Soutien au Sahel : l’ONU appelle la communauté internationale à passer de la parole aux actes

20 décembre 2018

L’envoyé de l’ONU pour le Sahel, Ibrahim Thiaw, a plaidé jeudi devant le Conseil de sécurité pour une matérialisation de l’aide promise par la communauté internationale aux populations de cette région qui figure parmi les moins développées du monde.

Extrême pauvreté, effets désastreux du changement climatique, crises alimentaires récurrentes, forte croissance démographique, gouvernance fragile, menaces à la sécurité liées au terrorisme. Le Sahel - région qui s’étend sur l’Afrique de l’Ouest et centrale - est confronté à de nombreux défis qui exacerbent les conflits et poussent nombre de ses habitants sur les routes migratoires. Des routes où les migrants sont également victimes de groupes criminels transnationaux organisés et de trafiquants à grande échelle.

En 2013, le Conseil de sécurité a approuvé la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel – « une approche à long terme intégrant les dimensions sécuritaire, humanitaire ainsi que le développement » a rappelé Ibrahim Thiaw, le Conseiller spécial du Secrétaire général pour le Sahel.

Cinq ans plus tard, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, donna une impulsion nouvelle a cette Stratégie intégrée en adoptant le Plan de soutien de l’ONU pour le Sahel, un document préparé de manière inclusive sous la direction de la Vice-Secrétaire générale, Amina J. Mohammed, et se fondant notamment sur le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Le Plan de soutien de l’ONU pour le Sahel s’inscrit dans une approche préventive, intégrée et concertée visant au renforcement de la gouvernance, de la sécurité et du développement dans la région - IbrahimThiaw

« Le Plan de soutien de l’ONU pour le Sahel s’inscrit dans une approche préventive, intégrée et concertée visant au renforcement de la gouvernance, de la sécurité et du développement dans la région », a expliqué M. Thiaw.

Le Conseiller spécial a précisé que si la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel doit « rester notre unique cadre de référence », le Plan de soutien doit lui constituer « le socle de notre action collective dans les dix pays du Sahel », à savoir le Burkina-Faso, le Cameroun, la Gambie, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal et le Tchad.

Devant les 15 membres du Conseil de sécurité M. Thiaw a souligné que le Plan de soutien de l’ONU pour le Sahel « nécessite l’adhésion et la mobilisation de tous ».

Une paix et une stabilité durables au Sahel implique de s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité dans la région, a-t-il dit. « L’approche tout-sécuritaire à elle seule ne suffira pas à stabiliser le Sahel », a-t-il prévenu.

Pour Ibrahim Thiaw, un développement capable de « transformer positivement les économies ; améliorer le cadre de vie des populations, et de rendre l’espoir aux jeunes », doit être mis en place. L’envoyé onusien a plaidé pour un élargissement de l’aide au développement, la coopération avec les gouvernements et la mise en place des conditions nécessaires à la mobilisation d’importants investissements privés.

Le Plan de soutien de l’ONU pour le Sahel nécessite l’adhésion et la mobilisation de tous - Ibrahim Thiaw

Mais les solutions aux défis du Sahel doivent être portées par les acteurs locaux, nationaux et régionaux a dit M. Thiaw, et être appuyés, « lorsque c’est nécessaire », par les partenaires extérieurs.

Le Conseiller spécial à enfin plaider pour un changement de la perception sur la région en mettant en exergue ses nombreux atouts et son potentiel. « Le Sahel est idéalement placé pour booster son économie grâce aux énergies renouvelables, notamment le solaire et l’éolien », a-t-il dit. Des nouvelles technologies qui, selon lui, peuvent rendre le secteur primaire (agriculture et pêche) -dont dépend la grande majorité des Sahéliens- moins vulnérable et plus adapté face aux fluctuations climatiques.

Ibrahim Thiaw estime que le succès de ces efforts au Sahel sera largement tributaire des avancées en matière de bonne gouvernance, de mobilisation des ressources et de la capacité d’absorption des acteurs.

« L’ONU, pour sa part, a repensé son mode opératoire au Sahel, avec une programmation conjointe, plus d’intégration et une meilleure efficacité de nos interventions », a-t-il assuré.

Un « guichet Sahel » a ainsi été mis en place au sein du Fonds fiduciaire sur les Objectifs de développement durable (ODD). Un mécanisme qui vise à réduire la fragmentation et rendre plus efficaces les interventions des Nations Unies dans la région. Un tel mécanisme souple et transparent permettra aussi de répondre plus vite et mieux aux besoins, souvent imprévisibles à long terme, qui se dressent au Sahel, a-t-il dit.

« Nous avons une stratégie, une vision commune et un plan de soutien opérationnel. Les Sahéliens estiment, à juste titre, me semble-t-il, que le temps est désormais venu de transformer nos écrits et nos paroles en actes concrets », a dit M. Thiaw.

 

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