Affaire Khashoggi : « une enquête internationale apporterait un élément de légitimité » - Experte de l'ONU

26 octobre 2018

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Agnès Callamard, a souligné jeudi qu’une « enquête internationale est nécessaire » pour établir les circonstances de la disparition et de la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Pour Mme Callamard, la mort de Jamal Khashoggi comporte toutes les marques d’une exécution extrajudiciaire.

Jamal Khashoggi a été vu pour la dernière fois le 2 octobre à Istanbul, en Turquie, avant son entrée au Consulat d’Arabie saoudite « Une institution qui appartient à l’Etat d’Arabie saoudite. Les personnes impliquées, présentes au moment de sa disparition étaient des représentants de l’Etat, dont le Consul lui-même et des employées du Consulat », a précisé le Rapporteur spécial dans un entretien accordé à ONU Info.

Depuis son entrée dans le Consulat d'Arabie saoudite, personne n’a revu Jamal Khashoggi. Le 19 octobre, le gouvernement saoudien a confirmé la mort du journaliste.

« Plusieurs jours après, nous avons appris que d’autres représentants de l’Etat étaient présents au moment de la disparition de M. Khashoggi (…) Et il y a quelques jours, le gouvernement saoudien a en effet confirmé que des représentants assez hauts-placés du gouvernement étaient impliqués dans la disparition de M. Khashoggi et ensuite dans son exécution », a rappelé l’experte onusienne pour qui « tous ces éléments sont constitutifs du crime d’exécution extrajudiciaire ».

Après la confirmation du décès, le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, et la Directrice générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Audrey Azoulay, ont appelé à diligenter une « enquête approfondie » sur les circonstances du décès du journaliste saoudien.

Pour Mme Callamard et le Rapporteur spécial pour la promotion et la protection de la liberté d’opinion et expression, David Kaye, l’enquête doit avant tout être internationale.

« Une enquête approfondie est en effet nécessaire », a reconnu l’experte, qui ne doute pas des « capacités techniques » de la Turquie ou l’Arabie Saoudite à mener à bien une enquête. « La Turquie a démontré de façon très claire qu’elle a les capacités de procéder à cette enquête. Donc la profondeur de l’enquête n’est pas remise en cause », a-t-elle dit. « Ce qui est questionnable, c’est l’indépendance de cette enquête et selon David Kaye et moi-même, une enquête internationale apporterait un élément de légitimité, de validation qu’une enquête turque ou une enquête saoudienne ne peut pas procurer à la communauté internationale », a-t-elle expliqué, évoquant plusieurs raisons, notamment le fait que les deux États « font partie d’un ensemble géostratégique et diplomatique ».

Mme Callamard a souligné que pendant presque 15 jours les autorités saoudiennes ont nié la disparition du journaliste et l’implication de Saoudiens ou du gouvernement. « Pendant 15 jours, le gouvernement a manqué à ses obligations en matière de droits de l’homme, dont l’enquête est une partie particulièrement importante pour la réalisation et la protection des droits », a-t-elle dit.

« Cela fait 15 jours, si ce n’est plus, que l’affaire se déroule devant les caméras du monde entier et qu’il y a des intérêts, des jeux diplomatiques, politiques qui ont lieu », a déclaré le Rapporteur spécial. « Donc pour toutes ces raisons nous demandons qu’une enquête internationale soit diligentée ».

Pour l’experte onusienne des droits de l’homme, l’enquête doit disposer d’un mandat « qui lui serait donné soit par le Secrétaire général, soit par le Conseil de sécurité, soit par le Conseil des droits de l’homme ».

« Il s’agirait d’un groupe d’experts qui auraient les capacités nécessaires pour revoir et valider les preuves qu’ont déjà collecté les enquêteurs turcs ou les enquêteurs saoudiens », a expliqué Mme Callamard. « Donc l’idée n’est pas de remplacer ces enquêtes. L’idée est de leur donner une légitimité et une validation que d’elles-mêmes elles ne pourront pas avoir », a-t-elle précisé.

NOTE :

Les rapporteurs spéciaux font partie de ce que l'on appelle les Procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les Procédures spéciales - qui rassemblent le plus grand groupe d’experts indépendants du système des droits de l’homme de l’ONU - est le nom général donnés aux mécanismes indépendants d’établissement des faits et de surveillance du Conseil, qui traitent soit de la situation particulière de pays soit de questions thématiques dans le monde entier. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire. Ils ne font pas partie du personnel des Nations Unies et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et siègent à titre individuel.

 

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