Les zones forestières augmentent dans la région Méditerranée mais sont de plus en plus menacées (FAO)

27 novembre 2018

Entre 2010 et 2015, les zones forestières ont augmenté de 2% dans la région Méditerranée, soit 1,8 million d’hectares supplémentaires, ce qui représente à peu près la superficie de la Slovénie indique un nouveau rapport de la FAO et du Centre d’activités régionales du Plan d’action pour la Méditerranée (Plan Bleu). 

Le rapport intitulé La situation des forêts en Méditerranée indique que, dans cette région, les forêts ont connu une forte dégradation et sont de plus en plus menacées par le changement climatique, la croissance démographique, les feux de forêts et les pénuries d’eau.

« Les forêts de la Méditerranée ont depuis longtemps appris à s’adapter aux pressions induites par le développement humain. Mais ces pressions n’ont jamais été aussi extrêmes que maintenant », a indiqué Hiroto Mitsugi, Sous-Directeur général de la FAO en charge du Département des forêts.

« A moins d’en faire plus pour lutter contre la dégradation des forêts, plus de 500 millions de personnes à travers 31 pays et trois continents seront bientôt confrontées à des problèmes économiques, sociaux et environnementaux », a ajouté M. Mitsugi. 

Plus de 500 millions de personnes à travers 31 pays et trois continents seront bientôt confrontées à des problèmes économiques, sociaux et environnementaux - Hiroto Mitsugi, Sous-Directeur général de la FAO pour les forêts

« Alors que les modes de vie changent rapidement, que ce soit au niveau climatique ou sociétal dans la région Méditerranée, les forêts et les solutions se basant sur les arbres sont indispensables afin de maintenir la durabilité de la région dans son ensemble, avec l’idée d’avoir un impact bien au-delà des zones forestières », a indiqué Elen Lemaitre-Curri, Directrice de Plan Bleu.

Les forêts en amont, l’agroforesterie, les arbres et les parcs en zone urbaine aident à préserver les services écosystémiques, à réduire la dégradation des sols et facilitent la transition vers une économie verte, végétale, circulaire, socialement équitable, à faible intensité de carbone et prônant également une utilisation plus rationnelle des ressources. Atteindre cet objectif requerra d’utiliser un large éventail d’instruments, dont des approches participatives, des partenariats et des instruments économiques relativement innovants, a-t-elle ajouté.

Les facteurs qui ont conduit à la dégradation des forêts de la Méditerranée

La dégradation des forêts dans le Nord de la région Méditerranée est principalement due à l’abandon des terres et aux feux, tandis que les forêts situées dans le Sud-Est doivent faire face aux répercussions du surpâturage, de la pression démographique et de la surexploitation du bois de chauffage.

Le changement climatique demeure l’une des menaces les plus importantes pour toutes les forêts de la Méditerranée. La hausse des températures, les pluies irrégulières et les périodes de sécheresse prolongée devraient avoir pour effet de fortement altérer le couvert et la répartition des forêts et des arbres pendant les années à venir.

Par exemple, lorsque les arbres tentent de résister aux sécheresses, ils se vident de leur stock de carbone et produisent moins de glucides et de résines qui sont essentiels pour leur santé.

Cette situation a eu pour effet de voir dépérir les chênes, pins, épicéas et hêtres en Espagne, en France, en Italie et en Grèce. En Algérie, les cèdres de l’Atlas connaissent également le même sort.

La population de la Méditerranée a doublé entre 1960 et 2015 pour atteindre 537 millions de personnes et devrait augmenter de nouveau pour atteindre les 670 millions de personnes d’ici 2050. Alors que la situation démographique a très peu changé dans le Nord, la croissance rapide de la population dans le Sud-Est a conduit à une exploitation excessive des ressources naturelles.

Les feux de forêts demeurent une menace importante. Bien que le nombre de feux ait diminué dans le Nord et le Nord-Est ces dernières années, le nombre de grands feux (affectant plus de 500 hectares) a augmenté. Selon le rapport, cette tendance – soit moins des feux mais des feux de plus grande ampleur – est appelée à continuer.

Les pénuries d’eau et l’érosion des sols sont particulièrement néfastes pour les forêts de la Méditerranée, car les sols s’affinent et s’appauvrissent davantage au fil du temps par rapport à d’autres régions.

88 millions d’hectares, soit la superficie de la France et de l’Italie

La région Méditerranée est l’endroit renfermant la deuxième plus grande concentration de biodiversité au monde, mais alors que les forêts font face à de plus en plus de pressions, les animaux et les plantes ne sont pas épargnés.

Les forêts abritent trois quarts des espèces mammifères terrestres présentes dans toute la région Méditerranée, près de la moitié des espèces vertébrées de la région, environ trois quarts des insectes terrestres et plus d’un quart des espèces de plantes supérieures.

Les forêts en Espagne, en Italie, en Grèce, en Turquie et au Maroc détiennent le record du nombre d’espèces menacées (26 pour cent en Espagne, 24 en Italie, 21 en Grèce, 17 en Turquie et 15 au Maroc).

Les forêts de la région sont également riches en champignons. Néanmoins, ces derniers connaissent une diminution progressive en raison des coupes à blanc et de la récolte de bois.

Les zones forestières des pays méditerranéens représentent près de 88 millions d’hectares – soit la superficie de la France et de l’Italie réunies ou encore l’équivalent de deux pour cent de la zone forestière mondiale. Plus de 400 000 hectares de forêts sont brûlés chaque année. Au moins 339 espèces de plantes et animaux vivant dans les forêts de la région Méditerranée sont menacés d’extinction, soit 16%.                                                                                                 

Des solutions pour lutter contre la dégradation des forêts 

Le rapport invite les pays à intensifier leurs efforts visant à accroître la restauration des forêts et des paysages. En particulier, il recommande notamment d’affiner et planter des espèces d’arbres mixtes afin de réduire l’impact des sécheresses.

Le document préconise aussi de mettre en place de nouvelles politiques de lutte contre les feux de forêts, capables non seulement de maîtriser les feux mais aussi de gérer la végétation de manière préventive avec également des activités de préparation et de restauration.

Parmi les autres recommandations figurent la mise en place d’une stratégie forestière régionale et des politiques communes et l’augmentation de la superficie des forêts, des parcs et des potagers en zone urbain, ainsi que la création de partenariats solides entre le secteur public et privé afin de gérer les forêts.

Selon la FAO, les forêts de la Méditerranée représentent une source de bois, de nourriture, d’énergie, de médicaments et d’eau et fournissent un vaste éventail de biens, services et opportunités – cela va des panneaux au papier en passant par le liège, les champignons, les truffes, le miel, les pignons de pins, sans oublier les services liés au tourisme et à l’emploi. Les forêts aident à purifier notre air, protègent nos sols et notre eau et contribuent à la régulation de notre climat.

 

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