Myanmar : craignant de nouveaux abus, une experte de l'ONU plaide pour l’arrêt du retour des Rohingyas 

7 novembre 2018

Une experte des droits de l'homme des Nations Unies a imploré mercredi le Bangladesh de suspendre les préparatifs du rapatriement des réfugiés rohingyas dans l'État de Rakhine ce mois-ci, affirmant que le gouvernement du Myanmar n'avait pas fourni la garantie que les réfugiés ne subiraient pas les mêmes persécutions ni les mêmes violences.

« Je n'ai vu aucune preuve montrant que le gouvernement du Myanmar prend des mesures concrètes et visibles pour créer un environnement dans lequel les Rohingyas puissent retourner dans leur lieu d'origine et y vivre en toute sécurité avec leurs droits fondamentaux garantis », a déclaré Yanghee Lee, Rapporteure spéciale sur la situation des droits de l'homme au Myanmar.

En décembre 2017, les gouvernements du Bangladesh et du Myanmar ont convenu d'un plan de rapatriement et ont annoncé qu'ils entameraient le processus de renvoi de centaines de Rohingyas des camps de réfugiés du Bangladesh à partir de la mi-novembre.

Tout retour avant que les causes profondes de la crise ne soient traitées est hautement prématuré et injuste - Yanghee Lee, experte des droits de l'homme.

Yanghee Lee a répété à maintes reprises que tout retour avant que les causes profondes de la crise ne soient traitées est très prématuré et injuste.

Elle a reçu des informations crédibles provenant de réfugiés du camp de Cox's Bazar qui déclarent craindre que leur nom ne figure sur la liste des personnes à rapatrier, ce qui est source de détresse et d’angoisse.

« Non seulement les Rohingyas ont été confrontés à des violences horribles commises en toute impunité par les forces de sécurité en 2016 et 2017, mais ils ont fait l'objet de discriminations systématiques et de persécutions qui durent depuis des décennies au Myanmar », a déclaré la Rapporteure spéciale.

La décision de retourner appartient aux réfugiés

Yanghee Lee a répété que les réfugiés devaient avoir la possibilité de participer au processus, car c’est à eux seuls de décider de retourner au Myanmar. 

« Tout retour dans les conditions actuelles où le risque de persécution est élevé peut violer les obligations du droit international coutumier consistant à respecter le principe de non-refoulement », a-t-elle ajouté.

Le gouvernement du Myanmar aurait développé la région d'où les Rohingyas ont fui, mais la construction d'infrastructures pour loger les rapatriés ne résout pas ces problèmes, a souligné la Rapporteure spéciale. « Vivre en sécurité et dans la dignité inclut le droit à la citoyenneté, à la liberté de circulation et à l'accès aux services, à la santé, à l'éducation et aux moyens de subsistance », a-t-elle dit.

«J'exhorte les gouvernements du Bangladesh et du Myanmar à mettre fin à ces plans précipités de rapatriement, à assurer la protection des réfugiés rohingyas et à respecter leurs obligations internationales en matière de droits de l'homme et de droit des réfugiés afin de garantir que tout retour soit sûr, durable, volontaire et digne », a-t-elle ajouté.