A l'ONU, le multilatéralisme au centre des discussions au débat général annuel de l’Assemblée générale

25 septembre 2018

Le multilatéralisme, loué par les uns, critiqué par d’autres, a été au centre de la première journée du débat général de l’Assemblée générale des Nations Unies, réunissant cette année plus de 130 chefs d’Etat et de gouvernement à New York.

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, et la Présidente de l’Assemblée générale, Maria Fernanda Espinosa, ont tous les deux mis en garde contre les dangers qui menacent aujourd’hui le multilatéralisme et lancé un vibrant plaidoyer en faveur du travail de l’Organisation des Nations Unies dans un monde « de plus en plus chaotique ».

« Alors que le monde est plus interconnecté que jamais, les sociétés sont de plus en plus fragmentées. Les défis se mondialisent et les peuples se replient sur eux-mêmes. Le multilatéralisme est menacé au moment même où nous en avons le plus besoin », a déclaré M. Guterres du haut de la tribune de l’Assemblée générale.

Il a rappelé qu’il y a cent ans, le défaut d’un cadre multilatéral solide qui aurait permis de coopérer et de résoudre les problèmes à l’échelle de l’Europe a débouché sur une guerre mondiale dévastatrice. « Aujourd’hui, alors que l’équilibre entre puissances se modifie, le risque d’affrontement peut encore s’aggraver », a-t-il dit.

« Nous devons renouveler notre attachement à un ordre fondé sur des règles, qui place l’Organisation des Nations Unies en son centre et s’appuie sur les institutions et les traités qui donnent vie à la Charte », a-t-il ajouté. « Nous devons prouver la valeur ajoutée que présente la coopération internationale en forgeant la paix, en défendant les droits de l’homme et en dynamisant le progrès économique et social pour les femmes et les hommes, partout dans le monde ».

Dans ce contexte, M. Guterres a rappelé qu’il était résolument engagé à réformer l’Organisation et à la rendre mieux à même de répondre aux besoins et aux aspirations des « peuples des Nations Unies ».

La Présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, Maria Fernanda Espinosa, a aussi plaidé en faveur d’un multilatéralisme renforcé et souligné que le travail de l’ONU demeurait aujourd’hui aussi pertinent qu’il y a 73 ans. 

« Le multilatéralisme est la seule réponse possible aux problèmes mondiaux auxquels nous sommes confrontés. Le fait de l'affaiblir ou de le remettre en cause ne fait que créer de l'instabilité et de la confusion, de la méfiance et de la polarisation », a affirmé Mme Espinosa, devant les dirigeants du monde réuni aux Siège de l’ONU.

Dans un monde où des millions de personnes souffrent face aux violences, à la guerre, aux carences matérielles et aux effets climatiques, Mme Espinosa a appelé à renouveler l’engagement multilatéral, guidé par trois principes :  le leadership mondial, la responsabilité partagée, mais aussi l’action collective.

Photo ONU/Ariana Lindquist
La Présidente de l'Assemblée générale des Nations Unies, Maria Fernanda Espinosa, monte au podium de la salle de l'Assemblée générale.

Le Président américain dénonce l’idéologie du mondialisme

Ces appels à la défense du multilatéralisme ont été exprimés alors que le Président des Etats-Unis, Donald Trump, s’est en revanche lancé dans une attaque en règle contre « l’idéologie du mondialisme » et a promis de toujours donner la priorité à la « doctrine du patriotisme ».

M. Trump a dit respecter les Etats mais a appelé en retour au respect des Etats-Unis, rejetant toute interférence dans la politique américaine.

Justifiant les récents retraits des Etats-Unis du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et du Pacte mondial sur les migrations, le Président américain a fait valoir la souveraineté des Etats, y compris le sien, niant également toute légitimité à la Cour pénale internationale (CPI).

Le Président français, Emmanuel Macron, a rappelé pour sa part que les Nations Unies avaient « eu des résultats » - la diffusion des droits de l'homme, le développement du commerce et de la prospérité, le recul de la pauvreté - mais qu’il fallait regarder « avec lucidité » la « crise profonde de l’ordre international ».

Née d’une espérance, l’ONU « peut devenir comme la Société des nations avant elle, le symbole d’une impuissance », a averti M. Macron, pour qui « les responsables de ce délitement sont ici, ce sont les dirigeants que nous sommes ».

Face à cette situation, le Président a dit voir trois voies possibles. La première consisterait à penser qu’il ne s’agit que d’un « moment », « une parenthèse » avant un retour à la normale. Mais il a dit ne pas y croire, voyant dans la crise actuelle « l’expression de notre insuffisance passée ».

Une deuxième voie serait « la voie du plus fort, la tentation de chacun de suivre sa propre voie ». Mais pour M. Macron, l’unilatéralisme « nous conduit directement au repli et au conflit, à la confrontation généralisée de tous contre tous ».

M. Macron s’est donc prononcé pour une troisième voie, « sans doute la plus difficile, la plus exigeante », qui consiste à « trouver ensemble un nouvel équilibre mondial, à forger ensemble un nouveau modèle ».

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