A Cox’s Bazar, la course contre la montre des réfugiés rohingyas contre un insecte ravageur de bambou

21 décembre 2018

Au Bangladesh, l’organisation internationale pour les migrations (OIM) aide les réfugiés rohingyas à traiter le bambou utilisé pour construire leurs abris de fortune mais endommagé par les insectes.

Une « ville de bambous » parsemée de bâches en plastique. Voilà à quoi ressemble Cox’s Bazar, le plus grand camp de réfugiés du monde qui abrite près d’un million de Rohingyas.

En août 2017, les violences au Myanmar ont poussé des centaines de milliers de Rohingyas en quelques semaines seulement sur les routes de l’exil et à se réfugier au Bangladesh voisin, dans le district de Cox’s Bazar,

En l’espace de quelques mois, des milliers d’abris construits en bambou ont été érigés sur les collines de cette réserve naturelle boisée du sud-est du Bangladesh. Des millions de bambous ont été acheminés de tout le pays pour aider à la construction d'abris et d'installations médicales vitaux. Des ponts, marches et rampes ont également été construits avec le bambou pour maintenir les voies d'accès vitales ouvertes et consolider les pentes vulnérables de collines.

« Nous utilisons le bambou parce qu'il est rentable et qu'il pousse naturellement au Bangladesh », a expliqué Yoga Sofyar, une experte de cette graminée travaillant pour l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

En raison de l'ampleur de l’urgence humanitaire avant la mousson, les organisations ont été obligées d’utiliser de jeunes bambous plus vulnérables aux attaques d'insectes dévastateurs. Mais aujourd’hui, le bambou des abris des réfugiés est menacé par une infestation de « coléoptères perceurs de bois » qui menace les structures de s’écrouler.

« Une fois l'infestation apparue, il fallait faire quelque chose. Cela concerne de nombreuses personnes et implique des sommes d'argent considérables », a expliqué Yoga Sofyar. « Même avec le bambou non traité utilisé par l’OIM, nous nous attendions normalement à ce que le matériau dure entre un et trois ans. Mais l'infestation est si importante et si répandue que six mois plus tard, d'importants dégâts avaient déjà été causés », a-t-elle expliqué.

« Une fois l'infestation apparue, il fallait faire quelque chose »

Devant cette situation, l’OIM a décidé de remplacer le bambou présent dans presque tous les abris de Cox’s Bazar.

À un peu plus de quatre mois du début de la prochaine saison de mousson, l’agence onusienne s’est engagée dans une course contre la montre pour fournir des nouveaux bambous plus durables pour 240.000 familles.

Si l’infestation du bambou était évidente, l'identification d'une solution ne fut pas une chose facile.

Matériau de construction traditionnel au Bangladesh, le bambou a vu sa popularité diminuée ces dernières années et celui de qualité supérieure est en quantité insuffisante.

Traiter 40.000 bambous par mois pour améliorer la structure de 6.000 à 7.000 abris

Les experts de l’OIM ont  décidé de traiter le bambou déjà utilisé. Le défi a d'abord été de trouver un site approprié, ainsi qu'une méthode de traitement, pouvant être répliquée à grande échelle pour répondre à l'immense demande mais avec un impact minimal sur l'environnement.

L’agence onusienne a lancé le projet d’une usine de traitement de bambou - la plus grande jamais installée dans le cadre d’une intervention d’urgence. Dans les semaines à venir, l’usine devrait pouvoir traiter environ 40.000 bambous par mois. Un nombre suffisant pour améliorer la structure de 6.000 et 7.000 abris.

« C’est un projet majeur qui contribuera à éviter que les réfugiés ne subissent la menace constante que leurs abris s'effondrent à cause du bambou endommagé », a déclaré Manuel Pereira, coordinateur des urgences de l'OIM à Cox’s Bazar.

C’est un projet majeur qui contribuera à éviter que les réfugiés ne subissent la menace constante que leurs abris s'effondrent à cause du bambou endommagé - Manuel Pereira, coordinateur des urgences de l'OIM à Cox’s Bazar

Un site a finalement été trouvé au sud de Cox's Bazar - suffisamment proche des camps pour permettre un transport facile, mais suffisamment éloigné des abris de réfugiés déjà surpeuplés. Le projet pilote de construction de l’usine de traitement a été lancé grâce a un financement du Royaume-Uni, des États-Unis et de la Suède.

Le traitement du bambou en usine repose sur le bore - une substance naturelle qui sera filtrée et recyclée sur place, puis réutilisée pour minimiser l'impact sur l'environnement. Les résidus végétaux du processus de traitement peuvent être utilisés comme engrais par les fermes voisines.

Le traitement prolonge la durée de vie du bambou de plusieurs mois à plusieurs années. Si les abris sont démolis ou déplacés, le bambou traité peut être récupéré et réutilisé à d'autres fins.

Le traitement du bambou a également eu un impact sur la vie des réfugiés rohingyas qui ont pu ainsi échapper au désœuvrement dans le cadre d’un projet argent contre travail. Au Myanmar, beaucoup d’entre eux étaient des artisans du bambou et tirent satisfaction de pouvoir utiliser les techniques qui leur ont été transmises de génération en génération pour remédier à leur détresse.

« Mon père et mon grand-père travaillaient le bambou et le bois. Au Myanmar, j'ai travaillé avec mon père et c'est ainsi que j'ai acquis mes compétences », a ainsi confié Mohammed Younus, l'un des réfugiés travaillant dans l'usine de traitement de bambou. « Je me sens bien de pouvoir effectuer ce travail ici et d'utiliser mes compétences pour gagner de l'argent pour ma famille », a-t-il ajouté.

 

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