La disparition de Jamal Khashoggi souligne la pratique préoccupante des enlèvements extraterritoriaux (expert de l’ONU)

19 octobre 2018

La disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi n'est que le dernier exemple d'une « pratique nouvelle et très préoccupante » selon laquelle des États enlèveraient des personnes en dehors de leurs frontières, a déclaré jeudi un expert des droits de l’homme de l’ONU.

« Nous avons manifesté notre grand désarroi et notre grande inquiétude quant à cette disparition qui est choquante », a déclaré Bernard Duhaime, le Président du Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires, dans un entretien accordé à ONU Info.

Journaliste critique du régime saoudien, Jamal Kashoggi est entré au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, en Turquie le 2 octobre. Il n’a pas été revu depuis cette date.

« Bien que cette affaire ait ses propres spécificités, il s’agit quand même d’un cas parmi des milliers de disparitions que l’on constate de nos jours », a souligné M. Duhaime qui est également professeur de droit à l’Université du Québec à Montréal.

L’expert a indiqué qu’il est de plus en plus fréquent de voir des disparitions à caractère extraterritorial où des autorités mènent des opérations à l’extérieur de leurs territoires pour capturer des personnes. « On a documenté plusieurs situations comparables dans d’autres pays », a-t-il dit.

Dans son rapport annuel, présenté au Conseil des droits de l'homme des Nations unies en septembre, le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires a souligné la pratique qui, selon son président, Bernard Duhaime, « se produit avec ou sans l'acquiescement de l'Etat hôte ».

« Dans certains cas, les victimes réapparaissent en détention après une courte période. Dans d’autres cas, elles sont toujours portées disparues, comme dans le cas choquant du journaliste saoudien Jamal Khashoggi », a-t-il déclaré devant la troisième commission de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Appel pour une enquête internationale indépendante

M. Duhaime a réitéré son appel pour une enquête internationale indépendante visant à établir les faits et identifier et poursuivre les auteurs de cette disparition. Il a ajouté que le Groupe de travail avait déjà exprimé ses préoccupations au sujet des « disparitions à court terme », de plus en plus utilisées ces dernières années, en particulier dans le contexte des opérations de lutte contre le terrorisme.

L'expert a déclaré que cela était souvent fait « pour extraire des preuves et finaliser l'enquête en dehors de la protection de la loi et en recourant souvent à la contrainte, voire à la torture ».

Cette année, le rapport du Groupe de travail fait part de sa vive préoccupation face au nombre encore élevé de disparitions forcées dans le monde, avec 820 nouveaux cas signalés entre mai 2017 et mai 2018. Il demande qu'une aide accrue soit fournie aux familles des victimes et aux membres de la société civile pour leur permettre de lui signaler les cas de disparition forcée.

« Que ce soit pour réprimer la dissidence politique, combattre le crime organisé ou prétendument le terrorisme, en recourant à la disparition forcée, les États sont en train de perpétrer un crime et une atteinte à la dignité humaine », a déclaré M. Duhaime devant l'Assemblée générale, exhortant tous les États membres de l’ONU à ratifier sans délai la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées.

Le groupe de travail a été créé en 1980 pour aider les familles à savoir ce qui est arrivé à leurs proches disparus. Il sert de canal de communication entre les membres des familles des victimes de disparition forcée, d’autres sources signalant des cas de disparition, et les gouvernements concernés.

 

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