Le HCR plaide pour un renforcement du multilatéralisme et une approche mondiale sur les réfugiés

1 octobre 2018

« Des lacunes en matière de gouvernance ont créé un espace pour les extrémistes et les criminels ». A l’ouverture ce lundi de la 69e session du Comité exécutif  du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, a dénoncé cette « rhétorique politique devenue impitoyable, autorisant la discrimination, le racisme et la xénophobie ».

Cette situation conduit, des migrants et des réfugiés à devenir « des cibles et des victimes de programmes mus par le pouvoir », selon le chef du HCR.

Alors que les crises et les conflits se sont intensifiés sous l’effet de la pauvreté, de l’exclusion et de l’impact croissant du changement climatique, le Haut-Commissaire a invité « les dirigeants politiques » à s’efforcer de s’unir », même si, « trop souvent maintenant, ils se targuent de leur division ». « Pourtant, au milieu de tant d’adversités, le multilatéralisme a tenu bon. Mais comme le Secrétaire général l’a dit à New York la semaine dernière, nous devons le revigorer », a-t-il ajouté tout en faisant part de sa fierté du fait que le HCR participe chaque jour à cet effort.

Filippo Grandi a donc appelé les États à travailler plus étroitement pour trouver des solutions pour les réfugiés et a noté que le Pacte mondial sur les réfugiés reste un moyen de traduire la question de l’asile en réponses concrètes.

La  69e session du Comité exécutif (EXCOM) se déroule dans un contexte de vastes mouvements de populations dans le monde. Le HCR rappelle que les réfugiés qui ont fui leurs pays pour échapper au conflit et à la persécution représentent 25,4 millions sur les 68,5 millions de personnes déracinées dans le monde, une augmentation jamais enregistrée par le HCR pour une seule année.

« Lorsque j’ai pris mes fonctions en janvier 2016, les mouvements de population avaient déjà atteint un niveau record dans le monde », a fait remarquer M. Grandi. A cette date, la crise syrienne en était à sa cinquième année et le nombre de réfugiés syriens avoisinait les cinq millions. Les conflits en Iraq et au Yémen se sont intensifiés. L’Europe avait du mal à trouver une solution commune à l’arrivée d’un million de réfugiés et de migrants. En Afrique pendant ce temps, une série de crises avait frappé le Burundi, la République centrafricaine, le Nigéria et le Soudan du Sud, provoquant d’importants mouvements de réfugiés.

Selon Filippo Grandi, près de trois ans plus tard, toutes ces situations ont continué d’évoluer avec des fortunes diverses. « Certains conflits - comme au Soudan du Sud et au Yémen - se sont intensifiés. Ailleurs - comme en Syrie - des opérations militaires répétées ont entraîné des vagues massives de nouveaux déplacements », a-t-il décrit.

Venezuela : Grandi plaide pour une « approche apolitique et humanitaire »

Le chef du HCR est revenu sur l’apparition de nouvelles crises, avec « des conséquences déchirantes ». Il s’agit notamment de « la brutale opération sécuritaire » qui a poussé près de 700.000 Rohingyas de l’État de Rakhine (Myanmar) à se réfugier au Bangladesh voisin.

Sur le continent américain, quelque 5.000 personnes quittent le Venezuela chaque jour actuellement, faisant de cette crise « le plus grand mouvement de population dans l’histoire récente de l’Amérique latine ». « Avec plus de 2,6 millions de personnes à l’extérieur du pays maintenant, une approche apolitique et humanitaire est essentielle pour aider les pays qui les reçoivent en nombre croissant », a déclaré le Haut-Commissaire.

Le HCR et l’Organisation internationale pour les migrations ont d’ailleurs annoncé le 19 septembre avoir nommé l’ex-Vice-président du Guatemala Eduardo Stein comme Représentant spécial pour les réfugiés et migrants vénézuéliens. « Je félicite les Etats qui ont maintenu leurs frontières ouvertes et qui offrent l’asile ou d’autres formes de séjour légal aux Vénézuéliens. Il reste encore beaucoup à faire pour garantir la cohérence régionale de la réponse apportée en matière de protection" des individus », a-t-il dit.

Sur le continent africain, des milliers de personnes, - poussées par le désespoir et exposées à une cruauté et à des dangers impensables - continuent de traverser le Sahel pour rejoindre la Libye et tenter une traversée en Méditerranée centrale. « Les récents événements en Méditerranée ont été profondément troublants. Plus de 1.700 personnes ont déjà perdu la vie ou ont disparu cette année en tentant de rejoindre l’Europe », a ajouté Filippo Grandi.

Plus de 68 millions de personnes arrachées de leur foyer à cause des conflits 

Avec l’éclatement, la récurrence, la persistance et l’intensification des conflits, ce sont donc 68,5 millions de personnes qui sont toujours arrachées de leurs foyers. « Les pays voisins ont en grande partie - bien que pas toujours - maintenu leurs frontières ouvertes, accueillant les réfugiés avec générosité, en dépit de contraintes énormes », a fait remarquer M. Grandi.

Or dans le même temps, « souvent dans les pays riches, la tendance est de rendre difficile la demande d’asile des personnes, même en fermant les frontières et en éloignant les gens ». « Les demandeurs d’asile, n’ayant commis aucun crime, sont bloqués aux frontières, ou détenus indéfiniment », a indiqué Filippo Grandi, non sans fustiger le sort des « réfugiés déshumanisés, traités comme une marchandise, passant d’un État à un autre ».

Comment dire à des pays de prendre plus de gens quand certains pays riches discutent de la façon de fermer leurs portes » - Filippo Grandi,  chef du HCR

Dans ces conditions, « quand je m’entretiens avec les dirigeants des pays voisins des pays en crise, comment leur dire de prendre plus de gens, alors que certains, dans des pays plus riches, discutent de la façon de fermer leurs portes ? », a-t-il admis.

Finalement, au rang des priorités sur cet épineux dossier des migrants et des réfugiés empruntant la périlleuse traversée de la Méditerranée, « la première priorité est clairement un effort total pour ramener la stabilité en Libye ». En attendant, le HCR pense que des solutions d’urgence doivent être recherchées. L’accord d’Abidjan conclu entre l’Union africaine et l’Union européenne et l’ONU offre un bon cadre dans lequel l’OIM et le HCR ont pu agir - l’OIM a aidé des milliers de migrants à rentrer chez eux et le HCR a tenté d’évacuer les réfugiés les plus vulnérables tout en faisant sortir les gens de détention.

Près de 1.850 demandeurs d’asile et réfugiés ont déjà été transférés en lieu sûr, principalement au Niger, dans le but d’une réinstallation ultérieure. « Je suis particulièrement reconnaissant au gouvernement du Niger et aux 15 pays qui ont offert des places de réinstallation. Mais travailler en Libye reste extrêmement dangereux et l’insécurité limite notre champ d’action », a conclu le patron du HCR.

 

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