Le Yémen est un « enfer sur terre » pour les enfants, alerte l’UNICEF

4 novembre 2018

30.000 enfants meurent chaque année au Yémen de malnutrition, a alerté dimanche le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

Le 26 octobre, le monde découvrait avec bouleversement la couverture du New York Times. Le quotidien américain avait publié une photographie d’Amal, une fillette yéménite de sept ans au corps émacié par la malnutrition.

Amal est décédée dans le nord du Yémen moins d’une semaine après la publication de sa photo dans la presse.

« Malheureusement, Amal n'est pas le seul enfant yéménite à subir ce sort », a déclaré Geert Cappelaere, le Directeur de l'UNICEF pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord lors d’une conférence de presse à Amman, en Jordanie.

« Au Yémen, 30.000 enfants meurent chaque année de malnutrition. Il n'y a pas une seule Amal - il y a plusieurs milliers d'Amals », a souligné M. Cappelaere de retour d’une mission dans ce pays du sud-ouest de la péninsule arabique ravagé par une guerre civile depuis plus de trois ans.

Pour l’UNICEF, le Yémen est actuellement un enfer pour les enfants. « C’est un enfer sur terre pour 50% à 60% des enfants. Un enfer pour chaque garçon et chaque fille », a déploré M. Cappelaere.

1,8 million d'enfants yéménites souffrent aujourd’hui de malnutrition aiguë.  Chaque jour, 400.000 enfants souffrent d’une forme grave de malnutrition aiguë sévère. 40% d’entre eux vivent à Hodeïda et dans les gouvernorats voisins, où la guerre fait rage.

Pour l’UNICEF, c'est tout « un cercle vicieux » qui affecte la santé de la population yéménite.

1,1 million de femmes enceintes ou allaitantes sont anémiques. En accouchant, ces femmes savent que leurs enfants auront un faible poids à la naissance, ce qui amorcera ce cycle de malnutrition et conduira à la malnutrition chronique et à toutes les conséquences sur la santé de ces garçons et de ces filles.

La malnutrition chronique, qui touche la moitié des enfants de moins de 5 ans du pays, a un impact extrêmement important sur le développement de leurs cerveaux. Tous ces enfants ne développeront jamais pleinement leur potentiel intellectuel.

Toutes les 10 minutes, un enfant meurt de maladies facilement évitables 

Les niveaux de vaccination au Yémen ont considérablement diminué depuis le début de la guerre en 2015. « Même avant la guerre, les niveaux de vaccination n'étaient déjà pas très bons. Ils sont tombés plus bas », a expliqué M. Cappelaere.

Les campagnes d’immunisation à l’échelle nationale étant inexistantes, des épidémies de rougeole et de diphtérie sont apparues avec des conséquences fatales sur les enfants.

« Au Yémen, aujourd’hui, toutes les 10 minutes, un enfant meurt de maladies qui peuvent être facilement évitées. Malheureusement, la situation étant catastrophique et extrêmement grave, la situation ne fait que s'aggraver », a déploré le responsable de l’UNICEF.

Les fruits et légumes hors de prix – la question de manger de la viande et du poisson ne se pose plus

La guerre au Yémen s’est accompagnée d’une crise économique qui rend les produits de base de moins en moins abordables pour la majorité de la population.

Dans le cadre de son programme de transferts monétaires d'urgence, l'UNICEF fournit de « très petites sommes d'argent » à 1,5 million de familles les plus vulnérables et les plus pauvres du Yémen.

« Ces familles nous ont dit que les produits essentiels - acheter des fruits et des légumes – leur sont hors de portée. Non pas parce que les fruits et légumes frais ne sont pas disponibles sur le marché, mais parce qu'ils sont inabordables », a expliqué M. Cappelaere.

« Nous sommes allés sur la route reliant Sanaa à Hodeida, où l’on trouve des fruits et des légumes, mais qui ne sont pas abordables. Et la viande et le poisson pour les familles les plus vulnérables ne sont plus une option. Ainsi, vous pouvez facilement comprendre pourquoi nous avons une telle malnutrition ».

Au Yémen, même boire de l’eau est inabordable pour de nombreuses familles. L’eau devient rare et doit être pompée via des trous de forage – certains d’une profondeur maximale de 1,5 kilomètre - dans de nombreuses régions du pays.

L’UNICEF poursuit son action humanitaire mais ne peut pas arrêter la guerre

En l'absence de toute solution à la crise économique ou en l'absence d'un accord de paix, l’UNICEF appelle à poursuivre l’action humanitaire.

L'agence onusienne a annoncé qu’elle versera de l’argent aux enseignants afin que ces derniers obtiennent un peu de compensation pour leur travail continu en l’absence de salaire. Le Fonds explore la même piste pour les travailleurs de la santé également privés de leur salaire ainsi que pour les travailleurs des secteurs essentiel tels que l’eau et l’assainissement.

« Nous demandons aux parties au conflit de veiller à ce que l'assistance humanitaire et la protection de la population puissent se poursuivre sans condition, et que les nombreux obstacles auxquels nos équipes sont confrontées quotidiennement, imposés par les autorités des deux côtés, doivent être résolus, retirés immédiatement », a dit le Directeur régional. « Notre demande à la communauté internationale est de continuer à être généreux envers le peuple yéménite, envers les enfants yéménites ».

« Mais ce que l’UNICEF ne peut pas faire, c’est arrêter la guerre », a déclaré M. Cappelaere. « Nous appelons toutes les parties au conflit à se réunir sous le leadership de l'Envoyé spécial, Martin Griffiths, et à se mettre d'accord sur un cessez-le-feu et un chemin vers la paix au Yémen ».

 

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