Climat : les quatre points clés à retenir de l’intervention d’António Guterres à la COP24

3 décembre 2018

À l’ouverture de la Conférence de l’ONU sur le climat à Katowice (COP24), le Secrétaire général des Nations Unies a mis l’accent lundi sur quatre domaines clés de l’action climatique.

1. Davantage d’action et d’ambition

Le changement climatique est « déjà une question de vie ou de mort » pour de nombreuses personnes et pays du monde, a alerté António Guterres, soulignant que la science appelle l'humanité à agir plus rapidement.

Citant divers rapports alarmants des Nations Unies - dont un sur les émissions mondiales de CO2 en hausse et un autre sur les concentrations croissantes de gaz à effet de serre dans l'atmosphère – le chef de l’ONU a appelé les pays à être attentifs à la science et à accélérer le rythme et les ambitions de leurs actions.

« Même si nous sommes témoins d’effets dévastateurs sur le climat, qui font des ravages dans le monde entier, nous ne faisons toujours pas assez, ni n’avançons assez vite pour prévenir un dérèglement climatique irréversible et catastrophique», a-t-il déclaré.

« L'année dernière, j'ai visité Barbuda et la Dominique, dévastées par des ouragans. Les destructions et les souffrances que j'ai vues étaient bouleversantes », a-t-il expliqué, soulignant que « ces urgences sont évitables ».

M. Guterres a appelé la communauté internationale à œuvrer pour que les émissions diminuent de 45% par rapport aux niveaux de 2010 d'ici 2030 et qu’elles soient nulles d'ici 2050. Selon lui, il faut que les énergies renouvelables fournissent entre la moitié et les deux tiers de l'énergie primaire mondiale d'ici 2050 avec une réduction proportionnelle des combustibles fossiles.

« Si nous échouons, l'Arctique et l'Antarctique continueront de fondre, les coraux blanchiront puis mourront, le niveau des océans  augmentera, davantage de personnes mourront de la pollution atmosphérique, la pénurie d'eau affectera une partie importante de l'humanité et le coût des catastrophes montera en flèche », a-t-il averti les délégués avant le début de leurs négociations en Pologne.

2. Des directives de mise en œuvre nécessaires pour garantir la confiance entre les Etats

A Katowice, M. Guterres a insisté sur la nécessité de rendre l’Accord de Paris opérationnel le plus rapidement possible. « Nous n’avons pas le temps de négocier infiniment », a-t-il dit. 2018 est l’année butoir que se sont fixés les Etats membres de l’ONU pour finaliser les directives de mise en œuvre de l’accord.

« Nous avons besoin d’une vision unifiée de la mise en œuvre qui énonce des règles claires, inspire l’action et fasse la promotion d'une ambition accrue, fondée sur le principe d’équité, de responsabilités communes mais différenciées et de capacités respectives, à la lumière des différentes situations nationales », a déclaré le chef de l’ONU.

« Nous avons réussi à Paris parce que les négociateurs œuvraient au même objectif », a-t-il ajouté, implorant les délégués à maintenir le même esprit de collaboration urgente afin de « garantir la pérennité des liens de confiance établis à Paris ».

3. L’argent, nerf de la lutte contre le changement climatique

A la COP24, le chef de l’ONU a souligné que l’action pour le climat doit se traduire par un financement adéquat. « Nous avons besoin de mobiliser des ressources et d’investir de concert pour lutter efficacement contre le changement climatique », a déclaré M. Guterres aux Etats membres.

Les trois quarts des infrastructures nécessaires pour agir dans le domaine du climat à l’horizon 2050 restent à construire. Le Secrétaire général a insisté sur la nécessité de concentrer les efforts sur cinq domaines économiques clés : l’énergie, les villes, l’utilisation des sols, l’eau et l’industrie.

« Les gouvernements et les investisseurs doivent miser sur l’économie verte », expliqué M. Guterres, soulignant la nécessité d’adopter une tarification du carbone (facturer les producteurs de CO2 pour leurs émissions), d’éliminer les subventions aux combustibles fossiles et d’investir dans des technologies propres.

« Cela signifie également une transition équitable pour les travailleurs des secteurs traditionnels confrontés à des perturbations, notamment par le biais de la reconversion et des filets de sécurité sociale », a-t-il déclaré. « Nous avons également la responsabilité collective d'aider les communautés et les pays les plus vulnérables - tels que petits pays insulaires et les pays les moins avancés - en appuyant l’adaptation et la résilience ».

En 2015, 18 pays à revenu élevé se sont engagés à fournir 100 milliards de dollars par an, d'ici 2020, aux pays à faible revenu pour soutenir leurs actions en faveur du climat. M. Guterres a exhorté les pays développés à tenir cet engagement.

Il a également exhorté les États membres « à mettre rapidement en œuvre la reconstitution du Fonds vert pour le climat ». « C'est un investissement dans un avenir plus sûr et moins coûteux », a-t-il dit.

4. L’action pour le climat est pertinente sur le plan économique et social

A Katowice, le chef de l’ONU a expliqué qu’une action décisive aujourd’hui en faveur du climat est l’occasion de construire un avenir meilleur pour tous, regrettant qu’une telle action soit trop souvent perçue « comme un fardeau ».

Le Secrétaire général a félicité la société civile et le monde des affaires du monde entier pour avoir choisi d’aller de l’avant. « Ce dont nous avons besoin, c’est d’une volonté politique accrue et d’un leadership plus clairvoyant. C’est le défi sur lequel les dirigeants de cette génération seront jugés », a-t-il dit.

Selon le dernier rapport sur la nouvelle économie du climat, une action ambitieuse en faveur du climat pourrait créer 65 millions d'emplois et un gain économique direct de 26.000 milliards de dollars en comparaison a un statu quo au cours des 12 prochaines années. M. Guterres a souligné la nécessité de veiller à ce que cette transformation économique soit menée avec un engagement en faveur de l'égalité des sexes et de l'inclusion des jeunes.

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