Journée contre la peine de mort : l’ONU appelle à renforcer la lutte et à tenir compte des femmes

10 octobre 2018

Quelque 170 États ont soit aboli la peine de mort ou introduit un moratoire sur son utilisation, s’est félicité mercredi le Secrétaire général des Nations Unies à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort.

Selon António Guterres « nous avons vu des progrès significatifs » depuis l’adoption en 2007 par l’Assemblée générale des Nations Unies de la première résolution appelant à un moratoire sur l'utilisation de la peine de mort. Toutefois, « cette dynamique positive est marquée par des revers et la poursuite des pratiques en violation des traités pertinents », a-t-il noté.

Des centaines ont été exécutés sans être en mesure de recevoir, pendant la procédure pénale, une assistance juridique qui aurait pu leur épargner la peine de mort, parce qu'ils étaient des pauvres, des femmes ou des minorité.

Le chef de l'ONU s'est dit « profondément troublé que, cette année, plusieurs mineurs délinquants aient été exécutés après avoir été condamnés à mort, en violation des traités pertinents ».

Il a ajouté que « des centaines d'autres ont été exécutés sans être en mesure de recevoir, pendant la procédure pénale, une assistance juridique qui aurait pu leur épargner la peine de mort, parce qu'ils étaient des pauvres, des femmes ou des minorités ».

Le chef de l’ONU a regretté que dans certains pays les gens sont condamnés à mort lors de procès secrets, sans procédure, ce qui augmente le risque d'erreur ou d'abus, comme cela est parfois démontré plus tard.

« En cette Journée mondiale contre la peine de mort, je salue les efforts de la grande majorité des États membres pour mettre fin à la pratique, et je demande à ceux qui ne l'ont pas encore fait à se joindre à cette majorité et à mettre fin à la peine de mort maintenant », a déclaré le Secrétaire général.

Photo UNICEF/Rajat Madhok
Une cellule de prison.

Des politiques sexospécifiques pour les femmes et les filles condamnées à mort

Pour leur part, une dizaine d'experts des droits de l'homme de l’ONU ont exhorté les gouvernements du monde entier à se pencher sur la situation des femmes et des filles qui sont condamnées à mort.

« Les femmes et les filles sont une population invisible du couloir de la mort dont la situation critique et les besoins sont trop souvent ignorés », ont-ils affirmés.

Selon ces experts, bien que les femmes représentent moins de 5% de la population mondiale du couloir de la mort, cette moyenne masquerait des écarts importants entre les pays.

« Nous sommes extrêmement préoccupés par le fait qu’une proportion importante de femmes dans le couloir de la mort ont été touchées par la violence, les abus et les traumatismes liés au genre », ont précisé les experts.

Les femmes sont criminalisées pour des infractions liées à la drogue à un taux extraordinaire, représentant environ 30% des arrestations dans le monde pour trafic de drogue.

Dans de nombreux cas, les tribunaux jugent les femmes non seulement pour leurs infractions présumées, mais aussi pour ce qui est perçu comme un défaut moral : épouses «déloyales», mères «indifférentes» ou filles «ingrates».

Les lois et les politiques qui prévoient ces sanctions encouragent en outre les membres de la famille et les groupes d'autodéfense à exécuter des femmes et des filles, y compris au nom du soi-disant «honneur».

L'application de la peine capitale implique souvent des méthodes assimilables à des peines cruelles, inhumaines ou dégradantes, voire à la torture, telles que des exécutions par lapidation.

Les femmes, y compris celles qui sont condamnées à mort, sont également exposées à la violence, en particulier dans les prisons surveillées par des hommes ou lorsque les autorités pénitentiaires ne parviennent pas à les protéger de la violence exercée par d'autres prisonniers. Elles peuvent être enchaînées, y compris pendant la grossesse. Elles ne peuvent généralement pas accéder aux soins de santé spécifiques aux femmes ni aux produits d'hygiène nécessaires.

L'expérience montre aussi que la plupart des femmes et des filles condamnées à mort sont issues de milieux défavorisés sur le plan socio-économique et illettrées, ce qui a un impact dévastateur sur leur capacité à participer à leur propre défense et à obtenir une représentation légale effective.

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