Yémen : la cheffe des droits de l’homme exhorte les États à user de leur influence et mettre fin à la famine et au meurtre de civils

10 novembre 2018

La coalition dirigée par l'Arabie saoudite, les forces houthies et tous ceux qui fournissent des armes aux parties au conflit au Yémen doivent prendre des mesures immédiates pour mettre fin aux souffrances des civils, a exhorté samedi la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet.

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet.

« La coalition saoudienne, les forces pro-Hadi, les forces houthies, et ceux qui fournissent des armes ou tout autre soutien aux parties au conflit, ont toutes le pouvoir ou l’influence nécessaires pour faire cesser la famine et le meurtre de civils, et donner un peu de répit au peuple yéménite », a déclaré Mme Bachelet dans un communiqué.

La cheffe des droits de l’homme de l’ONU a exprimé son indignation devant le "bilan inconcevable" de l'escalade des hostilités à Hodeidah qui s'attaque à une population déjà "profondément effrayée et affamée" au Yémen. 

Même les guerres sont régies par la loi

« Les violations commises par une partie au conflit ne donnent pas carte blanche aux autres pour riposter à tout prix. Même les guerres sont régies par la loi. Toutes les parties au conflit sont tenues de respecter le droit international humanitaire et le droit relatif aux droits de l'homme, le cas échéant », a souligné la Haut-Commissaire.

Tous les États ont l'obligation de prendre des mesures pour garantir le respect des Conventions de Genève par les parties en conflit. Conditionner, limiter ou refuser les transferts d’armes est une mesure.

« Je rappelle également aux États que les Conventions de Genève stipulent que tous les États, y compris ceux qui ne sont pas impliqués dans un conflit armé, ont l'obligation de prendre des mesures pour garantir le respect de ces conventions par les parties en conflit. Conditionner, limiter ou refuser les transferts d’armes est une mesure », a ajouté Mme Bachelet.

Selon les informations reçues par le Bureau des droits de l’homme des Nations Unies (HCDH), au moins 110 frappes aériennes ont été menées à Hodeidah, Sa’ada et San’a entre le 31 octobre et le 6 novembre, avec une intensification accrue depuis. 

Les avions de la coalition planent au-dessus de la ville de Hodeidah à basse altitude depuis jeudi matin, alors que les forces houthies tirent des missiles anti-aériens et des mortiers et que les affrontements violents se poursuivent dans les rues. 

La mort d’au moins 23 civils a été confirmé à Hodeidah depuis le 24 octobre, mais le nombre de victimes pourrait être bien plus élevé. 

Depuis début juin, quelques 445.000 personnes ont été déplacées à Hodeidah.

Le sort de 900 détenus dans la prison centrale et de six centres de détention provisoire à Hodeidah suscite également de vives inquiétudes. 

La prison centrale a été touchée lundi matin par deux obus de mortier, blessant cinq personnes et coupant l'électricité et l'eau à la prison. 

Des affrontements armés auraient également lieu très près de l’hôpital principal Al Thawra dans la ville portuaire.

Faciliter l'accès aux secours humanitaires 

La Haut Commissaire a appelé à la cessation immédiate de l'escalade militaire, qui risque également d'aggraver l'insécurité alimentaire catastrophique qui frappe quelque 14 millions de personnes à travers le pays. 

Elle a exhorté la coalition dirigée par les Saoudiens à lever immédiatement les restrictions à l'entrée rapide et en toute sécurité des fournitures humanitaires indispensables et d'autres biens au Yémen.

« Les parties au conflit doivent permettre le passage gratuit, régulier et sans entrave de nourriture et d'autres secours humanitaires et ne doivent pas prendre des mesures qui priveraient les civils de leurs droits à la nourriture et à la santé », a déclaré Mme Bachelet.

« J'appelle toutes les personnes impliquées ou influentes dans le conflit à faciliter l'accès aux secours humanitaires dont la population du Yémen a désespérément besoin », a conclu  la cheffe des droits de l’homme de l’ONU.

 

Le Directeur régional de l'UNICEF pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Geert Cappelaere, surveille l'arrivée de l'aide humanitaire dans le port de Hodeïda, au Yémen et le chargement de camions. 1er novembre 2018.
© UNICEF/Ahmed Abdulhaleem
Le Directeur régional de l'UNICEF pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Geert Cappelaere, surveille l'arrivée de l'aide humanitaire dans le port de Hodeïda, au Yémen et le chargement de camions. 1er novembre 2018.

 

Selon les données communiqués par le Bureau des droits de l'homme des Nations Unies 17.640 civils ont été tués au Yémen, dont 6 872 morts et 10 768 blessés, entre le 26 mars 2015 et le 8 novembre 2018, la majorité suite aux frappes aériennes menées par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite.

 

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