Un duo de musiciens syriens réfugiés en France apprend à des écoliers à rapper

31 octobre 2018

Comment intéresser les adolescents à ce qui se passe dans le monde ? Deux musiciens réfugiés syriens ont trouvé une solution :  faites-leur raconter des histoires en utilisant du hip-hop et du rap. Les frères rappeurs Yaser et Mohamed Jamous faisaient partie de réfugiés qui ont récemment visité des écoles en Normandie, dans l'ouest de la France.

Pendant une semaine, ces écoles ont accueilli des réfugiés d'Iraq, du Soudan, d'Iran, de Syrie et d'autres pays pour raconter leur histoire et montrer leur culture, leurs compétences et leurs talents. Ils comprenaient des chefs, des musiciens, des journalistes, des agriculteurs et des architectes.

Yaser et Mohamed ont formé le duo Refugees of Rap en 2007 à Yarmouk, une banlieue de Damas peuplée de réfugiés palestiniens. Leurs paroles parlent de la vie et des conflits en Syrie. Ils ont été forcés de fuir leur pays d'origine en 2013 et ont obtenu le statut de réfugié en France au cours de cette année.

Ils ont organisé un atelier de rap et de hip-hop au collège de la ville de Trévières, afin d’enseigner aux élèves comment composer du rap sur les thèmes de l’exil et de la liberté d’expression. Ces activités visaient à sensibiliser les élèves aux réfugiés et aux déplacements forcés dans le cadre d’un partenariat entre l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le Prix Bayeux-Calvados pour les correspondants de guerre.

© UNHCR/Benjamin Loyseau
France. Des lycéens accueillent des réfugiés. Ici les rappeurs syriens Yaser et Mohamed Jamous

Avec la musique, nous pouvons nous connecter à l'énergie de la jeunesse

« Les adolescents âgés de 13 à 18 ans ne sont pas intéressés à savoir, par les médias sociaux, ce qui se passe ailleurs dans le monde, pourquoi il y a une crise de réfugiés et pourquoi il y a des guerres », a déclaré Yaser. « Avec la musique, pas seulement le rap, je pense que nous pouvons nous connecter à l'énergie de la jeunesse ».

Selon Mohamed, « il est important pour nous de parler à des adolescents, à des étudiants en général, pour leur expliquer ce qui se passe en Syrie, pourquoi certains réfugiés sont partis et pourquoi il y a eu une crise de réfugiés il y a deux ans. En même temps, nous pouvons leur montrer que, grâce à l’art et à la musique, nous pouvons résister, nous pouvons nous exprimer et partager un message pacifique ». 

Après le déjeuner à la cantine de l'école préparée par Maryam Hani, une réfugiée iraquienne vivant dans le nord de la France, les élèves ont eu la possibilité de participer à un atelier de rap dans l'après-midi. Un peu timides au début, ils ont vite été intrigués et ont fini par rivaliser pour présenter leurs propres arrangements de rap. 

C’est incroyable qu’ils puissent garder le sourire après tout ce qu’ils ont traversé - Maeve, 14 ans 

« C’est formidable de pouvoir rencontrer des gens comme eux, des personnes qui ont fui leur pays et peuvent pourtant nous dire calmement ce qui leur est arrivé », a déclaré Maeve, âgée de 14 ans. « C’est incroyable qu’ils puissent garder le sourire après tout ce qu’ils ont traversé ».

Les professeurs étaient enthousiastes à propos de l'atelier de rap. « C’est vrai que les élèves voient beaucoup de choses à la télévision et entendent beaucoup parler des migrants et des réfugiés », a déclaré Isabelle Boisset-Vinault, professeure d’histoire et de géographie. « En accueillant des réfugiés, nous avons voulu qu’ils comprennent la différence (entre réfugiés et migrants) et qu’ils encouragent une plus grande tolérance, car ils risquent de ne pas rencontrer beaucoup de réfugiés et de migrants ici à la campagne ».

 

Fin novembre, Yaser et Mohamed sortiront leur troisième album.  Cependant, le parcours de Yaser et Mohamed était loin d'être facile.

« Recommencer avec un public français et européen n'a pas été facile, car nous rappons en arabe et il est important que les gens comprennent les mots », a déclaré Mohamed.  « Les gens de ce groupe d'âge sont l'avenir et peut-être pourront-ils apporter des changements. Je l’espère bien, en tout cas. Il s’agit aussi de sensibiliser à la lutte pour la liberté d’expression car en Occident, y compris en France, la liberté d’expression est précieuse et parfois, les gens ne le réalisent pas ».

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