A l’Assemblée générale de l’ONU, les Européens francophones prennent la défense du multilatéralisme

8 octobre 2018

Au cours du débat général de la 73e session de l’Assemblée générale, cinq pays européens ont pris la défense du multilatéralisme dans la langue de Molière.

Le thème de la crise du multilatéralisme a largement dominé le débat général (25 septembre-1er octobre 2018) de la 73e session de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Dès l’ouverture du débat le 25 septembre, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a relevé le « déficit de confiance » qui traverse actuellement le monde.

« L’ordre mondial est de plus en plus chaotique », a alerté M. Guterres. « Le multilatéralisme est menacé au moment même où nous en avons le plus besoin ».

A la tribune de l’Assemblée générale, le Président des Etats-Unis, Donald Trump a déclaré que son pays ne cèdera pas à « l’idéologie du mondialisme » et donnera toujours la priorité à la « doctrine du patriotisme ».

Premier État européen à intervenir lors du premier jour du débat général, la France, a enclenché la défense du multilatéralisme.

« Née d’une espérance, l’ONU peut devenir, comme la Société des Nations qui l’a précédée, le symbole d’une impuissance », a prévenu Emmanuel Macron. « Et nul n’est besoin de chercher les responsables de ce délitement, ils sont ici, dans cette assemblée. Ils prennent la parole aujourd’hui. Les responsables, ce sont les dirigeants que nous sommes », a dit le Président français, rappelant à ses pairs leurs obligations.

 

Avec la France, deux autres pays fondateurs de l’ONU et de l’Union européenne - la Belgique et le Luxembourg – ont volé au secours du multilatéralisme à la tribune de l’Assemblée générale.

Ces trois pays européens ont connu les souffrances de deux guerres mondiales en l’espace de 30 ans. Pour Paris, Bruxelles et Luxembourg, qui ont lancé en 1952 l’aventure européenne, le multilatéralisme est dans leur ADN.

Devant l’Assemblée générale, le Premier Ministre belge, Charles Michel, a souligné l’impératif de la coopération. Une coopération pas toujours facile à certains moments mais qui a su garantir la paix en Europe depuis plus de 70 ans, a-t-il rappelé.

« Le multilatéralisme, ce n’est pas un concept creux, vide de sens. Bien au contraire. C’est une conviction. Le dialogue sans relâche, y compris avec ceux dont nous ne partageons pas spontanément les opinions », a rappelé M. Michel. « Le multilatéralisme, c’est la coopération et la négociation. Le multilatéralisme, c’est la bataille avec des idées et des arguments plutôt qu’avec des armes. Le multilatéralisme, c’est le rejet de la violence », a scandé le Premier Ministre belge.

Même constat chez le Premier ministre du Luxembourg, Xavier Bétel, qui a déploré la remis en cause du multilatéralisme qui a pourtant été le pilier de la construction européenne.

Pour le chef du gouvernement luxembourgeois, l’Europe et le monde n’ont pas d’autres alternatives à la coopération pour relever les défis mondiaux qui touchent chaque État, notamment sur la question des migrants et des réfugiés. Le Premier Ministre luxembourgeois a rappelé que le Pacte mondial sur les migrations fixait ce qui est attendu des migrants en termes d’intégration. 

« On a souvent mis la question de l’intégration en rapport avec la montée du populisme en Europe », a noté M. Bettel.  Or, a-t-il rétorqué, l’Union européenne a vu des pays importants se doter de gouvernements populistes bien avant la crise migratoire de 2015. 

Mais la coopération et le multilatéralisme en Europe ne saurait être l’apanage des seuls Etats membres de l’Union européenne.

Bien que n’étant pas membre des « 28 », la Suisse est un acteur incontournable du multilatéralisme. La Confédération suisse accueille des organisations et des conférences internationales depuis plus de 150 ans, notamment à Genève qui héberge à elle seule 37 institutions, organisations et organismes internationaux.

La Suisse est membre de l’ONU depuis seulement 2002, mais entend jouer toute sa part en matière de coopération et de diplomatie multilatérale. Un rôle qu’a défendu Président de la confédération suisse, Alain Berset, à la tribune de l’Assemblée générale.

« Si nous sommes réunis ici, nous le devons à ceux qui, après la tragédie de la Seconde Guerre mondiale, ont cru qu’un ordre international basé sur des règles internationales et le dialogue -et pas sur le seul rapport de force- nous conduirait à la paix et la prospérité », a rappelé M. Berset.  « Ils avaient raison », a-t-il estimé, compte tenu de l’ampleur et de l’intensification des défis et des transformations auxquels le monde doit faire face, et auxquels personne ni aucun pays n’est en mesure de répondre seul. 

« C’est notre responsabilité commune, la responsabilité de chaque État Membre de l’ONU » de faire en sorte que les institutions internationales soient en mesure de nous épauler dans cette tâche, a estimé M. Berset avant de noter la tendance actuelle à chercher les réponses à ces problèmes - comme la mondialisation, les changements climatiques, les inégalités ou encore l’extrémisme - dans un repli nationaliste et une méfiance croissante à l’égard de la coopération entre États. 

Tout comme la Suisse, Monaco ne fait pas partie de l’Union européenne et a rejoint l’ONU récemment il y a tout juste 25 ans. Mais pour la Principauté qui accueille 139 nationalités sur un territoire de 2 kilomètres carrés au bord de la mer Méditerranée, être membre des Nations Unies revêt une responsabilité particulière.

Depuis son admission à l’ONU, a Monaco a ratifié, adhéré ou accepté plus de 40 traités internationaux, a expliqué le Ministre des relations extérieures et de la coopération monégasque, Gilles Tonelli, lors du débat général de l’Assemblée générale.  Le respect de la règle de droit n’est pas un leurre. Sans l’édification d’un État de droit et son renforcement, on ne peut, a-t-il insisté, promouvoir des sociétés justes, pacifiques et inclusives.

Petits ou grands. Pays fondateurs de l’ONU ou membre récents de l’Organisation. Appartenant ou non à l’Union européenne. À l’Assemblée générale des Nations Unies, les Européens francophones ont tous parlé à l’unisson du multilatéralisme.

 

 

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