Sensibilisation aux antibiotiques : la FAO appelle les agriculteurs à améliorer l’hygiène de leurs fermes

14 novembre 2018

Les agriculteurs sont essentiels si l'on veut endiguer la propagation de la résistance aux antimicrobiens et notamment celle des pathogènes à l'origine des maladies estime la FAO. Ils peuvent contribuer de manière décisive en adoptant de bonnes pratiques alimentaires dans leurs  activités agricoles souligne l'Agence alors que la communauté internationale célèbre la semaine mondiale de sensibilisation aux antibiotiques.

«Lutter contre la résistance aux antimicrobiens nous concerne tous. On compte plus de 7 milliards de consommateurs à travers le monde et la salubrité et la qualité des aliments sont indispensables en vue de réaliser la plupart des 17 Objectifs de développement durable.», a déclaré M. Bukar Tijani, Sous-Directeur général de la FAO.

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), utiliser des médicaments antimicrobiens de manière responsable n'est pas seulement un problème de santé humaine. Les antimicrobiens sont également largement utilisés chez les animaux domestiques et dans les exploitations piscicoles et parfois même saupoudrés sur les cultures et fruits afin de lutter contre les infections qui affectent les animaux et les plantes destinés à la consommation humaine.

Lutter contre la résistance aux antimicrobiens nous concerne tous - Bukar Tijani, Sous-Directeur général de la FAO

Ces médicaments vitaux sont parfois ajoutés à la nourriture des animaux, même lorsque ces derniers sont en bonne santé, afin de prévenir d'éventuelles infections et de leur faire prendre du poids plus rapidement.

Cette situation pose de nombreux problèmes et a conduit la FAO à demander aux agriculteurs d'abandonner ces pratiques et à en adopter de meilleures, plus hygiéniques, afin de prévenir les infections et de prolonger la durée de vie des antimicrobiens, une ressource essentielle.

La mauvaise utilisation des médicaments antimicrobiens, tels que les antibiotiques, au niveau de la santé animale et humaine a eu pour effet de faire croître le nombre de microbes responsables des maladies et résistants à ces traitements, contribuant ainsi à la résistance aux antimicrobiens (RAM) qui rend finalement les antimicrobiens inutiles pour traiter certaines infections.

Cela signifie que les maladies affectant les humains ou les animaux (ou bien les deux) et pouvant entraîner de graves pertes économiques pour les agriculteurs - sont plus difficiles, parfois impossibles et généralement plus chères à traiter.

Les agriculteurs, en première ligne du combat

«Lorsque nous utilisons trop d'antimicrobiens dans les exploitations, nous contribuons à la propagation de la RAM car les agents pathogènes résistants se déplacent dans l'environnement par le biais des déchets animaux et du ruissellement agricole», a précisé le Dr. Juan Lubroth, Vétérinaire en chef à la FAO.

«Ils peuvent contaminer nos systèmes alimentaires et nos chaînes de commercialisation, se déplaçant des champs vers les écuries pour finir dans nos assiettes», a-t-il souligné. M. Lubroth a qualifié les agriculteurs «de combattants de premier plan» dans la lutte contre la propagation de la RAM.

«Il existe quelques mesures simples que les agriculteurs peuvent adopter pour changer la donne», a-t-il indiqué, ajoutant que le fait de renforcer les mesures de prévention contre d'éventuelles infections requérait des investissements et qu'une agriculture plus écologique pouvait également apporter de meilleurs profits.

Adopter une meilleure hygiène au niveau de la ferme, se renseigner auprès du vétérinaire avant d'acheter et d'utiliser des antimicrobiens et échanger ses impressions avec les voisins afin de propager de meilleures pratiques font également partie de ces mesures. Il a également souligné le rôle que les agriculteurs doivent jouer en exigeant une nourriture de qualité pour leurs animaux, sans antibiotiques ou autres antimicrobiens.

Une menace grandissante

Chaque minute qui passe une personne meurt d'une infection résistante aux médicaments et, sans une action à l‘échelle mondiale, ce nombre ne cessera d'augmenter. D'ici 2050, la menace de la RAM devrait coûter à l'économie mondiale près de 6 trillions de dollars chaque année.

La RAM a également de graves conséquences au niveau de la salubrité alimentaire, de la sécurité alimentaire et des moyens d'existence de millions de ménages agricoles à travers la planète qui peuvent difficilement se permettre des pertes liées à la production, les frais de traitement d'animaux malades ou encore la perte de leur bétail.

«Si nous devons nourrir une population en hausse, tout en faisant bon usage des antimicrobiens, nous devons investir dans nos agriculteurs et dans les systèmes de production alimentaire afin de s'orienter vers des pratiques agricoles plus durables», a indiqué M. Lubroth. 

La FAO travaille à l'échelon mondial afin d'aider les gouvernements, les autorités agricoles, celles spécialisées dans la santé animale et les producteurs de bétail à renforcer leur capacité en vue de lutter contre la RAM, avec l'aide de l'Agence américaine pour le développement international (USAID), le Ministère russe de la santé, l'Agence norvégienne de coopération au développement, le Fonds britannique Fleming, ainsi que la Chine, les Pays-Bas, la Norvège et la Suède.

 

 

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