Méditerranée : le HCR appelle au renforcement des opérations de recherche et de sauvetage des migrants

6 juillet 2018

Plus de 45.700 demandeurs d’asile et migrants ont atteint les côtes européennes après avoir traversé la mer Méditerranée au cours des six premiers mois de cette année, a indiqué vendredi l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Selon le HCR, ces chiffres constituent une forte baisse par rapport aux années précédentes, surtout lors des pics des arrivées relevées au premier semestre 2016. Les arrivées observées au premier semestre de 2018 sont cinq fois moins élevées et constituent un retour aux moyennes d’avant 2014.

En dépit de cette réduction des arrivées en Europe, le HCR reste préoccupé par le fait que des hommes, des femmes et des enfants continuent de mourir en mer et « en nombre proportionnellement plus important ».

« Jusqu’ici, la triste étape des morts et des disparus a atteint plus de 1.000 personnes pour la cinquième année consécutive, malgré la baisse du nombre de personnes qui se rendent en Europe », a déclaré Charlie Yaxley, porte-parole du HCR lors d’un point de presse à Genève.

Rien qu’au mois de juin, sur sept personnes ayant réussi la périlleuse traversée en Méditerranée centrale, une personne en est morte, alors qu’une personne est portée disparue contre 19 arrivées au premier semestre de cette année.

Le HCR loue le rôle de sauvetage joué par les navires des ONG

Pour le HCR, la perte de tant de vies humaines illustre le besoin urgent de renforcer les capacités de recherche et de sauvetage dans la région. Dans ces conditions, l’agence onusienne ne cache pas ses inquiétudes face aux menaces pesant sur les opérations de sauvetage.

En effet, le Haut-Commissariat s’est dit vivement préoccupé par l’impact de possibilités limitées de recherche si les bateaux sont découragés de répondre aux appels de détresse par peur d’être privés de l’autorisation de débarquer les personnes secourues. Les ONG, en particulier, ont fait part de leurs préoccupations concernant les restrictions imposées à leurs capacités de recherche et de sauvetage en raison des limitations de leurs mouvements et de la menace de poursuites judiciaires potentielles.

Or le HCR rappelle que les ONG jouent un rôle essentiel dans le sauvetage des personnes en détresse, en effectuant environ 40% des opérations de janvier à avril de cette année pour les personnes débarquées en Italie – notamment pour les personnes sauvées d’abord par des bateaux militaires et commerciaux. « Alors que nous entrons dans la haute saison pour les tentatives de traversée de la mer, sauver des vies doit être la principale priorité », fait remarquer le porte-parole du HCR.

Pour l’agence des Nations Unies pour les réfugiés, toute réduction des opérations de recherche et de sauvetage entraînera très certainement d’autres pertes de vies inutiles, « car des passeurs sans scrupules, peu soucieux de la vie humaine, continuent d’organiser des traversées maritimes en utilisant des navires fragiles, surchargés et peu navigables ». Dans ces conditions, le HCR estime que tout navire ayant la capacité d’assister les opérations de recherche et de sauvetage devrait être autorisé à venir en aide aux personnes dans le besoin et à débarquer au port sûr le plus proche. « Si les navires se voient refuser l’autorisation de débarquer, les capitaines peuvent retarder la réponse aux appels de détresse », a mis en garde M. Yaxley.

« Avec autant de vies en jeu, nous réitérons l’importance absolue de répondre à la détresse des personnes en mer qui cadre avec les obligations découlant du droit de la mer », insiste que l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés qui réitère l’appel qu’elle a lancé conjointement avec l’OIM ces dernières semaines, « pour une approche régionale collaborative permettant d’améliorer la prévisibilité et la gestion du débarquement des personnes secourues en mer ».

Libye : l’OIM demande que les migrants secourus en mer ne soient plus détenus

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a de son côté réclamé à Tripoli que les migrants secourus ou interceptés en Méditerranée par les garde-côtes libyens, ne soient plus détenus.

Le Directeur général de l’OIM, William Lacy Swing, a indiqué avoir suggéré à ses interlocuteurs libyens « d’essayer de rompre le lien entre le retour de haute mer en Méditerranée et la détention ».

« Lors de ma rencontre avec le Premier ministre Fayez al-Sarraj, j’ai demandé à ce que les migrants ramenés vers la côte ou secourus par la garde côtière ne soient pas placés dans des centres de détention », a déclaré l’ambassadeur Swing dans un communiqué rendu public vendredi. Pour le chef de l’OIM, « ceux qui souhaitent rentrer chez eux devraient être rapidement et volontairement renvoyés dans leur pays d’origine plutôt que de rester en détention », recommandant que les migrants secourus soient placés dans des « centres d’accueil pour être ensuite renvoyés chez eux, sans être mis en détention ».

L’agence des Nations Unies pour les migrations rappelle qu’avec le soutien de l’UE, Tripoli a considérablement intensifié cette année ses opérations de lutte contre le trafic d’êtres humains.

Le nombre de migrants secourus ou interceptés par la garde côtière libyenne a considérablement augmenté, atteignant presque 4.000 le mois dernier. « Cependant, parce que les migrants sont ensuite placés en détention dans des centres souvent surpeuplés et mal contrôlés, des préoccupations subsistent quant à leur bien-être », alerte l’OIM.

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