A l’ONU, des jeunes partagent leurs perspectives sur la mémoire de l’esclavage

27 avril 2018

Des élèves du Mexique, de Tanzanie et des États-Unis ont participé vendredi à l’Assemblée générale des Nations Unies à une discussion interactive sur l’esclavage et ses conséquences qui ont perduré à travers les siècles.

 

Organisée par l’ONU dans le cadre de la Décennie internationale pour les personnes d’ascendance africaine (2015-2024), la rencontre avait pour but de sensibiliser les jeunes à la mémoire de l’esclavage afin qu’ils comprennent mieux les causes, les conséquences, les leçons et la mémoire de la traite transatlantique.

Pendant plus de 400 ans, plus de 15 millions d'hommes, de femmes et d'enfants ont été victimes de la tragique traite transatlantique des esclaves, l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire de l'humanité.

« 15 à 18 millions. C’est le nombre de personnes violemment volées sur le continent africain en 500 ans. Cinq ans est le nombre d'années pendant lesquelles un esclave survivait dans une plantation de sucre qui n'était rien de plus qu'une usine dans un champ », a expliqué aux jeunes Christian Crouch, professeure agrégée d'histoire et directrice des études américaines à Bard College.

La traite négrière transatlantique a entrainé le plus grand mouvement d’Africains vers les Amériques - 96% d’entre eux arrivant dans les ports d'Amérique du Sud et des Caraïbes parqués à l'étroit sur des bateaux négriers. « Mais même si ces statistiques sont choquantes, il faut se rappeler le nombre d'hommes et de femmes et d'enfants qui ont survécu, contesté et finalement renversé l'esclavage », a dit Mme Crouch.

Cette année, les Nations Unies commémorent la mémoire de l’esclavage sous l’angle des triomphes des esclaves et de leurs luttes pour la liberté et l'égalité.

Répondant à une question d’écoliers de Tanzanie, Christian Crouch, a expliqué que les conséquences de la traite transatlantique se font encore sentir aujourd’hui faisant de ce drame un héritage inachevé. « L'esclavage fleurit encore dans beaucoup d'endroits et pas seulement sur le continent africain. Il existe sous différentes formes sur tous les continents du monde », a-t-elle dit aux jeunes.

Mme Crouch a rappelé que les nations africaines ont fait d’énormes progrès afin d'émanciper les individus pris dans la traite des êtres humains et de légiférer contre l'esclavage. « Et elles ont été parmi les premières à reconnaître l'impact de la traite transatlantique des esclaves, à reconnaître la complicité qui existait autour de l'Atlantique et de ce commerce, et à en honorer la mémoire ».

« C’est important de se rendre compte de ce problème, d’en être conscient »

Mia et Léa étudient à l’École internationale des Nations Unies de New York. Avec leurs camarades, elles sont venues à l’ONU participer à cette discussion sur l’esclavage.

« C’est important pour nous d’être ici par ce que nous ne connaissons pas assez ce sujet », a dit Léa. Pour Mia, l’esclavage est un problème qui concerne nous concerne tous car il a eu des conséquences dans le monde entier. « C’est important de se rendre compte de ce problème, d’en être conscient pour essayer ensuite de changer la mentalité des gens ».

Avec d’autres camarades, Léa et Mia ont fait un expose expliquant les traces pas toujours évidentes de l’esclavage sur la société d’aujourd’hui : la division des quartiers par communautés, le découpage politique des circonscriptions électorales, l’image des personnes d’ascendance africaine dans les médias sociaux, la forte proportion de personnes d’ascendance africaine incarcérées.

Pour les deux élèves, apprendre l’histoire de l’esclavage et ses conséquences jusqu’à nos jours est primordial, « parce que nous, les jeunes, sommes l’avenir. Donc si les jeunes sont plus éduqués en prenant en compte toutes les perspectives, il y a plus de chance que cela va changer », a dit Léa.

Pour Mia, il ne s’agit pas seulement de s’éduquer sur l’esclavage mais de mieux connaître l’histoire des personnes d’ascendance africaine. « Ça fait partie de la culture de notre pays. C’est important de savoir que ça fait partie de ce qu’on devrait apprendre quand on apprend la Révolution américaine, la Révolution française. L’esclavage est l’une des causes de la guerre de Sécession américaine et seulement 4% des lycéens aux États-Unis savent que l’esclavage est la cause principale de la guerre civile ».

Pour les deux jeunes filles, l’évènement organisé à l’ONU leur a permis d’en savoir plus sur l’esclavage. « Même si j’apprends l’histoire de l’esclavage dans mon école, je ne connais pas les personnages qui ont marqué cette histoire. Et j’ai ainsi appris beaucoup sur les vies de Nelson Mandela et de Jean Jacques Dessalines et sur l’impact du combat de ces hommes pour mettre fin à la servitude », a fait valoir Mia.

Pour Léa, la dimension interactive de la rencontre avec des élèves d’autres pays fut une expérience enrichissante. « C’était super intéressant d’avoir la participation de la Tanzanie et du Mexique dans cette expérience et d’avoir leurs différentes perspectives ».

 

 

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