Face au repli nationaliste, la Suisse se dit déterminée à construire un multilatéralisme meilleur

25 septembre 2018

A la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, le Président de la Confédération suisse, Alain Berset, a fait mardi un plaidoyer pour la coopération et le multilatéralisme.

Face aux inégalités, aux conflits, à l’extrémisme, aux migrations, au changement climatique, aux crises sanitaires et à la révolution numérique, M. Berset a rappelé qu’il est de la « responsabilité commune » et « de chaque Etat membre de l’ONU », de faire en sorte que les institutions et les organisations internationales soient en mesure d’épauler ces mêmes Etats dans cette tâche.  

Devant les Etats membres, M. Berset s’est dit préoccupé par l’érosion du système international fondé sur le droit. « Nous assistons réellement à une crise du multilatéralisme. Et c’est paradoxal, alors que nous cherchons justement à définir les grands axes de la gouvernance mondiale de demain », a-t-il dit.

« Mon pays, la Suisse, est un pays interconnecté et un pays ouvert sur le monde, nous avons conscience de la valeur d’un ordre juridique international fonctionnel, basé sur l’échange et le dialogue à plusieurs voix », a dit M. Berset. « Un tel ordre est garant de la stabilité et correspond aux valeurs de la Suisse, telles qu’elles sont inscrites dans notre Constitution ».

L’ONU : « pierre angulaire de la coexistence pacifique »

Le Président de la Confédération suisse a rappelé que « l’ONU est véritablement la pierre angulaire de la coexistence pacifique de tous les États, dans le respect des règles définies en commun » et est « indispensable et idéalement placée pour affronter les combats contemporains, notamment le combat contre les inégalités ».

M. Berset a réaffirmé l’engagement de la Suisse envers l’universalité des droits de l’homme, rappelant que le respect de la dignité humaine et des droits fondamentaux n’est pas un choix, mais « une nécessité évidente pour tout développement stable et durable ».

Les autorités suisses renouvellent ainsi leur appui aux travaux de la Cour pénale internationale ainsi que du Conseil des droits de l’homme et du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) qui siègent tous les deux à Genève. Dans la ville hôte de nombreuses organisations internationales, « la Suisse met tout en place pour que puissent avoir lieu discrètement » des pourparlers de paix, comme ceux engagés par les acteurs au conflit en Syrie ou au Yémen sous l’égide des Nations Unies, a-t-il précisé.

Acteur du multilatéralisme, la Suisse entend continuer à établir des ponts, soutenir des négociations et des médiations, et mettre à disposition des pays, des organisations internationales et régionales sa diplomatie de bons offices dans le but de contribuer à la résolution de conflits ou de faire avancer certaines thématiques. M. Berset a ainsi rappelé la contribution de son pays au processus de négociation du Pacte mondial sur les migrations, soulignant que la gestion des mouvements migratoires à l’échelle internationale représente une « tâche gigantesque » requérant une participation de l’ensemble des acteurs concernés.

« Le monde ne doit pas être un jeu à somme nulle »

Le Président de la Confédération suisse a également dénoncé la politique axée sur le protectionnisme commercial et une forme d’égoïsme qui a « actuellement le vent en poupe ».

« (Une telle politique) veut nous faire croire que le monde est un jeu à somme nulle. Qu’il n’y a de gagnants que s’il y a aussi autant de perdants », a déploré M. Berset. « Or, ce qui valait hier n’est pas aussi différent d’aujourd’hui, le repli, le protectionnisme, la menace et la violence n’apporteront pas de réponses aux dysfonctionnements et aux déséquilibres du monde dans lequel nous vivons », a-t-il prévenu.

Pour le Président de la Confédération suisse, « le malaise actuel » qui traverse le monde constitue « une mise en garde », qui doit appeler les Etats membres à tout faire pour éviter l’avènement d’un « monde du chacun pour soi et pour privilégier plutôt un monde de coopération entre Etats et d’engagement » en faveur de biens communs universels comme la paix, le développement durable et la protection de l’environnement.

« Le monde ne doit pas être un jeu à somme nulle, mais au contraire un jeu à somme positive », a souligné M. Berset.