A Cox's Bazar, les Rohingyas risquent de devenir « les damnés de la terre », selon le chef de l'OIM

17 juillet 2018

Le chef de l’agence des Nations Unies pour les migrations a conclu mardi une mission de quatre jours au Bangladesh, en appelant la communauté internationale à ne pas oublier la crise humanitaire des réfugiés rohingyas.

Près d'un million de réfugiés rohingyas au Bangladesh sont confrontés à la triple menace de conditions météorologiques extrêmes, de déficits de financement et d'incertitude quant à leur avenir.

« Un échec à cet égard aurait des conséquences tragiques », a déclaré William Lacy Swing, le Directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à l’issue de sa mission au Bangadesh qui l’a conduit dans les camps de réfugiés de Cox’s Bazar dans le sud-est du pays. « Les Rohingyas de Cox's Bazar risquent de devenir les damnés de la terre, sans abri et sans avenir. Le monde doit les soutenir », a-t-il ajouté.

Depuis l’explosion des violences dans l’Etat de Rakhine, au Myanmar, en août 2017, plus de 700.000 Rohingyas ont été contraints de fuir vers le Bangladesh.

Frontalière du Myanmar, la région de Cox’s Bazar accueille la grande majorité des 1 million de Rohingyas au Bangladesh qui forment aujourd’hui la plus grande concentration de réfugiés dans le monde,

Photo HCR/Caroline Gluck
Un garçon rohingya grimpe des marches endommagées par la pluie dans le camp de réfugiés de Chakmarkul.

La saison de la mousson affecte les conditions de vie des réfugiés

Le Bangladesh est entré dans la saison de la mousson. Les pluies ont déjà transformé de nombreuses collines de Cox’s Bazar en boue. Dans cette région qui subit deux saisons de cyclones par an et certaines des conditions de mousson les plus lourdes au monde, les Rohingyas vivent à l'étroit sur des pentes sableuses, avec seulement des abris de bambou et des bâches pour se protéger.

A Cox’s Bazar, M. Swing a pu constater les améliorations majeures apportées à la gestion et à l'infrastructure des camps de réfugiés par l'OIM notamment pour les voies d'accès, les ponts, le drainage et la construction d’abris de meilleure qualité. Ces améliorations ont été rendues possibles grâce au partenariat avec d’autres agences des Nations Unies, des ONG et le gouvernement du Bangladesh.

« Le monde doit reconnaître le soutien extrêmement généreux que le gouvernement du Bangladesh et la communauté hôte ici à Cox's Bazar ont offert à ces réfugiés qui sont arrivés dans des conditions aussi désespérées, avec rien », a dit le Directeur général.

Mais ces améliorations ne suffiront pas à résoudre la crise des réfugiés rohingyas. A ce jour, seulement un quart du financement nécessaire pour la réponse humanitaire au Bangladesh a été obtenu par l’ONU et ses partenaires. Sans financement supplémentaire, une grande partie des progrès réalisés ces derniers mois risque sérieusement de s'effondrer, a prévenu l’OIM. Une situation synonyme de « catastrophe mortelle » pour la communauté rohingya.

Dans les camps de Cox’s Bazar, M. Swing a rencontré de jeunes mères réfugiées et de la communauté d'accueil bangladaise qui ont récemment accouché dans un centre médical de l'OIM. Il y a souligné le rôle vital joué par ces services de santé pour les réfugiés rohingyas.

« Toutes les mères - réfugiées et locales - devraient avoir accès à des installations sûres et hygiéniques pour accoucher et il est profondément inquiétant que les pénuries de financement menacent maintenant ces services de maternité cruciaux qui font de réelles différences dans la vie des femmes et des bébés de tous les milieux », a dit le chef de l’OIM.

Première visite au Bangladesh de l’Envoyée de l’ONU pour le Myanmar

De son côté, l’Envoyée spéciale de l’ONU pour le Myanmar, Christine Schraner Burgener, a effectué sa première visite officielle au Bangladesh du 14 au 16 juillet. Sur place, Mme Burgener s’est également rendue dans les camps de réfugiés de Cox’s Bazar.

L'Envoyée spéciale s’est faite l’écho de l’appel du chef de l’OIM, soulignant la nécessité d'une aide internationale accrue aux réfugiés et à leurs communautés d'accueil bangladaises.

Après avoir entendu les témoignages de réfugiés rohingyas sur les « atrocités inimaginables » perpétrées au Myanmar, l'Envoyée spéciale a souligné l'importance d’établir la responsabilité pour les crimes commis. « La crise en cours nécessite une solution politique qui s'attaque aux problèmes sous-jacents », a souligné l’ONU dans une note publiée à l’attention des médias.

Pour Mme Burgener, la priorité demeure d'aider à s'attaquer aux causes profondes de la crise, en mettant en œuvre les recommandations de la Commission consultative sur l'État de Rakhine, notamment en levant les restrictions aux droits fondamentaux comme la liberté de mouvement et la citoyenneté.

 

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