Le Conseil de sécurité échoue à se prononcer sur les derniers évènements à Gaza

1 juin 2018

Le Conseil de sécurité s’est vu saisi, vendredi après midi, de deux projets de résolution concurrents, qui abordaient sous des angles différents, le conflit entre Israël et la Palestine, et sur lesquels ses membres ne sont pas parvenus à s’accorder.

Dans un premier temps, les États-Unis ont posé leur veto à l’adoption d’un texte proposé par le Koweït par lequel le Conseil de sécurité aurait exigé qu’Israël s’abstienne d’actes tels que le recours excessif, disproportionné et indiscriminé à la force, notamment l’utilisation de balles réelles contre des manifestants civils.

Si ce texte avait été adopté, le Conseil aurait aussi exhorté « tous les acteurs » à faire en sorte que les manifestations restent pacifiques, et déploré par ailleurs les tirs de roquette lancés depuis la bande de Gaza contre des zones civiles israéliennes.

Aucune autre délégation ne s’est opposée à ce projet de résolution qui a recueilli l’appui de 10 membres du Conseil, 4 autres s’étant abstenus, à savoir la Guinée équatoriale, les Pays-Bas, la Pologne et le Royaume-Uni.

Si la Représentante permanente des États-Unis auprès de l’ONU, Nikki  Haley,  s’est opposée à la proposition du Koweït, c’est parce qu’elle y a vu une description « extrêmement partiale » de ce qui s’est passé à Gaza et un texte qui rejette de surcroît toute la responsabilité sur Israël.  

Elle a dénoncé l’absence de toute référence au « groupe terroriste Hamas ».  « C’est ce type de résolution qui sape la crédibilité de l’ONU pour résoudre le conflit israélo-palestinien », a-t-elle mis en garde.

« Le vote d’aujourd’hui est décevant, mais pas surprenant », a commenté l’Observateur permanent de l’État de Palestine, Riyad Mansour, évoquant la « position intransigeante » d’un des membres du Conseil.  

Saluant ceux qui ont voté pour, il a déclaré: « Vous avez rejeté la loi du plus fort et souligné que personne ne peut se déroger à la loi ».   

Le représentant d’Israël,  Danny Ben Yowef Dannon, a, de son côté, vu dans le veto américain la démonstration que les règles sont en train de changer au sein du Conseil de sécurité, et que la politique du « deux poids deux mesures » contre Israël était terminée.  

Il s’est vivement insurgé contre l’absence de toute référence au Hamas.  « Ne connaissez-vous donc pas l’orthographe du mot Hamas? » s’est énervé le délégué, pointant notamment la France.
Justement, l’Ambassadeur français a expliqué qu’elle aurait souhaité que le projet de résolution établisse clairement la responsabilité du Hamas et qu’il condamne explicitement les tirs de roquette contre Israël.  
Selon lui, il aurait été possible d’engager la discussion autour de ce texte. 

La représentante des États-Unis a en revanche été la seule à lever la main pour voter, quelques minutes plus tard, en faveur de son propre projet de texte qui contenait des injonctions dirigées vers « les organisations terroristes telles que le Hamas » et proposait au Conseil de condamner les tirs de roquettes aveugles effectués par des militants palestiniens basés à Gaza en direction de villages israéliens, le 29 mai 2018, « l’attaque la plus grave lancée à partir de Gaza depuis 2014 ». 

Onze membres du Conseil se sont abstenus de voter, tandis que la Bolivie, le Koweït et la Russie se sont opposés à l’adoption de ce texte.

Le texte de la deuxième proposition de résolution a été critiqué à plusieurs reprises pour son manque d’équilibre, et en raison du fait qu’il n’a pas fait l’objet de négociations.

La France, a affirmé son représentant Françcois Delattre, était prête à soutenir plusieurs paragraphes du texte proposé par les États-Unis, notamment ceux condamnant les actes du Hamas.  Le délégué a toutefois fait observer que la responsabilité du Conseil de sécurité est de répondre à la crise de Gaza dans sa globalité, « ce qui n’est pas fait dans ce texte ». 

Le Koweït a dénoncé un texte qui ferme les yeux sur les massacres de dizaines de manifestants pacifiques et qui, « dans son esprit et sa lettre, encourage la Puissance occupante à poursuivre les exactions contre des populations ». 

Le représentant de la Bolivie a souligné pour sa part que la cause profonde et structurelle de la situation actuelle du peuple palestinien est l’occupation israélienne.  

La Fédération de Russie a fait observer que la proposition américaine revoit la base juridique internationale du règlement du conflit, regrettant en outre un texte qui ne mentionne pas la reprise des pourparlers entre les parties, et ne fait pas non plus cas de l’initiative de la Ligue des États arabes, et encore moins des efforts du Quatuor.

La déléguée du Royaume-Uni, Karen Pierce, qui s’est abstenu sur les deux projets de résolution, a aussi regretté que la proposition américaine ne fasse pas suffisamment mention de la responsabilité d’Israël, estimant par ailleurs que l’appel, dans le texte koweitien, à la création d’un mécanisme pour la protection des civils aurait suscité des espoirs « irréalistes ». 

Le représentant de la France a déploré ce « lourd silence du Conseil qui est de plus en plus assourdissant ».  Un silence, a-t-il affirmé, qui n’est ni acceptable, ni compréhensible.  « Si ce Conseil abdique aujourd’hui ses responsabilités, qui donc les assumera? » a demandé le délégué qui s’est dit convaincu de la possibilité de bâtir de manière « patiente et pragmatique » le consensus sur la question. 

 

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