Asie occidentale, en Amérique latine et dans les Caraïbes - qui abritent près d’un quart de la population mondiale vivant dans une pauvreté extrême », note l’analyse.

Et même là où la croissance est forte, elle est « souvent tirée par les principales régions industrielles et urbaines », poursuit le rapport, de sorte que les zones rurales sont laissées pour compte.

Pour surmonter ce problème et éliminer la pauvreté d’ici 2030, le rapport de l’ONU suggère qu’il faudra une « croissance à deux chiffres en Afrique » et des « réductions importantes » des niveaux de rémunération inégaux.

Tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine

Selon le rapport, les tensions commerciales ont entraîné une baisse des échanges mondiaux en 2018, passant de 5,3% en 2017 à 3,8%Les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine figurent en tête de liste des tensions commerciales, signale le document qui avertit qu’une « guerre commerciale totale » entre les deux pays « aurait de graves effets économiques ».
Les risques de tensions commerciales peuvent persister pendant une longue période, entrainant une hausse des droits de douane et des mesures de rétorsion qui pourraient provoquer un ralentissement des investissements, une hausse des prix et une baisse de confiance, précise le rapport. 
« Bien que l'ampleur d'un tel impact soit difficile à prévoir et dépende de l'ampleur et de la profondeur des litiges, des tarifs douaniers plus élevés peuvent avoir des conséquences négatives pour la croissance nationale et mondiale », souligne le WESP.

Une croissance plus faible en Chine et aux États-Unis pourrait également réduire la demande de matières premières et affecter les économies des exportateurs traditionnels tels que l'Afrique et l'Amérique latine.

CNUCED/Jan Hoffmann
Conteneurs dans un port de Sao Tomé-et-Principe. (archives)

Une croissance lente et régulière dans l'UE, mais le Brexit pèse à l’horizon

En ce qui concerne les perspectives de l’Union européenne, le rapport prévoit une croissance de 2% pour les deux prochaines années.

Il note cependant des performances potentiellement bien supérieures pour les pays qui sont entrés dans l’Union depuis 2004, avec la Pologne, qui a vu son économie croître de 5% en 2018, en tête de liste.

Les retombées du Brexit pourraient également se faire sentir en dehors de l'UE, avec une possible  baisse de 10 à 15% du financement disponible pour les pays candidats à l'adhésion à l'UE

La plus grande économie du bloc, l'Allemagne, devrait connaître une croissance plus modérée, à 1,8%, du fait des perturbations potentielles dans l'industrie automobile nationale en raison de « nouvelles technologies, de nouveaux concurrents et des conséquences juridiques et financières importantes des précédentes pratiques de vente liées au diesel ».

La France devrait également connaître une croissance inférieure à la moyenne (1,8%), liée à ses perspectives d'exportation plus faibles, tandis que le Royaume-Uni (1,4%) devrait payer pour les incertitudes liées à ses projets de sortie de l'UE, ou le Brexit.

Selon le rapport, l’incertitude liée à la sortie du pays de l’UE demeure un frein majeur pour l’économie, les entreprises prenant des précautions pour se prémunir contre une sortie brutale sans accord clair sur les prochaines relations commerciales.

Le rapport des Nations Unies prévient aussi que les retombées du Brexit pourraient également se faire sentir en dehors de l'UE, avec une possible « baisse de 10 à 15% du financement disponible pour les pays candidats à l'adhésion à l'UE ».

Le multilatéralisme est essentiel en cas de choc

L'affaiblissement de l'appui au multilatéralisme soulève des questions sur la capacité d’action politique concertée en cas de choc mondial généralisé

Face aux pressions croissantes dans les domaines du commerce international, du financement du développement international et de la lutte contre le changement climatique, le rapport souligne que le renforcement de la coopération mondiale est essentiel pour faire progresser le développement durable.

Cependant, ces menaces surviennent à un moment où la coopération et la gouvernance internationales sont plus importantes que jamais - bon nombre des défis énoncés dans le Programme de développement durable à l'horizon 2030 sont par nature mondiaux et nécessitent une action collective et coopérative. 

L'affaiblissement de l'appui au multilatéralisme soulève également des questions sur la capacité d’action politique concertée en cas de choc mondial généralisé.

 

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