A Genève, l’appel du Président centrafricain aux investisseurs étrangers

24 octobre 2018

Le troisième jour du Forum mondial de l’investissement 2018 de la CNUCED à Genève, fut l’occasion pour le Président centrafricain, Faustin Archange Touadéra, de lancer un appel aux investisseurs étrangers.

« Les investisseurs sont invités à explorer le champ vierge de la République Centrafricaine (RCA) », a déclaré mercredi le Président Touadéra lors d’un débat consacré à l’investissement dans une nouvelle ère d’industrialisation dans le cadre du Forum organisé par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).

Le chef d’Etat centrafricain a insisté sur les « réels attraits » de son pays pour attirer des capitaux et des investissements directs étrangers qui ne représentaient que 17 millions de dollars en 2017.

Dans la Salle des assemblées du Palais des Nations, M. Touadéra a affiché sa bonne volonté pour attirer les investisseurs qui n’attendent qu’un climat de confiance pour investir en RCA et permettre ainsi « une reprise économique au service des Centrafricains ».

« Naturellement, le socle de tous ces efforts reste l’engagement à renforcer la gouvernance, à consolider la paix, à soutenir la stabilisation et la résilience des communautés, et à garantir une gestion durable des ressources naturelles », a reconnu le Président de la RCA, conscient de veiller à « l’efficacité des institutions publiques pour garantir les principes d’équité, de justice et de juste rétribution de la richesse nationale ».

Pour M. Touadéra, qui se pose en garant et défenseur du potentiel économique de la Centrafrique, le rendez-vous de Genève doit permettre d’actionner « les leviers du redressement » d’un des pays les plus pauvres au monde. A ce jour, environ 80% des Centrafricains vivent en dessous du seuil de pauvreté, près de 50% de la population a besoin d’assistance humanitaire et un Centrafricain sur cinq est déplacé à l’intérieur du pays ou réfugié dans les pays voisins.

« Plus de la moitié des secteurs sanitaires sont inopérants. Seuls 2% des Centrafricains ont accès à l’eau potable et près des trois-quarts d’entre eux sont en situation de chômage ou de sous-emploi », a dit le Président centrafricain.

Photo FAO/Riccardo Gangale
Une femme dans un champ de manioc à Mbaiki, en République centrafricaine (RCA).

Un potentiel agricole de près de 15 millions d’hectares

Mais derrière ce sombre tableau, M. Touadéra a souligné à Genève que les faiblesses de son pays « peuvent être transformées en atouts pour un développement inclusif et une prospérité partagée ».

A cet égard, il insisté sur l’importance du secteur de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche qui « représente un vivier considérable d’opportunités d’investissement ». Un secteur qui contribue pour plus de la moitié au produit intérieur brut (PIB) et occupe environ 80% des personnes actives. « Avec des terres arables, fertiles et grâce à un climat favorable, le potentiel agricole est évalué à environ 15 millions d’hectares », a-t-il vanté.

Autre atout pour Bangui, une pluviométrie abondante et un réseau hydrographique important et dense qui offrent « des perspectives de rentabilité exceptionnelle dans les filières de l’agriculture biologique, des fruits, des légumes, des oléagineux et de l’arachide ».

La pluviométrie abondante et le réseau hydrographique important et dense en Centrafrique offrent des perspectives de rentabilité exceptionnelle dans les filières de l’agriculture biologique, des fruits, des légumes, des oléagineux et de l’arachide.

La Centrafrique étant située dans une sous-région à forte activité pastorale, le développement d’une filière complète de lait et de viande, avec toute l’infrastructure de transformation et de conservation, représente également une valeur ajoutée substantielle qui pourrait faire du pays une plateforme sous régionale de l’élevage.

« Mais ma conviction est que pour réussir la transformation de l’économie centrafricaine qui fait partie des moins avancées, il nous faut miser sur les secteurs non extractifs afin d’encourager la création d’emplois, la diversification de la production et des exportations », a ajouté le chef d’Etat centrafricain, invitant investisseurs et partenaires du développement à avoir un dialogue sur les options à envisager pour réaliser ces « ambitions de développement, en optimisant le temps et les ressources ».

Photo : CNUCED/Jean-Marc Ferré
Isabelle Durant, Secrétaire générale adjointe de la CNUCED, accueille le Président de la République centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra, à son arrivée au Forum mondial de l'investissement 2018 à Genève, en Suisse.

 

Bangui sollicite l’aide de l’ONU pour poursuivre le dialogue avec les investisseurs potentiels 

La Centrafrique, une terre d’opportunités où les défis ne manquent pas. Des pays en développement sans littoral, comme la RCA, sont traditionnellement des destinations peu prisées pour les investissements, en raison de la petite taille de leur marché et des désavantages inhérents à leur situation géographique. « Cette situation est souvent aggravée par la médiocrité des infrastructures, les coûts de transport élevés, le système logistique inefficace et les faibles capacités institutionnelles », a reconnu M. Touadéra.

Si le Président et les hommes d’affaires centrafricains espèrent que le forum de la CNUCED débouchera sur davantage d’investissements étrangers, ils restent conscients que la situation sécuritaire volatile peut constituer un sérieux frein à la relance économique. « La RCA émerge d’un long cycle de crise marqué par des pics de violence qui ont ébranlé les fondements de l’Etat et détruit l’infrastructures économique » a dit le chef d’Etat centrafricain.

Investissements directs étrangers : un accélérateur pour la reconstruction d’un pays en sortie de crise et un levier du développement durable

A Genève, le Président Touadéra a sollicité l’aide des Nations Unies et de la CNUCED pour poursuivre les discussions à Bangui, en organisant une rencontre avec des investisseurs en RCA. « Car c’est la meilleure voie à emprunter pour faire de l’investissement direct un levier ayant un accélérateur sur la dynamique de reconstruction d’un pays en sortie de crise », a insisté le chef d’Etat centrafricain mais aussi pour le développement durable afin de « s’assurer que la pauvreté recule, que la faim soit vaincue, que les soins de santé soient accessibles, que l’éducation soit de la meilleure qualité possible et que l’accès à l’eau potable devienne une réalité pour le plus grand nombre ».

De façon générale, l’objectif affiché par la Centrafrique au forum de Genève est de convaincre les investisseurs étrangers que le pays peut arriver à « une exploitation rationnelle de ses ressources naturelles avec une meilleure préservation de son écosystème ».

« Il faut que l’infrastructure économique soit protégée et développée pour produire davantage de richesse », a souligné le Président Touadéra. Il s’agit, in fine, de relancer l’économie centrafricaine, à la faveur d’une plus grande implication du secteur privé national. Dans cette perspective, l’arrivée d’investissements étrangers directs pourraient améliorer « le bien-être des Centrafricains ».

 

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