L’ONU adopte un pacte mondial « historique » en faveur des réfugiés

17 décembre 2018

L’Assemblée générale des Nations Unies a confirmé lundi la signature d’un pacte mondial non contraignant sur la question des réfugiés, ce qui constitue la dernière initiative prise par les États membres pour défendre les droits de 258 millions de personnes déplacés dans le monde.

Un nombre écrasant d'États, 181, ont voté à la majorité en faveur de l'adoption du Pacte mondial sur les réfugiés, les États-Unis et la Hongrie s'y opposant. La République dominicaine, l'Érythrée et la Libye se sont abstenues.

Filippo Grandi, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), a déclaré que l'adoption du Pacte était « historique ».

Lors d'un événement organisé au siège des Nations Unies à New York pour marquer l’adoption du Pacte, M. Grandi a souligné que c'était la première fois que l'Assemblée générale voyait un accord entre États et au-delà, reconnaissent la nécessité de travailler collectivement pour les droits des réfugiés.

«Dans notre monde, qui renvoie souvent aux personnes dans le besoin, qui a honteusement politisé même la douleur de l’exil, qui a diabolisé et continue de diaboliser les réfugiés et les migrants et parfois même seulement les étrangers, ce pacte, en synergie avec l’autre pacte, le Pacte sur les migrations, peut réellement représenter concrètement un nouvel engagement en faveur de la coopération internationale », a déclaré le chef du HCR.

Pour M. Grandi, le Pacte représente « un nouvel engagement en faveur de valeurs partagées de solidarité et la recherche de solutions justes et durables pour les personnes défavorisées ».

Deux pactes complémentaires

Le Pacte mondial pour les réfugiés, distinct du Pacte mondial pour les migrations récemment adopté, vise à renforcer la riposte internationale aux mouvements massifs de réfugiés et à leurs situations prolongées. Il s'inspire de l'historique Déclaration de New York de 2016 pour les réfugiés et les migrants dans laquelle les 193 États membres de l'ONU ont convenus que la protection des réfugiés devrait être une responsabilité partagée.

La Déclaration chargeait le HCR de rédiger le Pacte pour les réfugiés, qui s'est concrétisé après 18 mois de consultations approfondies entre les États membres, des experts, la société civile et les réfugiés.

La semaine dernière, le Pacte mondial pour les migrations, également non juridiquement contraignant, a été adopté par 164 gouvernements lors d'une conférence internationale à Marrakech, au Maroc, dans le but de soutenir une migration sûre, ordonnée et régulière.

Ce « grand accomplissement pour le multilatéralisme », comme l'a appelé Mme Louise Arbour, Représentante spéciale de l'ONU pour les migrations internationales, vise spécifiquement les droits de l'homme universels et les libertés fondamentales des migrants, qui constituent un groupe de personnes en mouvement différent de celui des réfugiés.

85% des réfugiés vivent dans des pays en développement

Selon le HCR, environ 85% des réfugiés vivent dans des pays en développement, où les services sont déjà tendus. Bien que les donateurs aient généreusement financé l'aide aux réfugiés, M. Grandi a souligné que le fardeau disproportionné qui pèse sur les pays à revenu faible et moyen est évident et qu'il nous laisse «à la merci des récessions économiques».

Ainsi, une partie de l’engagement pris dans le pacte d’agir conjointement consiste à relever les défis spécifiques auxquels sont confrontés les pays hôtes en développement.

Au cours des dernières années, nous avons assisté à une contagion des frontières fermées, en violation du droit national des réfugiés et des droits de l'homme - Amina Mohammed, Vice-Secrétaire générale de l'ONU

En outre, M. Grandi a exhorté les États à réévaluer la manière dont les réfugiés sont pris en charge pour être plus inclusifs: « Notre image des réfugiés est un camp de réfugiés. Nous voulons sortir de ça ».

Le Pacte mondial sur les migrations et le Pacte mondial sur les réfugiés annoncent une période de division accrue à travers le monde et au sein des sociétés, a déclaré la Vice-Secrétaire générale de l'ONU, Amina Mohammed.

« Ces dernières années, nous avons assisté à une contagion des frontières fermées, en violation du droit national des réfugiés et des droits de l'homme. Des millions de réfugiés font face à des années d'exil ou risquent leur vie lors de dangereux voyages vers un avenir incertain. Et c’est pourquoi ce pacte mondial est une étape si importante », a-t-elle déclaré.

Mme Mohammed a souligné que les efforts pour « assumer nos responsabilités envers les réfugiés, trouver des solutions respectueuses de leurs droits fondamentaux,  leur donner de l'espoir et reconnaître la responsabilité légale de les protéger et de les souteni r» ne sont pas seulement des objectif importants par eux-mêmes, mais jouent un rôle essentiel dans la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) à l'horizon 2030, «qui ne laissent personne pour compte».

L’adoption du pacte n’est « pas la fin, mais le début » des travaux de la communauté internationale sur la question, a déclaré de son côté la Présidente de l’Assemblée générale, Maria Fernanda Espinosa. Ce qui reste est sa mise en œuvre.

Faisant écho à l'appel à l'action, M. Grandi a averti que le pacte sur les réfugiés « n'est pas une solution miracle qui résoudra tous les problèmes », mais qu'un engagement international concret pourrait « transforme r».

« Sans cette coopération internationale, nous ne pourrons faire face à tous les autres défis mondiaux qui nous attendent dans le futur», a-t-il ajouté.

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