L’ONU condamne la recrudescence des violences au Cameroun

20 novembre 2018

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme condamne la recrudescence de la violence dans les régions du sud-ouest et du nord-ouest du Cameroun.

« Nous condamnons fermement les violations des droits de l'homme et les exactions commises contre les populations des régions du nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun », a déclaré Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat, lors d’une point de presse organisé mardi à Genève.

« Nous sommes profondément préoccupés par la recrudescence de la violence dans les régions du sud-ouest et du nord-ouest du Cameroun, car nous continuons de recevoir des informations faisant état d'enlèvements et d'assassinats par des groupes armés, ainsi que d'exécutions extrajudiciaires par les forces armées de l'État », a-t-elle ajouté.

Nous condamnons fermement les violations des droits de l'homme et les exactions commises contre les populations - Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat

Ravina Shamdasani a fait valoir qu’outre l'enlèvement très médiatisé et la libération ultérieure de 78 étudiants et de trois membres du personnel d’une école secondaire presbytérienne de Bamenda, dans le nord-ouest du pays, le Haut-Commissariat reçoit régulièrement des informations faisant état d'enlèvements, qui auraient été commis par des groupes sécessionnistes armés.

Au cours des deux dernières semaines, le Bureau des droits de l’homme indique avoir reçu des informations faisant état d'enlèvements de huit élèves et d'un responsable d'école à Kumba, dans le sud-ouest du pays, et d'au moins 13 religieuses près de la localité de Bamessing, dans le nord-ouest du pays.

« Ils ont tous été libérés par la suite, après que des parents ont payé des rançons et que le diocèse catholique de Kumba est intervenu », a précisé la porte-parole.

Demande réitérée d’une mission d’évaluation

Le Haut-Commissariat réitère sa volonté de travailler avec le gouvernement du Cameroun, y compris par le biais d'une mission d'évaluation dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du pays.

« Cela nous permettra de pouvoir examiner directement la situation des droits de l'homme et de discuter avec le gouvernement en conséquence des moyens de remédier à la situation », a dit la porte-parole.

« Nous exhortons le gouvernement à respecter et à protéger les droits de tous, à donner suite aux griefs de longue date des communautés de ces régions, y compris par le dialogue, à enquêter rapidement sur tous les cas de violations impliquant apparemment ses forces de sécurité et de défense, et à en tenir les auteurs responsables », a-t-elle ajouté.

Ravina Shamdasani a également indiqué que ces derniers mois, les forces armées camerounaises auraient procédé à plusieurs exécutions extrajudiciaires dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest.

La population de ces régions vit dans la peur et se trouve dans l'impossibilité d'accéder à ses droits fondamentaux - Ravina Shamdasani, porte-parole du HCDH

« Le 20 octobre, dans le village de Rom, dans le nord-ouest de Nwa, les forces de sécurité auraient tué quatre villageois lors d'un affrontement avec des groupes armés sécessionnistes, tandis que le 24 septembre, deux hommes soupçonnés d'être des combattants sécessionnistes auraient été tués sur place », a-t-elle affirmé, ajoutant qu’il y avait eu de nombreux rapports de ce type au cours des mois précédents.

« Nous exhortons toutes les parties à s'abstenir d'actes de violence qui, depuis plus d'un an, font que la population de ces régions vit dans la peur et se trouve dans l'impossibilité d'accéder à ses droits fondamentaux », a-t-elle affirmé.

La porte-parole a également mentionné le fait que son Bureau a reçu des informations selon lesquelles des groupes sécessionnistes armés auraient attaqué des écoles et détruit des bâtiments d’école, ce qui, ajouté aux inquiétants enlèvements, a empêché de nombreux enfants d’exercer leur droit à l’éducation depuis le début des violences en octobre dernier. Des informations font également état d'enlèvements et de meurtres de policiers et d'autorités administratives.

Ce qui avait commencé comme des manifestations en octobre 2016 dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest contre la discrimination structurelle a dégénéré en violence en 2017, et la situation s'est considérablement aggravée depuis. Les violences ont entraîné des déplacements internes massifs : au moins 436.000 personnes seraient déplacées, alors que plus de 30.000 se sont réfugiées au Nigéria depuis septembre dernier.